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INTERVIEW NASTY SAMY POUR LE FANZINE LA SALAMANDRE EST UNE ROCKEUSE (Novembre 2012)

"Il fallait bien qu'il passe à la casserole le Nasty Samy, cuisiné à feu doux par le Chef Yok Yok qui sait laisser mijoter ses questions et ajouter des ingrédients en veux-tu en voilà pour lier l'interview...
On ne va pas refaire le CV du Nasty, on cite quelques noms de groupes dans lesquels il a joué (ou joue encore) : Second Rate, Hawaii Samurai, the Black Zombie Procession, Teenage Renegade... il a épaulé Simon Chainsaw et Dumbell, il fait le zine et website Everyday is Like Sunday et a écrit un book sur son road trip aux USA.
J'ai rencontré trois fois l'animal avec qui j'ai partagé de bons moments et j'estime beaucoup sa sincérité, sa régularité et le way of life qu'il a choisit.
Bon, on y va ou quoi?"
[Intro et Interview par Pierre aka Yok Yok]

1) Yo Nasty Samy, à fond la forme?!!! On ne va pas y aller par 4 chemins, on y va dard dard !!! En fait tu es un peu un mercenaire du rock. Si des mecs comme Simon Chainsaw ou Paul Grace te demandent de faire une tournée pour une invasion rock’n’roll en Europe, tu armes ta basse et let's go. Qu’est-ce qui te pousse à accepter une tournée avec ces types ? Leur musique, leur personnalité ? Tu as déjà refusé des tournées pour d’autres vétérans du rock ? Qu’est-ce qui te fait vibrer à jouer les morceaux des autres ? Tu as été roadie sur la tournée de Kevin K en Europe de l’Est mais tu aurais bien aimé tenir le manche à 4 cordes sur ces dates ?

Yep Yok Yok, le Roi de la Jungle ! Je suis guitariste et bassiste, je varie les plaisirs (même si mon premier instrument reste la guitare !), j’aime bien collaborer avec différents musiciens, français ou étrangers, ça permet de garder les tournées/concerts intéressants et excitants, de nouvelles rencontres, bosser sur des sets différents, tourner dans des pays étrangers, collaborer avec différents labels, etc. Donc ouais, en ce moment je joue avec Dumbell (le groupe de l’américain Paul Grace Smith, qui a joué avec The Hydromatics de Scott Morgan et Nicke Anderson, the Shotgun Rationale, il a collaboré avec Sonny Vincent pendant 15 ans, il a aussi joué dans The Nitwitz, Cellophane Suckers, the Gee Strings et bien d’autres), depuis un an maintenant, j’ai fais trois tournée avec lui et je repars avec lui en fin d’année…

Je joue également de la guitare ou de la basse, depuis presque trois ans, avec l’australien Simon Chainsaw (ex-Vanilla Chainsaw dans les années 90s, il a collaboré avec pas mal de monde aussi, dont des mecs de Radio Birdman, de Cosmic Psychos, etc.)…

J’ai aussi joué de la guitare avec Scott ‘Deluxe’ Drake (ex the Humpers, usa) sur une de ses tournées européennes… Ces mecs ont un fonctionnement assez simple, ils sont souvent sur la route et changent fréquemment de backing bands, donc ils cherchent des musiciens plutôt solides, sérieux et disponibles (et sobres pour la plupart des cas !), et faut croire que mon profil répond à leurs critères. J’ai également un van, je book aussi des concerts puisque je tourne depuis une petite quinzaine d’année (donc pas mal de connections), je sais m’adapter, je suis multi cartes et plutôt bien organisé, donc ça roule…

De plus je suis un grand fan de Jeff Dahl et de ce genre de punks rockers voyageurs, les mecs qui sillonnent le monde avec des musiciens différents sur chaque continent, je trouve que c’est vraiment un truc cool, la liberté en lettre capitale quoi… Chuck Berry, ainsi que pas mal de vieux bluesmen bossaient dans ce sens, ils ont inventé le gimmick ! Ca permet de ne pas dépenser une fortune dans des billets d’avion pour les zicos et ça permet aussi aux mecs de se faire des connections partout où ils passent, je valide ! Et bon, j’aime bien leur musique aussi hein ! Je suis un gros fan de punk n roll, d’action rock et de rock australien, donc l’univers des mecs avec qui je bosse me parle complètement… j’aime bien voyager, être en mouvement, donc pour moi, c’est une aubaine. De plus ça permet de jouer des styles différents de mes propres groupes, où là j’envoie des trucs plus mélodiques, plus moderne dans l’approche, sans forcément coller aux clichés rock and roll…

Faut juste bien être organisé, être prêt à apprendre 2 ou 3 sets différents pas an et avoir un planning bien segmenté, pour le reste, les dates tombent et le route défile… Je précise que ça ne m’empêche pas d’avoir moi-même mes propres groupes, de la power pop à la surf music, du punk rock musclé au hardcore mélodique ou même au délire acoustique, bref j’aime garder un horizon musical bien large, ne pas m’enfermer dans une petite case… Dans un souci de ne pas me lasser et de rester excité par toutes ces tournées et ces sessions studio. Je ne pourrais pas jouer qu’un seul type de musique avec les mêmes musiciens, je l’ai fait, ça ne m’intéresse plus, il me faut du changement fréquent. Le rock, c’est vaste, ça serait con de ne pas tâter plusieurs de ses ramifications !

Kevin K, un vieux pote, lu aussi un sacré routard, je l’ai rencontré il y a presque 10 ans, j’ai organisé quelques concerts pour lui dans ma ville à l’époque (à Besançon) puis je suis toujours resté en étroit contact avec lui… j’ai même participé à la traduction et l’édition de sa biographie « How to become a successful loser » (sortie il y a 5 ans en France sur plusieurs structures, un book épuisé à ce jour), j’ai monté une tournée de 15 dates pour la promo de son bouquin, j’étais sur la route à ses côtés…. J’ai aussi fait 15 jours avec lui en tant que merch man/roadie en Pologne et Allemagne (en 2006), juste pour voyager et lui filer un coup de main. Il s’avère que je jouais dans un groupe (the Last Brigade, des mecs basés à Nîmes) avec la section rythmique française (le bassiste et le batteur) de Kevin K, donc je connais bien les gaziers…

Donc pour résumer, pour moi, ce genre de fonctionnement correspond à ma vision du punk rock, on fait ce qu’on veut, on bosse avec des musiciens de tout horizon, on fait connaissance avec des types plus jeunes ou plus âgés le temps d’une tournée, des fois ça se passe bien et d’autres c’est pas l’extase, mais en tout cas c’est différent à chaque fois… l’aventure, quoi ! On s’adapte en milieu hostile !

2) Il y a un truc qui m’étonne c’est que des groupes comme Simon Chainsaw, Dumbell, ce n’est jamais vraiment les même personnes à part les principaux protagonistes (les chanteurs quoi !!!). Il n’y a pas vraiment de culture de groupe, de bande, de gang quoi !
Par exemple pour Dumbell, sur la tournée d’avril, tu connaissais Paule Grace mais tu ne connaissais pas le batteur et le gratteux allemand. Tu m’as dit que c’était mieux comme ça. Ce n’est pas difficile d’avoir une cohésion de groupe quand personne ne se connait ? Vous êtes là pour une seule mission, le rock ‘ roll ?
Ca reste difficile 3 ou 5 semaines avec les mêmes mecs sachant qu’il n’y a pas beaucoup d’instants pour prendre du répit ?

