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INTERVIEW NASTY SAMY pour le webzine METALORGIE (Avril 2013)

"Tour à tour guitariste, bassiste, écrivain, chroniqueur, éditeur, animateur radio, Nasty Samy est un stakhanoviste de la musique underground. Membre actuel de Demon Vendetta, The Black Zombie Procession et Teenage Renegade, il a également fait partie de Hellbats, Second Rate ou encore HawaiI Samurai. Véritable adepte du Do It Yourself, il est incontestablement un acteur unique de la scène underground française. Entretien fleuve avec un musicien passionné." [Damien].

Salut Sam ! J’espère que tout va bien pour toi. Merci nous accorder un peu de ton temps.

Ton actualité en ce moment est double : Demon Vendetta d’un côté et ton nouveau fanzine(megazine !!) de l’autre.
Commençons par Demon Vendetta, ton nouveau groupe. Commence par nous présenter ce band. D’où vient l’idée ? Avec qui tu joues ? Qu’elle est l’actualité bouillante du groupe ? etc.

J’ai tout simplement eu envie de rejouer de la surf music après l’expérience de reformation ponctuelle d’Hawaii Samurai l’année dernière (en janvier 2012)… de bonnes sensations et le besoin de remettre la tronche dans toute cette culture que j’avais laissée de côté depuis 2005, j’ai eu l’envie de remettre sur pied un projet de surf « modernisé », « décomplexé » et « relifté », en repoussant un peu les limites du genre. J’ai composé une dizaine de morceaux, j’ai profité de l’annulation au dernier moment d’une tournée que je devais faire avec un autre groupe pour réserver une session studio, tout s’est enchaîné rapidement et naturellement. L’album a été mis en boîte en février et juin 2012, mixé et masterisé en juillet, les contacts avec les labels Productions de l’Impossible et Dirty Witch Rds se sont fait dans la foulée, bref tout s’est déroulé sans accro’.
On s’apprête à partir pour la première partie de la tournée, une vingtaine de dates dans un premier temps, on reprendra la route pour la deuxième partie en octobre et décembre.
Toutes les infos sur le site du groupe : www.demonvendetta.com
Le groupe évolue en trio, avec Boris à la batterie (qui joue également dans Jack and the Bearded Fishermen) et Franz à la basse (ex Nedgeva, il a également joué avec Teenage Renegade).

Quelles différences tu fais entre Demon Vendetta et Hawaii Samuraii ?

Je jouais de la basse dans Hawaii Samurai, et je joue de la guitare dans Demon Vendetta. On va dire que j’ai repris ce qu’on faisait à la toute fin d’Hawaii Samurai pour tirer la formule encore un peu plus loin, en la noyant dans d’autres influences… un jeu plus musclé, une production plus moderne et un sous texte ancré dans la culture horrifique. On reprend un morceau d’Hawaii Samurai dans notre set, un petit clin d’œil.

Ton autre actualité, c’est la sortie de ton nouveau fanzine, le N°5, qui compile un certain nombre de tes textes. Dis-nous en plus sur ce nouveau volume. J’ai par ailleurs cru comprendre que c’était le dernier. Pourquoi ? T’en as marre ? Envie de passer à autre chose ?

