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INTERVIEW NASTY SAMY pour le split fanzine COOL DEATH / SHOTDOWN (Octobre 2010)

"Un groupe supplémentaire de Nasty Samy, un gars si actif qu'il ferait peur à un psy spécialisé dans l'hyper activité. On suit sa carrière au gré des sorties de disques et des tournées de ses nombreux groupes : Second Rate, Hawaii Samurai, Black Zombie Procession et bien d'autres... Pour ses derniers exploits, notre jeune ami s'est tout simplement acoquiné à Erin, sa douce et légitime, lui dans le rôle du guitar héros musclé à casquette, elle dans celui de la pom-pom girl énergique. Power pop tissée de riffs complexes." -Gwardeath

[Note : l'interview a été effectuée à la suite du Kicking Tour, ayant eu lieu en Oct/Nov 2009, et publiée en Octobre 2010]

Il me semble que parler d'un projet "de couple" concernant Teenage Renegade n'est pas une expression déplacée, non ?
Tout juste Auguste puisqu’on est marié ! Madame Nasty, ma douce épouse, écrit les textes et les chante. Je m’occupe de la basse et des guitares. Et on trouve pas moins de trois batteurs sur l’album. Le projet de ce groupe a germé en été 2008, sous la forme d’un petit set acoustique, et quitte à refaire un groupe, je me suis dit qu’il ne fallait pas déconner, rebranchons les guitares pointues et au feu la gratte folk ! Ca fait plus de dix ans que je joue dans des groupes, et honnêtement être sur la route avec ma moitié, partager un projet musical, le monter ensemble et le façonner selon nos envies, ça c’est classe…ça dépasse le cadre musical, on voyage ensemble, on enregistre ensemble, on vit des expériences cool, bref on prend la vie en pleine gueule. Enfin je veux dire, c’est plus ma conception du couple que d’être obligé d’assister au baptême du fillot de la belle sœur.?

Ça n'a pas été trop dur de trouver le temps d'aller en studio étant donné ton emploi du temps pléthorique ?
Chaud bouillant, genre la peau cloquée, obligation de s’oindre l’épiderme avec du jus de courgettes apaisant ! On avait prévu de se goupiller un 45t avec les moyens du bord et de se faire un petit single familial, quoi, pas trop prise de calbombe… Sauf que, comme d’hab’, tout a dérapé, trois structures se sont montrées intéressées par le projet (Kicking Rds, Chanmax Rds et Oni Red Chords), on a évoqué l’idée d’un 10’, et puis le format album s’est imposé de lui même… les boules ! Je suis régulièrement sur la route avec mes deux autres groupes (the Black Zombie Procession et the Last Brigade), de plus je sortais de studio pour le nouvel album de BZP, et je venais de transpirer à chaudes gouttes sur mon Megazine , et je suis toujours embringué dans pas mal d’activités annexes, toutes plus ou moins liées au monde de la musique et de la culture qui gravite autour, un planning à l’agonie, mais c’est comme ça que je fonctionne, à flux ultra tendu. Au début j’ai vu ça d’un œil plutôt méfiant, puis je me suis mis au turbin, j’avais quelques titres de côté, autant les utiliser, hein ! Je n’allais quand même pas refuser de sortir une nouvelle galette, non mais !

Trois reprises dès le premier CD : pris de court ? Manque d'inspiration ? Dîtes-nous la vérité !
Pris de court, tu m’étonnes ! Mais les reprises, c’est comme ça que l’on a commencé, rien de tel pour se dégourdir les doigts et les cordes vocales… Faut pas oublier que c’est la première expérience de la mère Nasty, donc mollo les gars, poussez pas ! En ce qui concerne les reprises qui figurent sur cette première galette, ce sont des groupes assez obscurs, on aime bien l’idée de jouer des morceaux qui n’ont pas eu leur ¼ d’heure de gloire comme ils l’auraient mérité : un morceau de Dead Moon, groupe que Madame Nasty et moi adorons (bien que très loin de notre univers musical), the Dirty Looks (groupe New Yorkais du début des 80s, incroyablement bons, entre les Replacements et Elvis Costello !) et un vieux titre des Lemonheads. On ne joue pas ces titres sur scène, par contre, on envoie quand même quelques reprises bien placées, c’est un exercice que j’aime bien… sur la première tournée on a tiré notre révérence à Agent Orange, Tumbleweed, Porter Hall et Riverdales.?