J’ai partiellement répondu ci-dessus… Quand je bosse avec ces mecs, c’est en tant que musicien, comme je le disais je m’adapte à leur vision, à leur musique et à l’univers. On joue leur répertoire, leurs chansons, le rôle des musiciens qui l’entourent sur la route et en studio, c’est de s’adapter et d’essayer de coller à ce que le mec demande… en ce qui concerne Dumbell et Simon Chainsaw, l’univers est un poil différent, ce dernier évoluant davantage dans la sphère du rock australien, assez mélodique, tandis que Dumbell est clairement plus américain, au confluent du punk rock, du garage, de l’action rock et même du hardcore des 80s…

Et depuis 6 ou 7 ans, je fonctionne de la même façon pour mes groupes, remplaçant les musiciens en fonction de leurs disponibilités, c’est plus simple, je n’ai pas a dealer avec les emplois du temps de chacun… je cherche de bons musiciens et des gars qui sont plus ou moins dans le même état d’esprit que moi, travailleurs, sérieux et sobres. Je suis dans une tranche d’âge (j’ai 35 ans) où il est difficile de trouver des musiciens disponibles, ou qui ont gardé la motivation et la passion intacte, la plupart des mecs avec qui je jouais il y a dix ou quinze ans sont installés, avec taf, famille, enfants, etc. ou n’ont tout simplement plus envie de monter dans un van… quand tu as 15, 20 ou 25 ans, c’est cool de jouer avec tes potes, d’apprendre, de foncer, il y a cette insouciance, comme tu le dis si bien ce truc de « gang », mais après si tu évolues dans un milieu underground (c'est-à-dire qui ne peut pas répondre à certaines attentes financières), si tu veux être sur la route fréquemment et continuer d’enregistrer des disques et d’avoir une activité soutenue, tu ne peux plus te permettre d’attendre sur des compagnons de jeu… quand tu joues de temps en temps, le week end, ici et là, ça fonctionne, mais quand tu veux être régulièrement en tournée, ça coince, dur de trouver des gars prêt à faire des compromis et à foncer… perso’, je m’en accommode, je le répète, ça garde le flacon fraicheur à la bonne température et ça permet de casser la routine… ça permet aussi de se mettre en danger… on organise tout ça à distance, on communique à distance (en anglais du coup), on répète quelques jours, et le reste se fait sur la route, aussi bien musicalement qu’humainement…

Je reviens juste d’une tournée de 6 semaines avec Dumbell, 42 jours sur la route, dans 9 pays, dans ce cas précis, ouais c’est très long… et généralement je m’occupe aussi du road management, c'est-à-dire que c’est moi qui fait le budget, et gère une grande partie du business sur la route, je conduis (sur cette tournée je me suis quand même tapé 12 400 bornes !), on installe et désinstalle le matos nous-mêmes (pas de roadie) et on gère le merch… bref, c’est à flux tendu, on n’est plus vraiment dans le cadre du groupe de potes qui part en week end pour s’en taper une bonne tranche et oublier la semaine passée au boulot.

3) Je sais qu’une fois le concert terminé tu aimes bien ne pas t’attarder dans les bistrots ou les pubs pour échapper aux rockeurs pictons et autres gens bien abîmés. Mais tu ne crois pas que le rock c’est ça aussi ? Des mecs bien cuités qui s’agitent dans tous les sens et qui font qu’un concert de rock ce n’est pas un truc aseptisé. C’est comme même plus marrant d’avoir des mecs bien agités et fondu du ciboulot plutôt qu’une bande d’émos frigides dont le seul mouvement est remettre leur mèche en arrière ! Comment tu arrives à rester dans le rock avec ta mentalité et l’atmosphère des concerts si tu n’aimes l’ambiance avinée des bars?

Non, le rock, ça n’a pas vraiment de rapport avec le fait de picoler ou pas… et encore moins d’être accoudé à un bar, plein comme une barrique. Je ne conçois pas vraiment l’alcool comme un ingrédient rock n roll dans la vie de quelqu’un… c’est souvent même l’inverse, et dans certains cas, c’est plutôt un truc triste. Après, chacun fait bien ce qu’il veut, je ne juge personne… J’ai arrêté l’alcool il y a 7 ans, pour pas mal de raisons, et c’est une décision que je ne regrette pas une seule seconde. Je n’utilise pas l’étiquette straight edge pour me définir mais concrètement je ne bois pas et ne fume pas. Et j’ai été végétarien pendant 12 ans.

Je trouve assez dommage que la plupart des gens aient besoin d’alcool pour s’ « agiter » (pour reprendre ton expression) et pour passer du bon temps… c’est sûr, ça désinhibe et ça rend les interactions entre humains un peu plus fluides, c’est un bon moyen pour contrer ses incertitudes, ses peurs, ça permet à certains de se trouver une certaine stature et un certain aplomb, une certaine prestance de pacotille, mais la vraie force c’est d’arriver à évoluer en société sans avoir à se cacher derrière l’alcool… j’ai un avis très clair sur la question, je trouve que l’alcool enlaidit les gens, ça les rend bruyants, patauds, et bêtes à manger du foin. Je ne connais pas une seule qualité liée à l’alcool… ça te diminue physiquement ET intellectuellement. Après, on est dans une société qui encourage la consommation d’alcool, pour plusieurs raisons, c’est un truc qui touche quasi tout le monde… être bourré, c’est un truc qui est complètement normal, mais pour moi c’est le signe d’une véritable faiblesse.

Est-ce que c’est « rock n roll » de picoler et de se comporter comme un veau, non je pense pas… ma conception du rock n roll est étroitement liée à la rébellion, au fait d’être différent, de s’intéresser à des cultures en marge, de gratter un peu plus loin que ce qu’on nous met sous le nez, le rock n roll c’est un truc vivifiant, tonique, dangereux et excitant, un truc qui te donne la banane, la patate…. Bref tout le contraire de ce que cause l’alcool sur un esprit et un corps humain. L’alcool, c’est la tristesse, la dépression, la faiblesse, je rajouterais même que c’est la « norme » en fait ! Quand on y réfléchit bien, il n’y a pas moins rock n roll que l’alcool… Pour moi c’est un des grands maux de notre société.

Une fois rentré de tournée, je ne mets que rarement les pieds dans les bars (pour assister à quelques concerts uniquement)… je déteste les bars et les débits de boisson. Et c’est un des trucs les plus emmerdants pour moi en tournée, puisqu'on ne joue QUE dans des débits de boissons… J’aimerais que les gens ne se cache pas derrière l’alcool, qu’ils arrivent à trouver une énergie naturelle pour s’amuser et évoluer en société, qu’ils n’aient pas peur d’être eux-mêmes, avec leur qualités et leurs défauts… mais ça demande une certaine force intérieure et une certaine confiance en soi, une certaine personnalité en fait, que tout le monde devrait être capable d’avoir.

Mais, encore une fois, je ne prêche pas, le refus de l’alcool, c’est une décision personnelle, la plupart de mes potes picolent, chacun fait bien comme il le sent… perso’, j’essaie d’éviter au maximum d’évoluer au milieu des soiffards en pleine activité, c’est tout.

4) Bon, on l’a compris tu es très intéressé par les Etats-Unis, tu y es allé plusieurs fois, tu les as traversé en long, en large et en travers, ta femme est américaine. Comment ça se fait que tu rapproches plus des USA que de l’Angleterre ? Pas du tout attiré par la culture anglaise ? Le punk anglais, la oi, les skinheads, les mods, le pub rock, c’est des trucs qui ne t’intéressent pas du tout ? L’Angleterre a fourni ses armes au rock ‘ roll : les Beatles, les Smith, Oasis, Eddy & the hot roads, Dr Feelgood, les Jams, Motorhead. Tu préfères comme même les trucs ricains?

Je suis issu d’une génération (fin 70) qui a clairement été influencée par la culture américaine… les années 80 et 90 ont été saturées de références culturelles américaines, à la télé, au cinéma, à la radio, dans les magazines, etc. Le « boom » américain s’est répercuté à tous les niveaux de l’échiquier mondial, sur la culture, l’économie, la politique, etc.

Comme je le répète souvent, mes auteurs préférés sont américains, mes groupes préférés sont américains, mes cinéastes préférés sont américains, mes illustrateurs préférés sont américains, difficile de le nier. C’est un fait. Mais ça ne m’empêche pas de sous estimer la culture anglaise pour autant… pour sa scène punk rock et affilié des 70s (j’adore les Buzzcocks, les Jam et bien d’autres), les dinosaures heavy metal/hard rock (Led Zep’, Black Sabb’, Deep Purple, Iron Maiden, etc.), il y avait des trucs bien cool aussi dans les années 80/90 (Mega City Four, Senseless Things, Ned’s Atomic Dustbin, etc.), j’aime aussi quelques trucs plus sombres, goth, etc, comme Sisters of Mercy, Fields of the Nephilim, je suis un gros fan de New Model Army, j’écoute beaucoup PJ Harvey, Manic Sreet Preachers, je suis un gros fan de la pop anglaise des années 80 comme Jesus and Mary Chain, Echo and the Bunnymen, les Smiths (et Morrissey bien sûr) et toute la brit pop des 90s comme Oasis, Stone Roses, the Verve, etc. Enfin bref, je ne vais pas tous te les lister on y sera encore demain, juste pour dire que j’ai quand même un bon paquet de groupes anglais dans ma discothèque…. Ah tiens et puisque tu évoques le pub rock, on a ouvert pendant une semaine pour Eddie and the HoT Rods avec Dumbell il y a quelques mois en Allemagne, excellent groupe également… donc aucun souci, la culture musicale anglaise est bien représentée chez moi !