Ca sera effectivement le dernier numéro, c’est une activité très chronophage, ça prend un temps fou à écrire, à éditer et publier… j’ai commencé ce zine (que je nomme le Megazine, principalement à cause de son format… c’est un zine dans l’esprit mais publié en imprimerie, assez épais, entre le livre, le fanzine old school et le magazine) en 2006, avec cette idée de mixer la culture ciné bis, horrifique, les teenage movies, le punk rock, hard rock, metal old school, hardcore, des interviews et quelques textes personnels. J’ai fait le tour de la formule, je voulais finir en beauté, un Nasty Package encore plus généreux que les précédents… c’est pour cela qu’il sera empaqueté avec un livre (Allô Mike ? Toujours dans le Jazz ?!) et un CD (à choisir dans ma discographie), histoire de marquer le coup pour la dernière valse.
J’ai d’autres projets en tête, et mes activités musicales vont continuer à m’occuper dans les prochains mois… je publie des zines, sous différentes formes (parallèlement au Megazine, ces derniers temps j’éditais aussi un petit fanzine un peu plus artisanal nommé « Shoot to Kill », qui a connu deux numéros) depuis maintenant 15 ans, j’ai envie d’essayer d’autres choses… à voir si ça va se concrétiser. J’ai d’autres cartes dans mon jeu en ce moment, j’anime le podcast Now It’s Dark, j’ai aussi participé à l’édition d’un livre il y a quelques mois sur les Ramones « Sur la Route avec les Ramones », je suis embringué dans plusieurs groupes (français et étrangers), bref, ça devient difficile de tout mener de front… je ne pensais même pas ressortir un numéro du Megazine après mon livre « Continental Divide » sorti l’année dernière, j’ai craqué à nouveau car j’avais pas mal de matière de côté… mais là, c’est définitif, Megazine is Dead ! Séchez vos larmes et commandez-le !
Qu’est-ce qui est prévu sur ton agenda d’ici la fin 2013 ? Des nouveaux projets ? Des tournées ? Des enregistrements ?
Faire la promo de l’album de Demon Vendetta sur la route, notre tournée est segmentée en 2 parties, une grosse trentaine de concerts dans toute la France, on verra où ça nous mène ensuite… Je suis également en train de finaliser le troisième album de the Black Zombie Procession, qui représente une grosse pièce pour moi, ça prend du temps, ça fait presque cinq ans que je suis dessus, mais là on tient le bon bout, la dernière ligne droite… je vais également participer à la publication de « Travail, Famille… Batterie ! », un petit livre « rock » pas prise de tête, sorte de mémoires d’Hugo Maimone (batteur et chanteur de quelques groupes de la scène indé française qui se sont distingués à la fin des années 80 et dans les années 90, dont Parkinson Square, un des tout premiers groupes punk hardcore français, il a également joué dans les excellents Garlic Frog Diet et joue actuellement dans Dot Dash), un mec qui a beaucoup voyagé… c’est très fun à lire, il y raconte ses trips aux Etats-Unis et ses souvenirs de concerts (en tant que musiciens mais aussi en tant que simple spectateurs/touristes !) avec humour et simplicité… vraiment rafraichissant.
Je suis également en train de finaliser un autre projet, dont je ne suis pas à la base mais sur lequel je joue de la basse et de la guitare, un mini album 7 titres est déjà enregistré, typiquement dans le trip hardcore mélodique des débuts des années 90, ça sera accompagné d’un petit fanzine qui se penchera sur ce style et ces années folles… complètement hors mode mais on tenait à faire ça avec deux potes, on a tous connus cette période charnière et l’explosion des labels Epitaph et Fat Wreck, on voulait vraiment faire un mini album dans cette veine, speed, ultra mélodique et… passéiste, ahahaha ! Quand des quadragénaires ressortent les disques qu’ils ont écoutés quand ils étaient ado’, voilà ce que ça donne ! Ca sera complètement dans le spectre Face to Face, Good Riddance, SNUFF, Down by Law, Dag Nasty, Pulley, Ten Foot Pole, etc. On met les dernières touches en studio au mois de septembre, pour une sortie en mode édition limitée en début d’année 2014. Un petit truc anecdotique mais fun à mettre en boîte…

Il y a quelques mois, tu as fait un long trip à travers les Etats-Unis. Tu as matérialisé ce trip dans un disque de Teenage Renegade qui était accompagné d’un bouquin relatant l’expérience au jour le jour (Continental Divide). Avec le recul, quel regard portes-tu sur cette expérience ? Sur les States ? Le retour à la vie française s’est bien passé ?