Jusqu'à quel point avez-vous essayé de décliner cette approche 80's ?qui semble faire battre vos coeurs : au sein des thèmes abordés, mais ?peut-être aussi dans la façon d'envisager les mélodies, voire de ?diriger la production ?
Pour nous, c’est important, nous sommes issus de la fin des années 70s, on a traversé les années 80 et 90 avec les yeux et les oreilles grands ouverts. Ce groupe, c’est comme un tribut à nos années adolescentes. De plus, le fait que Madame Nasty soit américaine, ça permet d’accentuer encore plus le délire, notamment de plonger dans la culture pop des States des années 80s et 90s, je pense surtout aux teen movies et à leurs cortèges de fantasmes que ça a engendré chez les ados européens (les bus jaunes, les casiers, les chearleeders, le bal de la promo, les nerds, les jocks, etc…) ; donc effectivement, on a décidé de tirer dans cette direction, et perso je suis un supra geek, à fond dans les films bis, les comics, les teen movies, le hard rock et le heavy des eighties, donc j’ai vu une opportunité de brasser pas mal de trucs très intéressants et de développer un univers très généreux. C’est un truc auquel je tiens, la générosité musicale et graphique. Je suis un anti minimalisme. J’aime quand c’est fourni et limite too much, quand c’est super référencé, quand les clins d’oeils papillonnent en mode mitraillette... bref, à ce niveau, les années 80s, c’était le top. Et du coup, tout à suivi, la musique, assez typée, et même les choix de productions… la couleur de l’ensemble est complètement cohérente avec notre univers graphique et les thèmes brassés. C’était important pour nous d’avoir une petite touche, un caractère singulier, dès le premier album.

Comment se prépare une tournée comme celle du Kicking Tour ? Ça doit demander un sacré boulot pour caler les dates, organiser les répets, promouvoir le tour ?
Ca nous a pris environ 6 mois pour tout goupiller plus ou moins précisément… C’est la première fois pour nous tous qu’on jouait 2, voire même 3 sets dans la même soirée, et ce pour 3 semaines complètes… c’est un peu différent d’une autre tournée. On a tous appréhendé ça comme un petit challenge marrant à relever, 4 dans un van, 3 groupes sur l’affiche, 2 concerts par soirs (3 pour Billy the Kill). Il y a même eu quelques dates où on faisait un petit show case l’après-midi… Pas de tout repos, effectivement, mais ça restera un bon souvenir. Avec des bons soirs et des moins bons, comme sur chaque tournée. Au niveau des répets, on a fait le minimum, chacun a bien bossé de son côté (c’est comme ça que je suis habitué à bosser avec mes autres groupes the Black Zombie Procession et the Last Brigade, vu que les musiciens avec qui je joue n’habitent pas la même région que moi), et on avait calé un gros week-end en Belgique le mois d’avant pour prendre la température et voir les points sensibles de ce genre d’organisation). Pour le reste, on a répété les 3 jours précédant le tour et let’s go. Au niveau du booking, on a géré ça a 2, MatGaz (le batteur de Billy Gaz Station, ex-Headscases, Glasnost et Anita Hill) et moi-même.

Pour nous c’était un excellent moyen de faire un petit bilan, un état des lieux de la scène dans laquelle on évolue… Faire tourner un plateau de ce genre, sans tête d’affiche, des jeunes groupes en fait (un seul album au compteur), ça a représenté une sorte de pari. Pour l’occaz’, on a sorti un split EP (produit pas Kicking Rds/Chanmax Rds/Oni Red Chords), histoire d’avoir une petite trace photographique du délire. Donc ouais, pas mal de boulot, sachant qu’on a également tous d’autres groupes, mais au final, de bonnes sensations. En tout cas, l’impression d’avoir bosser dur pour un truc concret et assez singulier, en fait.