Par contre niveau ciné et littérature, beaucoup moins ! Je suis allé quelques fois en Angleterre et ça ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, je ne vais pas te dire que j’ai adoré, idem j’y ai tourné une dizaine de jours avec un de mes groupes (Second Rate, en 2002), cool mais rien que ne m’ait particulièrement impressionné non plus… bref, les Etats-Unis sont à mon avis beaucoup plus passionnants, c’est un pays multi facettes, avec une histoire assez folle (et relativement jeune), le pays des extrêmes, bref… J’aime les Etats-Unis pour sa culture, pour sa diversité, les grands ensembles urbains, la nature sauvage (via les parcs nationaux), et parce que c’est un pays bourré de paradoxes et de contradictions, c’est ce que j’essaie d’expliquer dans mon bouquin… donc oui, j’y vais régulièrement, en grande partie parce que ma femme est américaine et qu’elle rentre au pays assez fréquemment, et vu la taille du territoire je suis encore loin d’en avoir fait le tour (même si j’ai déjà traversé 31 de ses Etats !).

5) Ton livre est vraiment excellent : un gros pavé bien rempli. Bien que tu sois fasciné et que tu aimes les USA, tu montres tout de même des réalités peu objectives du nouveau continent. Je n’y suis jamais allé, je n’ai vu que quelques reportages, le dvd d’Antoine de Maximy « j’irai dormir à Hollywood », quelques livres… Mais il y a un truc qui à l’air d’être grave c’est le nombre d’obèses, tu racontes que dans des supermarchés tout est fait pour que les obèses puissent consommer. C’est à ce point là les obèses aux USA ? Tu crois que ça peut devenir comme ça en France ?
Les SDF, les camés, il y en a autant qu’on le dit aux States ou c’est de la légende urbaine ? Maximy, il se baladait dans des quartiers ou des zones sensibles, putain il a une grosse paire de cojones (genre à la Nouvelle Orléans). Tu t’es baladé dans des quartiers où tu as eu un peu les raffs ? Ou tu évitais les quartiers à problèmes ?

Yep dans mon carnet de route, j’essaie de pointer les aspects des Etats-Unis qui me fascinent, et ceux qui me débectent… même si c’est un pays que je trouve relativement intéressant, ça m’empêche pas de conserver un esprit critique bien aiguisé… quand j’y vais, j’essaie de faire abstraction de ce que j’aime pas et ne me concentre que sur les aspects qui me branchent vraiment… possibilité de voir plein de concerts, de trouver des tonnes de bons disques, des livres, des comics, de faire du sport à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, de pouvoir voyager dans les terres pour des prix raisonnables (beaucoup pus raisonnables qu’en Europe !), etc.

Après, les problèmes que tu pointes, sur l’obésité par exemple, c’est évident… bon, déjà, on deale avec un pays gigantesque, et des ressources humaines qui ne sont pas comparables avec ce qu’on connaît en Europe, donc forcément plus il y a de personnes, plus tu es confronté aux extrêmes… et c’est valable pour l’obésité, c’est un mystère pour personne, la mal bouffe n’est pas une invention, c’est bel et bien un problème très concret (ça arrive quand même en Europe depuis quelques années aussi, attention !)… mais comme je le disais c’est le pays des extrêmes, tu vas dans une salle de sport, tu as des obèses comme tu n’en a jamais vu mais tu as aussi des tarés du fitness ou du body building comme tu n’en trouves que très peu en Europe. C’est une balance géante, il y a tout et son contraire…

Comme je l’écris dans mon book, l’obésité c’est aussi un problème d’éducation, qui touche beaucoup les populations les plus pauvres (même si ce n’est pas seulement le cas bien sûr)… ma femme est originaire du Sud profond, du Mississippi, donc on y est régulièrement, et c’est l’Etat le plus « gros » des Etats-Unis, l’obésité touche 1/3 de la population de cet Etat… c’est un exemple… après tu vas en Californie et c’est pas la même histoire, ni dans le Maine ou le Vermont, tu ne peux pas généraliser… ça change d’un Etat à un autre, d’une région à l’autre, tu ne peux pas comparer la Floride et l’Utah, par exemple, c’est plus compliqué que ça…

Donc ouais, vu le réservoir humain, il y a plus de gros, plus de maigres, plus de drogués, plus de gens en forme, plus de sportifs, plus d’unijambistes, plus de nains, plus de grands, plus de roux, plus d’aveugles, plus de grande gueules, plus de tout quoi ! Ahahaha. C’est mathématique, en fait !
Après c’est vrai que la qualité de la bouffe laisse vraiment à désirer, hyper sucrée ou hyper salée, calorique à l’extrême, les fruits et légumes sont dégueulasses, de plus les ricains ne sacralise pas le repas comme on le fait en France (ou en Europe), il bouffe rapidement, n’ont pas le temps de se poser…

Au niveau des quartiers sensibles, il y clairement des coins à éviter… après, on s’est aussi rendu compte qu’il y avait un peu de paranoïa, du genre on nous déconseillait fortement d’aller dans quelques coins excentrés des centres villes, on y allait quand même (généralement pour aller y chercher des disquaires ou salles de concerts) et bon, c’était loin d’être aussi dangereux que ce qu’on nous avait annoncé…après je dirais qu’il faut faire gaffe partout, et c’est valable aussi en Europe, je voyage beaucoup donc par expérience je sais que ça peut sentir le souffre dans n’importe quel coin du globe… Et bon aux States, il y a aussi cette histoire d’armes qui complique encore les choses….

6) Ce qui est cool c’est que le livre est ponctué d’interviews de personnes qui ont un lien avec les States ou le rock ‘n roll : des ‘ricains : Sleazegrinder, Ricky Rat, Justin Perkins… mais aussi des Français : Fab Woodson, Sonic Polo, Olivier Denizot. Ca aère le bouquin, les mecs ont des choses à raconter, c’est une bonne idée. Il y a-t-il d’autres personnes que tu aurais aimé faire figurer dans ce book ?

Tout s’est fait très naturellement, en fonction des rencontres faites sur la route ou des mecs avec qui je correspondais via email… ça pouvait être des musiciens, des tatoueurs, des ingénieurs du son, des disquaires, des français expatriés aux States, des écrivains, des mecs en voyage, bref un peu de tout, histoire d’avoir un autre regard que le mien sur cette culture, de la part de ceux qui la vivent de l’intérieur en fait, au quotidien… alterner des passages de mon carnet de route et des interviews permettait de nuancer le récit, d’y apporter plusieurs points de vue… et les mecs y parlent de leur villes et des aspects qu’ils aiment ou qu’ils détestent de l’american way of life, c’est intéressant…

6)bis
D’ailleurs, comment procèdes-tu pour réaliser tes interviews ? Tu les fais tous par mail ? Cela t’arrive t-il de faire des interviews live, direct avec la personne en face de toi? Chose assez fastidieuse, car après il faut retranscrire l’interview, mais le point bénéfique est que l’on peut rebondir aussitôt sur les réponses de la personne interviewée ? Quelles techniques adoptes-tu ?

Oui je procède par email, je préfère… au tout début de mes activités fanzinesques, pour les premiers numéros des zines que j’éditais, il m’arrivait de faire des interviews en live… Effectivement c’est plus spontané mais les réponses sont moins intéressantes, c’est un fait… les mecs sont plus généreux par écrit qu’à l’oral, ils ont le temps de retourner le sujet et les thèmes brassés dans l’interview, et d’articuler les éléments de réponse, c’est plus solide et plus consistant, aucun doute la dessus.