Le même regard que ce que j’ai couché dans les pages de mon livre… Ce n’est pas la première fois que j’allais aux States, ma femme est américaine, donc on y va grosso modo une fois par an… c’est la première fois par contre que j’y restais 6 mois, et, surtout, que j’en traversais quasi tout le territoire (31 Etats). Je l’ai toujours dit, j’aime les Etats Unis pour sa culture populaire (à travers le cinéma, la littérature, la musique, le sport, etc.), son histoire et l’immensité (et la diversité) de son territoire. Rien d’autre. C’est un pays complexe, je n’ai jamais eu la prétention d’en faire une analyse… Le retour à la vie française s’est passé très naturellement, ma femme Erin a repris ses activités, j’ai repris les miennes de mon côté, on a emménagé dans une autre ville (puisqu’on avait plus d’appartement quand on est parti), ce voyage avait aussi pour but de faire une petite cassure dans notre vie. Six mois, c’est à la fois très court et très long. Une expérience vraiment cool qui nous a permis d’expérimenter un autre quotidien.

Tu as déjà pensé à t’installer définitivement aux Etats-Unis ? Ou alors envie de repartir là-bas ? Ou même d’explorer d’autres terres ?

Non, absolument pas. Comme je le répondais dans la question précédente, j’y vais régulièrement… et, plus globalement, je dirais que je peux y aller à peu près quand je veux, je préfère donc garder cet équilibre, j’y vais quand j’y ressens le besoin, j’y prends ce dont j’ai envie, ça me permet de n’en voir que les bons côtés, j’y fais absolument ce que je veux, mais pour le reste ça serait trop difficile de remettre en cause ma vie quotidienne en France, je suis encore impliqué dans trop de choses ici, j’ai mon organisation, dur de tout plaquer et de recommencer ailleurs… à 20 ans peut-être, à 36, c’est un peu plus compliqué. J’évaluerai la question le jour où ma femme voudra retourner dans son pays natal, ça peut arriver, mais en attendant, on continuera d’y aller à intervalles réguliers quand on en éprouvera l’envie ou le besoin…

Par rapport à ce bouquin sur le road trip, je t’avoue qu’avant de le recevoir, je pensais que ça aurait davantage l’aspect d’un livre classique, c’est-à-dire sans review de disques, sans interview, … Juste l’expérience. Est-ce que c’est quelque chose dont tu avais mis de côté d’office ? Et est-ce qu’à l’avenir, tu aimerais te lancer dans l’écriture d’un livre plus traditionnel (expérience de vie, roman ou autre) ?

Un «livre classique » … pour moi chaque livre est différent, donc utiliser le terme « classique » pour qualifier un livre, je ne suis pas sûr de comprendre le sens exacte de l’expression. Le titre du livre est, je pense, très clair quant au contenu : « Continental Divide, Le Carnet de Route – 6 mois de Road Trip à travers les Etats-Unis ». Et c’est vraiment ce que c’est, un Carnet de Route, c'est-à-dire un mélange fourre-tout d’impressions de voyage, de petites réflexions personnelles, avec des photos, beaucoup de textes, quelques bonds nostalgiques dans le passé, avec une histoire (le fil rouge c’est quand même le voyage en lui-même) segmenté d’interviews, de reviews de disques achetés (et ça j’explique pourquoi j’achète plus de 300 disques lors de ce trip, parce que j’ai subi un incendie avant de partir qui m’a dépossédé de la plupart de mes biens personnels, dont mes disques) et d’interviews de mecs rencontrés sur le terrain… je le répète, je m’intéresse à l’aspect culturel des Etats-Unis, donc ça me semblait complètement évident de parsemer mon récit de chroniques de disques qui ont été importants pour moi, de livres, de films d’horreur, de comic-books… idem pour les interviews, les mecs questionnés sont mieux placés que moi pour parler de leur pays, de leurs villes, de leurs Etats et de cet « American Way » ancré dans leur parcours et leurs disciplines (j’interview des musiciens, des tatoueurs, des mecs expatriés, etc)… je l’ai précisé dans l’intro du livre, loin de moi l’idée de faire une analyse des us et coutumes du peuple américain, et encore moins un livre « touristique »… il y a beaucoup d’éléments biographiques dans ce livre, mais j’ai pensé qu’il serait intéressant de plonger tout ça dans ce qui me branche, c'est-à-dire la musique, le cinéma, la littérature, etc. Ce livre est destiné à ceux qui s’intéressent à la culture bis et au rock (punk/metal/hardcore et affilé), aux comics, au ciné de genre, etc, c’est cette culture américaine en marge que j’aime… Pour les autres, il existe le guide du routard ou ce genre de books. Mais en lisant le livre, je pense que les choix des mecs interviewés (selon les villes où je me trouvais) et le matériel chroniqué, sont complètement logiques et prennent tout leur sens. Enfin j’espère.