Ça s'est bien passé humainement, pas trop envie de vous mettre sur la gueule à la fin ?
On se connait tous, j’ai déjà joué avec Fred (dans Second Rate et Lost Cowboy Heroes), avec Mat’ ça fait aussi un moment qu’on se connaît. On n’a pas tous la même façon de fonctionner, c’est certain, mais globalement ça s’est bien passé… Tout le monde a de l’expérience, on est tous très souvent sur la route avec un groupe ou un autre, donc chacun sait se comporter en fonction pour ne pas que ça soit trop difficile pour les autres. Après, je ne te cache pas que ça fait du bien quand tu plaques le dernier accord sur la dernière date… plutôt agréable de plier les flight-case, rentrer après le dernier gig et se retrouver seul dans son bureau, devant son ordi, en caleçon, en écoutant un bon skeud de Mercyful Fate, à bosser sur la suite des événements… j’aime bien enchaîner, passer rapidement à la case suivante, je ne m’éternise jamais, boom c’est quoi la suite ? Ah merde, encore des concerts la semaine suivante, arf arf arf…

Et honnêtement, ça le fait de tourner avec sa meuf ? Pas trop de promiscuité et de prises de becs ?
Non, aucun problème. Déjà, on est pas mal habitué à voyager ensemble, ensuite il y a pas mal de périodes où on se voit très peu, entre les tournées de mes groupes, les sessions studios, mon job (je bosse de nuit), on ne fait bien souvent que se croiser… donc quand on part en tournée, on apprécie le temps passé ensemble. Pour elle c’est une nouvelle expérience, elle en apprend tous les jours, chaque concert lui enseigne un truc pour la suite… c’est rafraîchissant de faire ça tous les deux.

La date à Bordeaux s'était bien passée pour vous ? Un dimanche soir si je me souviens bien...
Yep, de bonnes conditions pour jouer (Club Barbey), pour un public du dimanche (niveau affluence), certes, mais cela dit assez concerné pour qu’on puisse y prendre du plaisir et envoyer notre sauce gaillardement. Cool aussi de recroiser les gaziers de Spudgun, que je vois très souvent quand je joue à Bordeaux. Toujours des soirées fort sympathiques.

Et de façon générale, peux-tu nous dire quelle image tu as de notre ville ? On t'y a vu poser tes amplis bien des fois, que ce soit au Local Rasta avec Second Rate, à L'Inca ou à Barbey avec Hawaii Samurai, au Fiacre avec The Last Brigade ou Black Zombie Procession, etc.
J’ai également joué à l’Heretic avec Hellbats… et dans une boîte de nuit -encore avec Hawaii Samurai, à Libourne (vu de chez moi, je considère ça comme un gig à Bordeaux !).
De mémoire, j’ai déjà joué au moins 8 ou 9 fois à Bordeaux, dans des bars/salles/clubs très différents les uns des autres… Toujours de bons souvenirs cependant. Avec plus ou moins de monde, quoique pour une grosse ville, ça reste à chaque fois très correct. C’est pas vraiment la ville française la plus concernée par le délire punk rock moderne/pop punk/power pop, mais il y a toujours un following suffisant, et à chaque fois j’ai envie d’y revenir, donc c’est le principal.

Vu de chez moi (Besançon), Bordeaux est un peu comme toutes les grandes villes françaises, c'est-à-dire une ville qui a l’air de subir les hypes successives dans tous les styles… du hard core (post hardcore prog’ lourdingue ou noise vraiment pénible, etc), au garage (farce minimaliste inaudible, tout dans la pose rien dans le riff !) en passant par la pop (pour salon de coiffure). Je peux me tromper dans mon jugement, mais c’est quand même un phénomène qui touche principalement les grandes villes… ça va, ça vient au gré des modes et des trucs branchouilles.