Après, j’interview énormément d’étrangers (souvent des ricains d’ailleurs !), donc ça se fait en anglais, et il faut de toute manière retranscrire aussi, traduire et retaper l’interview, TRES fastidieux tu l’as dit ! Généralement, je m’adapte au mec que j’interview mais j’opte souvent pour la même technique en fait, je lui envoie une question après l’autre, une par une, du coup il a le temps de s’y consacrer et je peux rebondir sur ce qu’il dit et participer activement à la discussion… ça fait généralement des interviews TRES longues, mais c’est comme ça que je les aime… je ne fait pas d’interviews promo, c’est un aspect qui ne m’intéresse pas, je me penche davantage sur la personnalité et les activités du mec que je choisi d’interviewer (et généralement les mecs ont plusieurs cordes à leur arc).

7) Tu as vu pas mal de concerts là-bas : Ted Nugent, Cro Mags, Megadeth, Ozzy… C’est quoi la plus grosse claque frontale que tu aies vu ?
Toi ça te dirait de jouer aux States avec un de tes groupes, c’est un vieux rêve ou pas du tout ?

Effectivement, on a fait un paquet de concerts… j’en parle précisément dans mon book, grosso modo, on se tapait un concert dans chaque ville où on s’arrêtait… des petits concerts dans des clubs, des gros groupes dans des énormes salles, des festival en plein air… j’ai essayé de ratisser large, et vu que j’ai des goûts TRES larges, c’est parti dans absolument tous les sens, hahaha… je ne vais pas te faire une liste mais disons que je me suis fais plaisir, du metal (slayer, megadeth, danzig, toxic holocaust, des soirées thrash, etc), du rock n roll (deadbolt, pierced arrows, etc.), des trucs indie (Pixies), des festivals (le Ozz fest, le Vans Tour, etc.), du hard core (Cro Mags, Suicidal Tendencies, etc.), du classic rock (Ted Nugent)… bref il y a eu de l’action de ce côté-là !

Jouer aux States, bien sûr que ça me branche, mais il y a encore beaucoup à faire en Europe donc c’est pas un but ultime non plus… J’ai bossé avec des musiciens ricains, et je croise souvent des groupes ricains en tournée bien sûr, et ce qu’ils en disent ne fait pas vraiment rêver, les conditions sont TRES difficiles aux States, au niveau de l’accueil et des finances, c’est pas la même qu’en Europe ! Je préfère aller aux States régulièrement et faire ce que j’ai vraiment envie de faire, voyager, visiter, être vraiment libre de faire ce que je veux, quand tu tournes tu n’as pas vraiment le temps de faire quoique ce soit… si on me propose un truc solide, j’accepterai sans hésiter, pour l’expérience, mais comme je le disais ce n’est pas un truc que je cherche à faire à tout prix… mais par contre c’était cool de pouvoir enregistrer un disque aux States, ça c’est vraiment un truc que je voulais faire, enregistrer un disque en voyageant, avec des mecs qui comprennent complètement ce que tu veux faire, on a même bossé avec un batteur ricain (Dusty Watson, le batteur de Dick Dale, qui a aussi joué dans Supersuckers, les Queers, Agent Orange, Rhino Bucket, etc.), on a bossé dans deux studios (un à Milwaukee, Wisconsin et un à Los Angeles, Californie), une très bonne expérience…

8) Bon pour ce livre, gros gros boulot. Comment tu as procédé pour l’écrire ? Tu écrivais un petit peu chaque jour ou alors tu notais des événements sur des morceaux de papiers que tu as rassemblés en France ? Pas facile de mettre sur papier 6 mois de road trip. Tu as écrit des trucs que tu as virés après ? Tu as fait des sélections ?

Ca représente un an et demi de travail, quasiment tous les jours… pendant les 6 mois du trip, mais j’ai continué d’écrire, d’affiner, de compléter quand je suis rentré, pendant quasiment un an… il y a aussi les photos que j’ai prises pendant ce voyage, il a fallu tout trier, et ensuite l’aspect plus technique, la mise en page a été faite par un pote (Dan, qui éditait le fanzine/magazine Kerosene dans les 90s et au début des années 2000), j’ai fais corriger le manuscrit par un autre pote, bref il y a eu pas mal de phases diverses, mais effectivement ça a représenté un boulot énorme, j’ai passé vraiment beaucoup de temps dessus… En ce qui concerne la partie road trip, j’ai écrit au jour le jour, sous forme de brouillon avancé, je prenais des notes, couchais des idées sur le papier, des paragraphes plus ou moins détaillés, etc… au début, c’était même pas spécialement prévu que je rédige un carnet de route… j’étais parti avec une autre idée de livre en tête (qui va finalement être mon prochain projet !), mais quand j’ai commencé ce voyage je me suis mis à écrire naturellement, une sorte de cahier de bord, et j’ai eu l’idée de chroniquer tout ce que j’achetais, d’interviewer des mecs que je croisais, etc… ça s’est affiné au fil du trip, et au final ça a donné ce gros pavé de 200 pages, un livre sur le voyage, la liberté et la place qu’à eu la culture populaire américaine dans ma vie et dans mon éducation…

8) bis
Tu dis à la toute fin de ton book qu’avec cet écrit tu essaies de délier les nœuds que tu as dans ton ventre, qui se sont noués après ton adolescence « Afin de pouvoir enfin respirer comme je le souhaiterais ». En fait l’écriture c’est ta thérapie ? Ca remplace une séance chez le psy ?
Comment ça se fait que tu es coincé comme ça dans tes souvenirs de teenager ? Qu’aussi bien dans tes chroniques de skeuds que dans tes groupes (je pense à Teenage Renegade), on refait un saut dans le passé ? Mais pour ma part, je trouve ça cool, ces flash-back , ça permet d’avoir de bonnes anecdotes et des chroniques personnelles et originales!!!

Ouais, ce bouquin, c’était pour moi une excellente occasion de faire une sorte de bilan, de me retourner et de regarder le chemin parcouru… et le faire en se replongeant dans des souvenirs liés à l’adolescence, à travers des « bornes » culturelles (des groupes, des films, des livres, etc.), je trouvais l’idée plutôt intéressante… j’ai 35 ans, et honnêtement, je ne pense pas vraiment être très différent de ce que j’étais quand j’en avais 17. Bien sûr, la vie et le quotidien a fait son job, mais à l’intérieur, je n’ai pas beaucoup changé.

Je garde un excellent souvenir de mes années adolescentes, je n’en suis pas « nostalgique » (dans le sens où j’adore la vie que j’ai aujourd’hui, aucun problème là dessus !) mais je garde dans un coin de ma tête (et de mon cœur) les chouettes images et sensations liées à cette période… je connais beaucoup de gens pour qui le lycée et l’adolescence ont été une traversée du désert, dégoût du système scolaire, pression parentale/familiale, difficulté de trouver sa place, futur incertain, etc… moi c’est tout le contraire, j’ai traversé cette période avec la plus grande facilité, comme dans un parc d’attractions… rien à foutre de tout, j’ai pu zoner assez jeune (bouger aux concerts, etc.), mes parents (divorcés quand j’étais très jeune) étaient plutôt cool et pas trop pesants, bien que loin d’être bon en cours, ça passait sans aucune forme de stress, je me suis fait virer de mon bahut, et ensuite dans la foulée de l’internat du nouveau bahut qui m’accueillait, mais ça me posait aucun problème… on traînait avec les potes, concerts le week end, répet le mercredi aprèm’ (quand je n’étais pas collé, très rare !), on apprenait sur le tas, j’étais boulimique de culture, une soif d’apprendre monstrueuse, des livres, des bds, des k7 échangées dans la cour du lycée, des rencontres avec de nouveaux potes, de nouvelles meufs, bref ULTRA excitant comme life !!!

Et à cet âge là, tu n’as pas à gérer avec ce qui va te bouffer dans les années suivantes (factures, manque de thune, jobs pourris, pressions diverses de la société), bref c’était quand même une sacrée fiesta... d’autant que ce qui se passait culturellement à cette période était plutôt cool, niveau zik, ciné, etc. Donc ouais, quand j’évoque ces années là, je le fais avec du baume au cœur… c’est en grande partie durant cette période là que j’ai pris certaines décisions, notamment de vivre ma vie comme je le voulais, en faisant des choix précis, et en refusant un délire carriériste pour un boulot à la con et un confort matériel bidon, etc.