Pour le reste, j’ai plusieurs projets de livres en tête, dont un qui vient véritablement d’être lancé, ça se fera avec un pote (qui a déjà publié deux romans), je n’en dit pas plus, on travaille actuellement dessus, c’est encore tout frais, en espérant que ça se concrétise et qu’on puisse trouver un éditeur.

Mais pour vraiment répondre à ta question, pour l’instant je reste dans cet élément de culture bis, puisque c’est ce que j’aime et c’est aussi ce qui me définit… en fait j’écris très peu de reviews traditionnelles, c’est plutôt un moyen à demi camouflé pour parler des années 80 et 90 et pour injecter quelques anecdotes biographiques… un espèce de journalisme gonzo, personnel et généreux, qui tente de recapter l’essence et l’esprit des ces deux décades très intéressantes à mes yeux.

Il me semble que j’avais entendu parler d’un bouquin sur Second Rate. C’est toujours d’actualité ou j’ai fabulé ??

Pure fabulation en effet, ha ha ha…. Sérieusement, il n’a jamais été vraiment question d’un livre sur Second Rate mais plutôt d’un livre sur la scène indépendante française, avec des extraits de mes journaux de tournées et des interviews d’activistes de cette scène française (labels, animateurs radio, musiciens, disquaires, organisateurs de concerts, etc), faire un tour de France et laisser la parole aux gens que j’ai rencontrés ces 15 dernières années et qui agissent dans l’ombre, des mecs qui font vivre cette scène et la culture underground en particulier… le tout persillé d’une sorte de journal de bord (j’ai joué dans quasi toutes les villes françaises, plusieurs fois) avec un texte fil rouge qui ferait le lien entre tout ça… ca fait quelques années que je veux le faire, à chaque fois l’idée est repoussée par un autre projet ou une opportunité attrapée au dernier moment… Il faut que je fasse un tri monstrueux dans tout ce que j’ai écrit (notamment la partie journal de bord, j’ai plusieurs carnets noircis !), j’ai déjà quelques interviews, reste vraiment à tout organiser et à contacter tous les gens que je voudrais voir apparaître dans ce livre, etc. Je vais me remettre à travailler dessus cet été.

On connait tous ton amour immodéré pour le metal, le vrai : puissant, massif, épique. Pourtant, ça fait partie des styles que tu n’as jamais vraiment touchés (même si Black Zombie Procession a quelques accointances métalliques). Il y a une raison à cela ? ? Difficile de trouver des zikos pour t’entourer ? Est-ce que tu n’as pas envie de sortir un pur disque de metal ? Des projets dans ce sens ?

Le metal, c’est clairement d’où je viens. Mais j’ai toujours été relativement ouvert… au collège et au lycée je pouvais aussi bien écouter Bolt Thrower que Pixies, Carcass que Sonic Youth, Anthrax que PJ Harvey, Sadus que Faith No More, Coroner que Sisters of Mercy, Kreator que Rich Kids on LSD, Public Enemy qu’AC/DC.
Mon premier groupe, au lycée, était un groupe purement metal… mais en tant que musicien, j’ai toujours eu envie de faire une musique plus ou moins singulière… De même que je n’ai jamais vraiment joué de metal, je n’ai jamais vraiment joué du pur punk rock mélodique, de pur rock n roll, de pur hard rock ou de pur hard core, ou encore de pure surf music…. A chaque fois, je mets un peu de tout ça dans ma formule… Le public punk rock/indie me prend pour un métalleu’, le public metal me prend pour un punk. Je ne rentre dans aucune case. J’ai toujours essayé d’injecter des trucs personnels dans les styles que je touchais… J’ai beaucoup d’influences variées, j’ai distillé dans quelques uns de mes groupes des références ou des clins d’œil à la culture metal que j’apprécie…. Mais c’est vrai que je ne jouerais pas dans un groupe 100% metal… je peux dire que le nouvel album de the Black Zombie Procession se rapprochera de cette définition, très thrash/crossover/metal 90 dans l’esprit, mais il y a d’autres éléments qui l’empêcheront de rester enfermé dans la case thrash ou old school metal. J’ai joué dans Hellbats sur un album (« Unleashed and Alive », 2006/2007), idem il y avait un fort côté crossover, un genre de punk métallisé avec des influences horror rock et hard core… mais, une fois de plus, pas metal à 100%.

Selon les groupes dans lesquels tu t’investis, tu joues soit de la basse ou soit de la guitare. Est-ce que tu as déjà essayé le chant ? Ou envie de t’y mettre à l’avenir ?

La guitare est clairement mon premier instrument, mais j’aime bien la basse, c’est différent, plus physique, et la dynamique de cet instrument avec la batterie est hyper intéressante. En ce qui concerne le chant, non, j’ai déjà fais quelques cœurs sur quelques uns de mes albums et j’ai toujours une idée précise des mélodies de chant sur les chansons que je compose (dans Teenage Renegade, c’est un élément sur lequel on a beaucoup travaillé avec ma femme, les lignes de chants, les cœurs, etc.), mais pour ce qui est du chant pur, non ça ne m’intéresse pas vraiment et le timbre de ma voix est loin d’être fantastique, donc c’est réglé…

Tu enregistres également un Podcast (Now It’s Dark). Parles-en un peu à ceux qui ne connaissent pas ici. C’est quoi le délire ? Qu’est-ce qui s’y raconte ? A quelle fréquence c’est publié ?

Ca fait effectivement un peu plus de 4 ans que j’enregistre une émission radio que je diffuse sur le net, un podcast donc. C’est un medium que j’ai découvert aux alentours de 2006, je me suis mis à écouter et télécharger un paquet d’émissions (pour la plupart américaines) sur des thématiques que j’aimais (la culture ciné bis, l’histoire, la musique, etc.). En fait, ce sont des espèces de talk shows. Les podcasts sont aux radios traditionnelles ce que les fanzines sont à la presse, une alternative. La possibilité de choisir vraiment ce que tu écoutes en fonction de tes goûts et des tes intérêts culturels. Il y a un côté DIY, tu fais ce que tu veux, quand tu le veux, avec les outils que tu as à disposition. C’est une notion qui me tient particulièrement à cœur. Faire son propre tuc, personnel et singulier, partager tes passions, échanger, partager…
J’ai de très bons retours, c’est fun à faire, depuis quelques mois j’anime l’émission Now It’s Dark avec mon pote Elie (chanteur/guitariste d’Hellbats), on y parle de cinéma, de comic-books, de musique et de blah blah plus ou moins personnel.

Tu écris une rubrique « culture » dans la magasine de tatouage Rise Tattoo Magazine. Tu es toi-même pas mal tatoué. Qu’est-ce que ça représente pour toi le tatouage ? C’est purement esthétique ? C’est symbolique ?