La musique a été un medium culturel très important pour moi, à plusieurs niveaux personnels, et aujourd’hui, à 35 ans, ça continue de l’être… je ne suis pas passéiste, comme je le disais je suis hyper heureux de ce que je fais de ma vie aujourd’hui (c’est quelque part la continuité de mes années ado’ !), mon mode de vie n’est d’ailleurs pas très éloigné de ce que je faisais à 17 ans, ahahah, mais je reste très curieux, je m’intéresse toujours de près à ce qui se passe en musique, littérature, cinéma, etc. bref, j’ai toujours les crocs, je ne fais pas partie des gens qui trouvent que tout étaient mieux avant, et blah blah, ou alors qui fantasment une certaine période de leur vie, non pas du tout… je veux juste payer tribut à cette excellente période de ma vie… Ecrire ce livre, c’était une excellente occasion pour piocher à nouveau dans ce passé, dresser un parallèle avec ce road trip, retrouver quelques icones culturelles que j’avais laissé derrière moi, redécouvrir et réécouter des disques que m’avaient fait forte impression à l’époque, etc.

9) Bon après ce livre c’est quoi ton nouveau projet d’écriture ? Un nouveau fanzine, un autre livre ? Tu as des trucs sous le coude ? Tu n’as jamais pensé te pencher sur un roman ? Je ne sais pas un truc sur la zique (pour changer) ou un truc d’horror puisque tu aimes ces trucs là ? Tu as des écrivains que tu apprécies ou tu ne lis que des bio et des livres sur la zique ?

En ce moment j’édite un petit fanzine format A5 photocopié d’une soixantaine de pages, Shoot To Kill. Je le publie avec l’aide de 6 autres personnes, des potes, qui sont eux même dans le milieu du fanzinat depuis un bail. On a sorti deux numéros cette année (2012). Chacun apporte sa colonne de plusieurs pages, on regroupe le tout et ça donne ce zine consacré à la zique, le cinéma bis et la littérature, pas prise de tête. C’est gratos, je le distribue sur mes stands de merch en tournée, ou je le donne pour toute commande sur mon site. J’ai eu l’idée et l’envie de me remettre à ce genre de petit format pour m’aérer la tête, après les 4 énormes numéros du Megazine (des pavés de 150/200 pages à chaque fois) sortis ces dernières années, et surtout après avoir bossé comme un taré sur le carnet de route Continental Divide… j’avais besoin de bosser sur une publication plus light, revenir au cut and paste, à l’ancienne, aux photocopies et ce genre de trucs bricolés dans l’urgence.

Mais j’ai un gros projet en tête, sur lequel j’ai déjà pas mal réfléchi et même commencé un peu à travailler dessus. Un livre dans le même format que le « Continental Divide », qui se focalisera sur la scène française et ses activistes, avec des extraits de mon journal de bord, rédigé sur une bonne partie de mes tournées, et dans lequel je reviendrai aussi plus ou moins en détail sur les groupes dans lesquels j’ai joué… il y aura beaucoup d’interviews, des gens que j’ai croisés ces 15 dernières années, des musiciens, des organisateurs de concerts, des fanzineux, des mecs qui font de la radio, qui gèrent des labels, des distributions, etc… J’aimerais faire un livre assez complet sur ce qu’est la scène indépendante française (punk et affiliée), de la fin des années 90 à maintenant, creuser un peu ce sujet, montrer que ce n’est pas juste des étudiants qui passent le temps pendant leurs années à la Fac, que c’est vraiment un engagement personnel à tous les niveaux, que c’est une sorte de mode de vie, qu’il y a des mecs qui organisent des concerts depuis 20 ans, qu’il y a des musiciens qui tournent depuis autant de temps, etc. Ca ne sera pas exhaustif bien sûr, mais je pense connaître une bonne partie des activistes français, et j’aimerais orienter mon récit suivant mon expérience et mon parcours… Je ne sais pas si tu te souviens d’un livre sorti au début des années 90s qui s’appelait « Scènes de Rock en France »… j’aimerais faire un peu le même délire, en plus personnel et peut-être moins foncièrement « journalistique »… Ça restera basé sur mon expérience et mon itinéraire.
Donc au programme, beaucoup d’interviews et de profils, je ferai un espèce de Tour de France des mecs et des groupes dont je veux parler, en segmentant les entrevues par des extraits de mon journal de bord écrit sur la route… je me laisse encore quelques mois pour peaufiner l’idée et le plan global de ce livre, histoire de souffler un peu après le « Continental Divide » qui m’a bien épuisé… Je pense m’y mettre à partir de fin 2012, ça va me demander une bonne année de travail.

En ce qui concerne la littérature et mes goûts personnels… ça varie, en fait. Je lis depuis que je suis môme, ma mère aimait lire, elle m’a transmis le virus, je n’ai jamais été attiré pas la TV, ça fait d’ailleurs 15 ans que je ne l’ai plus. Comme pas mal de gamins j’ai commencé à lire avec Stephen King, Agatha Christie, Lovecraft, Arthur Conan Doyle, Bram Stoker (le roman Dracula est un des meilleurs livres que j’ai jamais lu !) et ce genre de trucs, ce sont vraiment ces auteurs qui m’ont donné envie de dévorer des livres. Ensuite, un peu plus tard, à la fin du lycée et à la fac, je me suis pris Bukowski, Fante, Harrison, Brautigan et Carver en pleine gueule, ils ont redéfini mes goûts en littérature… j’ai enchaîné avec la découverte d’auteurs plus pointus, je lisais aussi pas mal de romans noirs et policiers… je n’ai jamais cessé de lire, il y a des périodes charnières, des moments où je lis plus que d’autre, mais il y a toujours un livre dans mon sac à dos et sur ma table de chevet, sans parler de magazines, de fanzines, etc.
Pendant une période, j’ai lâché la forme romanesque pour ne lire que des bios, des auto-bios, et j’ai surtout beaucoup lu en anglais ces dernières années, donc il me fallait des trucs pas trop prise de tête…

Ces derniers temps, pas mal de bons livres, j’étais pas mal sur la route donc ça m’a laissé du temps pour lire, j’ai découvert l’éditeur français 13ème Note qui a un super catalogue, j’ai acheté (et lu) une dizaine de livres de cet éditeur en moins d’un an, j’ai dévoré les livres de Mark Safranko, mon auteur coup de cœur du moment, de Dan Fante aussi (le fiston de John! Que j’avais découvert il y a plus de dix ans avec son premier bouquin)… j’ai adoré Chuck Klosterman, je me suis enfilé trois de ses livres (dont l’hilarant Fargo Rock City)… le dernier roman de mon pote Thierry Tuborg « Au désarroi et au sang », petit roman policer dans le monde de la zique, tout en souplesse, simple et agréable… le livre de la bassiste de White Zombie « I’m in the band »(Sean Yseult), très intéressant et bourré d’infos sur sa carrière étonnante. Le deuxième volume du carnet de tour report de TV Smith (des Adverts), bien poilant. Et en ce moment, je suis en train de lire un gros pavé sur les origines de la scène Death Metal suédoise, je viens juste de finir un book sur le même sujet (le death metal) mais sur ses racines en Floride, bien cool également.
Bref, j’ai toujours un livre à portée de main.

10) Le zine, le webzine, le livre, les groupes, la muscu… j’ai l’impression que tu ne te laisses pas une minute de répit. Il faut que tu sois toujours en activité ou sous pression. Tu ne sais pas relâcher, tu as peur de te retrouver seul avec toi-même ?
Tu as joué dans plein de groupes différents, enregistrés une multitude d’albums, de galettes, parcouru pas mal de pays en tournée, écrit un bouquin. C’est quoi ton but, en fait ? Voir qu’au crépuscule de ta vie, tu laisses une grosse empreinte derrière toi ? Ne pas penser au moment présent ? Voir que tu ne ressembles pas à tous les gugus du genre humain, que tu as eu une vie ?