Esthétique ? Non pas du tout. C’est un reflet de ce que je suis et de ce que j’aime, chaque tatouage est une petite photographie d’une époque, d’une période… le tatouage s’est vraiment popularisé ces quinze dernières années, jusqu’à être présent (et récupéré) dans des milieux qui, au départ, étaient à l’opposé de ce que renvoyait le monde du tatouage (le mode, le show business, le sport, etc.) mais ça n’empêche pas que les vraies valeurs liées à cet art soit toujours bel et bien présentes si on gratte un peu.. Chaque personne se tatoue pour des motifs différents, le tattoo a été récupéré jusqu’à en devenir une mode… tout dépend de ce que tu te fais tatouer… pour moi le tattoo est encore un truc offensif, quelque chose que te différencie de la masse… avoir une épaule tatouée avec des motifs polynésiens ou une belle petite manchette japonaise, c’est, selon moi, se réapproprier une culture qui ne nous appartient pas… Personnellement je ne cherche pas le truc esthétique, je choisis bien sûr mes tatoueurs en fonction de leur état d’esprit et de ce qu’ils renvoient dans leur art, mais je ne suis pas du genre à prendre rendez vous avec un gros nom du tatouage pour me faire une « belle pièce »… la plupart des mes tatouages font références à mon parcours personnel (logo de mes groupes, petites phrases, etc.), à la culture horrifique ou aux icônes populaires que j’apprécie et qui m’ont accompagné pendant mon adolescence (Vendredi 13, Freddy, Halloween, Ghost Rider, ainsi que des visuels horrifiques divers et variés) et des références à des groupes ou artistes qui m’ont influencé (le logo de Danzig, le soleil de Rollins, le portrait de Johnny Ramone, etc.)… ceux qui se font tatouer pour être tendance le regretteront certainement dans les années à venir… j’ai fait mon premier tattoo il y a 20 ans, j’avais 17 ans, dans la piaule d’un pote, et je n’ai jamais eu envie de le recouvrir, c’est un chapitre de ma vie… en fait, le style de tatouage et les motifs tatoués sont très révélateurs des gens qui les portent… il y a des styles qui étaient in il y a 15 ans et qui sont maintenant complètement out, c’est valable pour certaines tendances actuelles, elles connaîtront le même sort dans quelques années… je n’ai pas vraiment de styles de prédilection, je me fait tatouer des motifs que je choisis, et ce sont principalement des références culturelles qui me correspondent et me définissent. Après, le tatouage en tant que tel, je dirais que ça ne me passionne pas plus que ça… je ne m’intéresse pas aux grand artistes de cette discipline ni aux courants, bref je me fais tatouer des trucs qui me tiennent à cœur quand j’en ai envie, sans trop me préoccuper de savoir ce que les autres en penseront et sans trop avoir à foutre de ce que ça renvoie… globalement j’aime le noir et blanc, simple, frontal et graphiquement explicite. Donc ouais, le tatouage c’est « à la mode », mais quand je débarque à la Poste ou dans un restaurant avec mes deux bras intégralement tatoués, un t-shirt coupé aux manches pour faire bonne mesure, je peux te dire que je vois quelques tronches se retourner sur mon passage (même si ça n’a jamais été mon but de choquer les gens ni de les interpeller)… et avoir une pette phrase comme « talk-action=zero » tatouée en lettre capitale bien bourrines sur le poignet est certainement plus difficile à porter qu’un « beau » motif sur le biceps.

Au final, tu écris beaucoup (sur ton site Internet, dans tes fanzines, dans des rubriques de magasines), tu parles beaucoup (ton podcast) : d’où te vient cette envie de t’exprimer ? Envie de partager ?

J’ai toujours aimé lire, c’est ma mère qui m’a transmis cette passion quand j’étais très jeune… aussi loin que je me souvienne, j’adorais me plonger dans des livres, des bd, des magazines, et plus tard des fanzines, sur le cinéma, la musique, les jeux vidéos (quand cette culture a explosé fin 80/début 90), les cultures en marge, etc. Je suis fils unique, il a fallu que je m’occupe tout seul, que je fasse ma culture tout seul, dans mon coin, pas de grands frangins/frangines ou de cousins qui auraient pu être des modèles, je me rappelle de mon enfance et de mon adolescence passée dans ma piaule, ou dehors avec les potes… j’ai très tôt développé une imagination fertile, catalysée par des films, des livres, des comics, certaines émissions radios… polar, aventure, action, western, film de guerre, récits historiques, teenage movies, biographies diverses….le hard rock et le metal m’ont également beaucoup aidé à m’évader, les thèmes brassés, les art-work fous, les photos promos, pour un ado’ c’est du pain bénit… je n’ai jamais été attiré par la TV (outre les films), je n’ai d’ailleurs moi-même jamais eu de TV, et ma mère la regardait très peu… j’imagine que ça vient de mon éducation… je suis passionné de fantastique, d’horreur, j’ai toujours été attiré par l’imaginaire et le fantasmagorique… j’aime écrire, j’aime converser sur ce que j’aime, j’aime partager mes passions, je ne comprends pas que certaine personne ne s’intéressent ni à la musique, ni à la littérature, ni au cinéma… c’est la base de ma vie, et j’ai tout simplement envie de partager cette passion des cultures transgressives et sous-terraines avec ceux qui l’apprécient et l’expérimentent de leur côté…

Tu commences à avoir une discographie relativement conséquente. En regardant un peu dans le rétroviseur, quel est le disque dont tu es le plus fier ? Pourquoi ? Et à l’inverse quel est celui dont tu penses qu’il aurait pu être meilleur ?