Je ne me pose pas vraiment de questions, je bosse sur toutes mes activités d’une manière très naturelle. Je le fais parce que je sens que je dois le faire, ça ne va pas plus loin que ça. J’aime être créatif, productif, actif. Je dois toujours faire un truc ou un autre, j’aime enregistrer des disques, tourner et voyager, j’aime faire du sport, j’aime lire, j’aime écrire, j’aime me donner des challenges personnels et essayer de les relever, je ne comprends absolument pas ceux qui arrivent à s’ennuyer, il y a toujours un truc stimulant à faire, quand je me couche je suis généralement frustré de ne pas avoir eu le temps de finir un truc commencé plus tôt dans la journée, j’ai toujours des projets et des idées plein la tête… j’aime la vie en général, et je veux profiter de chaque instant, de chaque seconde.

Ce côté hyper actif me permet de ne pas trop cogiter, le quotidien pèse sur les épaules de tout le monde, d’une manière ou d’une autre, à chacun de trouver un moyen de ne pas trop flancher… ce côté hyperactif, c’est ce qui me permet de toujours avancer, j’en apprends tous les jours, sur ce (et ceux) qui m’entourent et sur moi-même, la vie est un long chemin, faut être patient et se protéger des dommages collatéraux… toutes mes passions et mes activités me rendent ce grand périple un peu plus plaisant et excitant, c’est tout. Je fais tout ça pour moi-même, uniquement. Si ça intéresse quelques personnes, que ça me permet de rencontrer des gens cool et que ça me donne des opportunités de bouger davantage, c’est encore mieux.

10 bis) Tu aimes toujours autant prendre la route pour une tournée ? Te poser ça ne dit pas ? Avoir un gosse, lui apprendre la guitare ? (attention je n’ai pas dit inactif, rien que le fait d’avoir un gamin – de s’en occuper et d’être responsable – c’est déjà quelque chose d’actif).

Comme je le disais plus haut, j’aime bien être en mouvement, j’aime bien les nouvelles expériences… En ce qui concerne les tournées, je ne trouve plus ça aussi excitant qu’au début c’est clair, il y a un côté routinier qui s’est installé, même si j’essaie de toujours varier les plaisirs, en tournant avec des groupes et des musiciens différents, histoire de casser les schémas le plus souvent possible… une tournée, ce n’est ni plus ni moins qu’un road trip, avec un concert le soir.

Le seul truc qui me pose problème dans le cycle des tournées c’est le fait de jouer dans des bars/débits de boisson, ça fait 15 ans que j’évolue dans le monde de la nuit, j’en ai fait le tour, il n’y a plus rien à prendre dans ce microcosme en ce qui me concerne, c’est le seul truc qui me fatigue quand je dois reprendre la route. Pour le reste, je m’accommode de tout : la route, la fatigue, les longs moments d’attente, les concerts tous les soirs, les conditions difficiles, la promiscuité entre les musiciens, etc. J’ai fait une pause concert de 8 mois quand je suis parti aux States pour mon road trip il y a deux ans, ça m’a fait du bien.

J’ai également changé de tactique depuis 6 ans, je ne fais désormais que des tournées, je ne joue plus de concert isolé, pas de week end concert non plus, ça me permet de mieux profiter de mon temps libre, quand je pars sur la route c’est pour plusieurs semaines, quand je rentre je passe à autre chose, j’en profite pour enregistrer de nouveaux disques et je me focalise sur mes autres passions, ça me permet de concentrer les concerts en trois ou quatre grosses périodes dans l’année et d’avoir des segments de plusieurs mois où je fais autre carrément chose, c’est beaucoup mieux…

Pour le moment ce mode de vie me satisfait, j’ai également un taf alimentaire à mi temps (de soirée et de nuit) et je pige pour deux magazines, donc je n’ai pas beaucoup de marge de manœuvre… et en ce qui concerne le fait d’avoir un môme, ça n’est pas pour moi… il faudrait que je réorganise complètement mon quotidien car dans l’état actuel des choses, impossible. Je suis toujours à droite et à gauche, jamais posé… et c’est pareil pour ma femme, qui est très active aussi et très indépendante, elle n’est pas non plus intéressée par l’idée d’avoir un enfant… donc la question ne se pose pas. C’est un choix de vie, il y a de bons côtés et de moins bons…

11) Il y a un truc, c’est que tu n’as pas l’air d’aimer les textes en français. Comment ça se fait ? Pour toi le rock’n’roll c’est une histoire de ricains et d’anglais ? Il n’y a aucun groupe français avec des textes français qui ont mis ton petit cœur en émois ? Il y a des groupes qui te bottent en France ? C’est quoi les groupes français dont tu aimes la zique ou sur scène ?
Tu n’as jamais essayé de faire un groupe avec chant en français pour parler de passion adolescente, de nostalgie ? D’ailleurs pour Black Zombie Procession et Teenage Renegade, c’est toi qui écris les paroles ? C’est quelque chose que tu aimes faire l’écriture de parole, quelle sont tes sujets de prédilection ?

C’est une histoire de goût… mon éducation musicale s’est faite avec des groupes anglais, américains ou australiens, donc ça doit avoir un rapport. J’ai toujours eu du mal avec la façon dont le français sonne dans le rock (ou affilié), tout simplement… Au niveau du rythme, du flow et de la musicalité en général, et même des thèmes brassés dans certains cas, ça ne me parle pas. Et je suis de la génération qui a connu le punk rock « alternatif » et une bonne partie des groupes ridicules qui faisaient partie de cette scène, ça a certainement contribué à mon aversion du rock ou du punk chanté en français… Donc oui, le rock n roll, le punk rock, le metal, etc, c’est anglophone en ce qui me concerne… ce qui ne veut pas dire que je ne m’intéresse pas à la scène française, que j’ai d’ailleurs toujours soutenue à travers mes activités, à travers les zines, etc.

Pour ce qui est des groupes qui chantent en français, il y a quelques exceptions, il faut certainement y déceler un peu de nostalgie… j’aime bien OTH et les Sheriffs que j’ai beaucoup écoutés quand j’étais au collège, les premiers Trust, j’aime bien aussi Noir Désir (avant qu’ils ne jouent de l’electro chiant), Dominic Sonic aussi… et c’est à peu près tout en fait.

Au niveau des groupes français, la liste est longue, j’aime bien la scène 80s/90s, ou début 2000, c’était un bon vivier, dans tous les styles, du punk rock à la noise, au garage nerveux, en passant par des trucs plus mélodiques : Real Cool Killers, les Dogs, Drive Blind, Portobello Bones, les Thugs, Burning Heads, Seven Hate, Bushmen, Sixpack, Condense, Shaggy Hound, Fake Hippy, Happy Anger, les Dum Dum Boys, Distant Winter, Keneda, Greedy Guts, Cowboys from Outer Space, Gasolheads, … pas forcément des trucs qui tournent beaucoup sur ma platine en ce moment, mais clairement des groupes qui m’ont accompagné à un moment ou à un autre… Quelques groupes metal aussi, d’époque : Loudblast, Crusher, Agressor, Massacra, S.U.P, mes préférés du lot.

Sur la scène française, je reste un peu sur mes acquis, dernièrement je n’ai pas vraiment cherché à creuser plus que ça, je reçois quelques trucs promos de temps en temps qui valent vraiment le coup… il y a de bons groupes dans toutes les villes, dans toutes les scènes indépendantes, faut juste se pencher sur la question… je croise pas mal de groupes sur la route, du bon et du moins bon… dernièrement, j’ai bien scotché sur le dernier album de 7 Weeks (plays Dead of Night), excellent rock metal atmosphérique et pesant, le premier album de Cannibal Mosquitos (surf bien roots vraiment cool), le dernier Hellbats est vraiment bon (« Kiss your world goodbye »), le premier album de X-Ray Vision (surf excellent), the Irradiates (LE meilleur groupe surf français ?), le nouvel album de Jack and the Bearded Fishermen m’a vraiment scié en deux (rock sombre très personnel, pachydermique et envoûtant), Billy Gaz Station (rock indie mixant classic rock 70s et grunge attitude, un groupe à part, très cool), la liste est longue… en fait, je me rends compte que j’écoute quand même pas mal de groupes français, ahaha !

En ce qui concerne les paroles, il n’y a que dans Black Zombie Procession que je gère cet aspect… ça tourne autour de la culture horrifique, c’est un sujet que je maîtrise plutôt bien, donc je me fais plaisir. Pour Teenage Renegade c’est Erin, ma femme, qui les écrit (et les chante !), elle a un très bon song writing, typiquement féminin, mais c’est ça qui est intéressant. Le problème c’est que c’est un truc auquel on ne fait pas tellement attention en France, le song writing… sauf s’il est en français du coup… à mon avis, les paroles de Teenage Renegade sont les plus intéressantes et les mieux écrites de tous mes groupes (bon c’est sa langue maternelle !), de part les sujets traités, le ton et l’angle adopté…

12) Bon ça fait une paie que tu as arrêté l’alcool, les drogues, tout ce bordel. Ca ne t’arrives jamais l’envie de t’enfoncer dans la nuit, ouvrir la porte d’un tripot des plus cradinges, ingurgité seul quelques whisky, descendre au plus bas des abysses de la solitude. Moi personnellement je sais que j’ai besoin de ça pour repartir de plus belle après. Je me fais une tournée des bars en solo, les endroits où je suis sur de ne rencontrer personne. Je m’abreuve de bières, rhum et whisky. Je rentre cassé en mille morceaux après avoir fait quelques conneries (bon potentiel !). Le lendemain je paie cher mais après c’est reparti pour 6 mois en grande forme. Toi, non, les bars, le spleen, l’envie de tout péter, tu y es hermétique ? Jamais soif ?

J’ai répondu à la question sur l’alcool dans une question précédente… et non, je n’ai pas besoin de me blinder la tête pour relâcher la pression ou pour faire face à mes fêlures. Je le redis, l’alcool n’est la solution à AUCUN problème. Je dirais même que c’est LE problème parmi les problèmes. Je n’ai pas besoin d’évacuer des bouffées de frustration, je gère ça au quotidien, naturellement, et mes choix de vie m’ont en fait permis de me stabiliser et de trouver un certain équilibre. J’ai bu jusqu’à 28 ans… j’ai commencé en rentrant au lycée, à 15 ans, et j’ai arrêté à 28 ans (il y a un peu plus de 7 ans, donc). Et je peux même dire que j’ai quasiment bu tous les jours (à peu de choses près) de 18 à 28 ans. J’ai expérimenté les excès, je ne regrette absolument rien, j’ai passé du bon temps, je me suis bien marré, avec le recul je vois ça comme comme des années formatrices… mais honnêtement, depuis le jour où j’ai arrêté de boire et de fumer, je n’ai jamais été retenté d’y retoucher, pas une goutte d’alcool, pas de dope, pas de clope, rien. Je suis juste passé à autre chose. J’ai voulu casser la routine et recommencer un nouveau cycle, j’en avais besoin.

12) bis
Tu as fait l’interview de Ricky Rat dans ton book et il disait un truc que je trouve très juste : « Au final, ta vie est ce que tu veux bien en faire ». T’en penses quoi ?
Mon collègue Xaxa Ier, un grand « Nietzschien » (j’ai pas dit nid de chien !) devant l’éternel, me répète toujours « Au bout du compte il ne restera rien… » Sous entendu : quoi que tu fasses, bon ou mauvais, personne ne sera là pour te remercier et qu’à la fin personne ne se souviendra de toi. Tu en penses quoi aussi de cette vision plutôt pessimiste de la vie ?

Pas du tout. Je ne suis absolument pas pessimiste. Je suis quelqu’un de très réaliste, c’est sûr, de misanthrope aussi (mais j’essaie de me soigner, juré !) mais pas pessimiste, ah ça non. Je suis plutôt dans le délire positive mental attitude… Ça ne veut pas forcément dire essayer de vivre selon les règles des Bisounours et d’avoir un sourire niais accroché aux lèvres à toute heure de la journée, ça signifie juste essayer de faire de son mieux pour rester bien dynamique et avoir de l’entrain, se booster, ne pas baisser les bras aux premières déceptions ou désillusions, essayer de continuer son chemin même s’il est truffé de pièges et de barrages…

Ton pote est peut-être un poil frustré, ou amer, ou déçu de quelque chose (sa vie ?) ou j’en sais rien… mais non, au final, il restera quelque chose, bien au contraire. Des souvenirs, des images, des photographies, des écrits, de la musique, etc. J’aime la vie, je le répète. Je me lève dans le but d’achever un truc, de me marrer, de me distraire, d’apprendre un peu plus chaque jour… et en fait, pour être tout à fait honnête, je pense que ce que ton pote appelle « la fin » n’est est pas une… et bon là, on rentre dans le domaine des croyances et, plus globalement, de la spiritualité… et sur ce sujet, je ne pense pas me tromper si je te dis qu’avec ton pote Xaxa, on ne partagera pas le même point de vue.

La citation de mon pote Ricky Rat, c’est presque l’inverse en fait… ça veut simplement dire que ça ne sert rien de te plaindre, de geindre, vis ta vie à fond, passe à l’action, prends tes responsabilités, affronte le quotidien avec tes propres armes… Tout le monde n’a pas les mêmes cartes en main au début du jeu, c’est une certitude, mais il y a des opportunités à saisir, des choix à faire… je crois au travail, à la persévérance et au fait de prendre ses responsabilités face à ses actes (de bravoure ou de lâcheté), je crois aux expériences formatrices (bonnes ou mauvaises), je crois aux erreurs pleines d’enseignements qui consolident nos faiblesses… je crois aux décisions prises dans le feu de l’action, je crois en la vie vécue d’un bout à l’autre, sans répit, je crois à la sincérité dans les rapports humains, je crois au désir de vouloir s’améliorer en tant qu’être humain jour après jour, et je crois qu’à la fin tout ça aura du poids. Et du sens.

13) Bon Nasty, tu es un grand fan d’horror, de freaks… moi pas du tout. Par contre où je te rejoins c’est Ferris Bueller. J’avais capté la K7 vidéo à mon demi frère. J’avais halluciné dessus. On regardait ça avec mes potes entre deux cassettes vidéos de Slayer et de Hardcore, tout en mangeant des chips à la béarnaise. Sacrée époque !!! Comme tu le dis bien Ferris c’est la liberté. Il ne se pète pas le cul avec des règles le lascar, il enroule les parents, le directeur, les profs… qui n’a pas rêvé de faire comme lui ? Je fais un parallélisme avec le livre Tom Sawyer de Mark Twain qui a modelé mon enfance. Ecole buissonnière, s’arrache en lousdé pendant plusieurs semaines avec ses potes pour vivre sur une ile comme des pirates, son pote Hucklberry Finn qui habite dans une cabane… C’est la liberté ça. Lui non plus, il se fait pas chier avec des règles. C’est un peu l’ancêtre de Ferris Bueller ce Tom !

Bref, tu n’as pas l’impression que les jeunes manquent de héros aujourd’hui? Les héros ça a toujours fait avancer la jeunesse. On peut se comparer à eux, on a envie d’être leurs égaux. Ils nous donnent envie de ressembler à autre chose que ce que la société nous propose. Ca nous fait avancer. Pour ma part quand j’étais gosse j’aimais Tom Sawyer et le Général Lafayette… maintenant c’est Jean Roch Coignet (un vieux grognard de Napoléon qui a été de toutes les batailles et qui n’a jamais renoncé à l’Empereur !). Et c’est triste mais les héros des jeunes c’est des footballeurs à la con qui gagnent des millions et qui n’offrent pas beaucoup de rêve (à part Maradona). Ou alors ils ne cherchent même pas à avoir des héros (ou des références). T’en penses quoi de tout ça ?

Bon et toi tu as des héros ou des types que tu admires ? Je sais que tu aimes les mecs entier et robuste, attention je n’ai pas dit que t’étais homo !!! Mais tu aimes bien les gars qui dégagent quelque chose comme Henry Rollins, John Joseph…

Yep je suis comme toi, je suis très respectueux de la vie ou de la carrière de certains types… des mecs qui ont eu un parcours différents, et qui bien souvent, ont plusieurs cordes à leur arc… des mecs qui inspirent par leur force de caractère et leur détermination.

Je pense que c’est important effectivement d’avoir des référents comme ça, pas dans le but d’être fan ou groupie mais juste dans le principe d’être inspiré… dans le monde musical : Henry Rollins, Johnny Ramone, Joey Shithead, Buddy Holly, Dave Smalley, Ben Weasel, David Lee Roth, Glenn Danzig, Ronnie James Dio, Jeff Dahl, Mike Muir, Morrissey, Jon Joseph et Jack Kelly (de Slapshot) sont des références pour moi. J’aime leur parcours, leur vision des choses, j’aime lire leurs interviews et je m’intéresse de près à leurs activités (musicale et extra musicales pour certains d’entre eux). Dans le monde du ciné, j’adore Jean Pierre Mocky (le personnage plus que ses films en fait), Roger Corman, Herschell Gordon Lewis, des artisans qui ont laissé une grosse emprunte et qui ont contourné le système des gros studios…
Pour ce qui est de mes héros littéraires, j’en ai déjà parlé un peu plus haut.
Pour moi tous ces mecs sont des rebelles, des vrais, chacun à leur manière, avec des caractères et des personnalités en acier trempé, une vision forte et une grosse détermination, c’est ça qui me plaît.

14) Bon des fois je suis un peu paumé avec tous tes groupes. Tu en es où là avec tes bands pour 2012/2013? Tu as refait une tournée avec Hawaii Samurai. Ca l’a fait ? Pourquoi avoir refait une reformation longtemps après le split ? Demande du public? Black Zombie Procession, ça en est où ? Ca existe encore ?

Là je reviens juste d’une tournée européenne de 6 semaines avec Dumbell, je bosse sur la promo du nouveau disque « Electrifying Tales » (que je sors en format CD en licence pour la France) qui est sorti en Avril 2012. Le premier disque d’Hawaii Samurai « Let There Be Surf » vient d’être réédité, 10 ans après sa sortie initiale, en vinyle… on en a profité pour faire 5 reunion shows en Janvier dernier, ça s’est merveilleusement bien passé, c’était fun, on a toujours eu un bon following avec ce groupe, c’était cool de se retrouver et de rejouer ensemble à nouveau, 7 ans après s’être séparés. De bonnes sensations. Mais c’était ponctuel, uniquement pour l’occasion.

En ce qui concerne the Black Zombie Procession, mon planning de ses 3 dernières années ne m’a pas vraiment permis de bosser sur ce projet comme je l’aurais souhaité… mais ça bouge de ce côté-là, un split est prévu pour janvier 2013 avec le groupe américain BlooHook, dans un format un peu particulier puisqu’il sortira dans un boîtier DVD, dans un délire style purement horror/grindhouse, avec des bonus vidéo… les morceaux sont prêts, en boîte, reste à enregistrer les chants et à faire le mixage, je vais m’y atteler cet été, quand ça sera plus calme. Le 3ème album devrait suivre dans la foulée, puisque j’ai pas mal de nouveau matériel, j’ai environ 8 nouveaux morceaux enregistrés, il faut juste que je finisse ce que j’ai commencé, je profiterai d’une période creuse entre deux tournée… ça arrive, j’ai fait le plus dur.

Côté actu’, il y a aussi le nouvel album de Teenage Renegade « Continental Divide » sorti en Janvier 2012 et le Carnet de Route du même nom (Continental Divide) dont on parlait plus haut est sorti en Février 2012.
Autrement, je reprends la route en septembre prochain avec Simon Chainsaw et en Novembre avec Dumbell.

15) Je reprends un truc que tu apprécies quand tu fais des interviews, c’est qui le meilleur?

Youth of Today ou Gorilla Biscuit ? Gorilla Biscuit, de loin, même si je suis un gros fan de Ray Cappo… d’ailleurs quand j’étais au lycée j’avais une cassette avec le « Start Today » de Gorilla Biscuit sur une face et le « Attaining the Supreme » de Shelter de l’autre…

Infectious Groove ou Rage Against The Machine? Infectious Groove parce que c’est le band de tonton Mike Muir qui avait monté un projet funk/groove/crossover pour se faire plaisir… Même si le premier album de RATM a fait bien mal lors de sa sortie, il n’a pas vieilli d’ailleurs… Je les avais vu en concert pour leur première tournée européenne! J’ai vu Infectious Groove en live aussi (en plateau avec Cyco Myco !), en 1995 je crois… fun !

Little Bob Story ou Eddy & and the Hot Rods ? J’ai du respect pour les deux… mais musicalement je préfère Eddie and the Hot Rods… on a ouvert pour eux avec Dumbell, sur une tournée d’une semaine en Allemagne, puis ensuite sur 2 autres concerts ponctuels, donc ça me les rend plus sympathiques aussi… J’ai vu Little Bob Story en concert en 2002, un peu trop ryhtm and blues à papa pour moi, mais j’ai quand même passé une bonne soirée, j’ai bien aimé son livre aussi (grâce à la chronique que tu en a fais dans un des tes zines !!)…

Cro Mags ou Black Flag (période Henry Rollins) ? Black Flag, sans hésiter. Même si je suis ultra fan de Cro Mags (toute période, surtout la crossover des 90s, ahhaha, énormes riffs !), mais quand même, ce n’est pas la même division. Sans Black Flag, pas de Cro Mags. Demande à Jon Joseph ce qu’il en pense. Lui, je l’adore, j’ai lu ses deux bouquins (excellents, à lire absolument), j’ai tous les disques du gazier (Bloodclot et Both Worlds inclus), j’ai vraiment un profond respect pour John Joseph et son parcours… mais Riton et son Drapeau Noir, mec, quand même…

Kiss ou Guns’n’Roses ? Guns and Roses. Je n’ai jamais été fan de Kiss, même si leurs premiers albums sont bien classes et que leur imagerie et tout leur decorum sont d’enfer… Guns’n’Roses, c’est de ma génération… c’est le truc que t’écoutes quand tu es au collège/début du lycée, en 1990/91… je me réécoute leurs skeuds de temps en temps, même leur double album un poil ronflant, j’adhère bien… nostalgie quand tu nous tiens !

Pixies ou Sonic Youth ? Pixies. J’aime bien l’album « Goo » de Sonic Youth, mais globalement je ne suis pas le fan n°1 de ce band. Par contre j’ai toujours bien aimé les Pixies, un groupe très influent sur tous les groupes grungy qui ont cartonné dans les années 90. Vu en reformation aux States il y a deux ans.

Chris Isaac ou Morrissey ? Morrisey. Je suis fan de sa carrière solo et des Smiths, il n’y a pas un mois où je n’écoute pas un de ses disques. Vu en concert il y a 10 ans. J’aime bien Chris Isaac aussi cependant, mais il ne m’a pas marqué comme le Moz.

Hulk Hogan ou Mister T ? Hulk Hogan. Mister T est un second couteau. A part faire le pitre dans l’Agence Tout Risque et quelques apparitions anecdotiques dans films, pas grand chose…. Hulk Hogan, un grand monsieur du catch et de l’entertainment américain, j’ai lu sa bio l’année dernière, le mec n’a pas fait semblant de croquer la vie !

Kelly Kapowski ou Pamela Anderson ? Kelly Kapowski, pas photo ! Sauvés par le Gong, une série d’enfer, tous les soirs en rentrant du collège, de bons souvenirs !

Stormcore ou Kickback ? Stormcore. J’aimais bien la zique et leur trip new yorkais from Rennes, j’ai encore leur deux maxis CD… d’ailleurs je connais un peu un des guitaristes, David, qui a par la suite monté la structure Overcome Rds… Musicalement j’aime bien les 2 premiers albums de Kickback, je les ai vu en concert en 1996, à la sortie de l’album « Cornered »… mouaif… ce groupe c’est un peu la caution tough de certains mecs qui se la racontent un peu dans le pit, et tout le délire nihiliste/provoc’ autour de ce band, ça ne me parle pas du tout… Et tu crois vraiment que le Marquis de Sade aurait apprécié Kickback, hahaha ?!! Autant écouter Integrity, à la limite.

16) On aurait pu continuer à discuter pas mal de temps Nasty Samy mais il ne reste plus qu’une seule bougie qui arrive sur la fin et je n’ai pas envie de me brosser les dents dans le noir ; après je me fous du dentifrice partout sur la gueule ! Tu as un truc à rajouter, un secret pour rester en forme à toute heure de la journée (ou de la nuit !) ?

Ecoute ton cœur, sors-toi les doigts et passe à l’action. Tu as beau ricaner et te foutre de ma gueule mon Pierro mais la vérité est là, dans ces trois petites phrases.
Merci de m’avoir laissé la parole, merci pour l’intérêt et le soutien, j’attends le prochain numéro de la Salamandre avec impatience. Bonne continuation dans tes activités, reste chaud !