Chaque disque a sa propre histoire. C’est le reflet d’une période… presque comme un tatouage j’ai envie de dire… dur de les comparer… pas les mêmes musiciens, pas les mêmes styles de musique, enregistrés dans des studios différents, par des ingés son ou producteurs différents, pas sortis sur les mêmes labels, etc. Il y en a que je préfère à d’autre, mais globalement c’est vraiment un instantané d’un moment de ma vie, d’une aventure collective, certaines se sont mieux déroulées que d’autres, mais globalement je prends tout ça comme un tout en fait… c’est comme un gros puzzle, si tu retires une pièce, il manque un truc… j’ai participé à 15 albums, sans compter les EP, des splits avec d’autres groupes, des singles, les titres glissés sur des compilations, etc. Ca fait un paquet de musiciens côtoyés, dans des lieux différents avec des envies et des buts différents.
Je peux quand même dire que le deuxième album de Teenage Renegade « Continental Divide » a une saveur un peu particulière…. Il a été en partie enregistré et produit aux Etats-Unis, lors de ce gros road trip de 6 mois, on l’a écrit sur la route, avec ma femme, composé en partie dans des motels, tout s’est assemblé dans des studios différents (à LA et à Milwaukee), et c’est un album qui est basé sur la notion de voyage et de liberté, les paroles sont vraiment cool, les chansons sont importantes à nos yeux (à moi et à ma femme), j’aime bien la production, j’aime la texture des chansons, qui tapent autant dans le rock 90 musclé que dans le punk rock mélodique que la power pop émotionnelle, bref, je trouve que c’est un disque riche, qui a de la substance et du fond, une certaine densité… et le fait de l’avoir fait avec Erin, ma femme, dans ce cadre précis (en voyage, à l’aventure, donc), ça renforce clairement le story telling et les émotions que l’on voulait faire transparaître sur ces morceaux.
Après, chaque disque est perfectible… d’ailleurs, je ne cherche pas la perfection, je n’ai jamais eu l’envie de m’enfermer 6 mois dans un studio pour perfectionner un couplet, ou refaire des prises d’instruments de manière à ce que ce soit les meilleures possibles.. j’aime bien les disques bien produits, c’est d’ailleurs ce que j’essaie de faire à chaque fois (en fonction du budget dont je dispose) mais je pense qu’il faut laisser de la place à la spontanéité, à l’urgence et aux petits accidents… j’ai une approche très « rock » dans tout ce que je touche, que ça soit la musique, l’écriture, etc. Faut que ça vienne des trippes et que ça soit pur, chaud et vrai. Il faut se mettre en danger et se lancer, « faire » des trucs, passer à l’action… tout le monde est capable de rester dans un local à peaufiner une formule jusqu’à la fin des temps, par contre décider de franchir le pas et de se jeter dans la fosse aux lions et advienne que pourra, là c’est plus compliqué… Donc, pour reprendre ta question, je pense que tout mes disques auraient pu être « meilleurs », bien sûr, mais je me répète, ils sont simplement le reflet d’une certaine période et d’une certaine expérience à un instant T… c’est du rock, pas de la technologie horlogère suisse.

De même, tu commences à avoir collaboré avec pas mal de monde, en studio ou sur scène (du new yorkais Kevin K à l’australien Simon Chainsaw en passant les Hellbats, Second Rate, Hawai Samourai, etc.), je ne vais pas te demander avec qui ça été le plus relou de bosser (sauf si t’as envie de balancer !!) mais par contre avec qui ça a été le plus agréable ? Le plus jouissif ? Le plus constructif ? Et pourquoi ?

Je n’ai pas joué avec Kevin K (par contre, j’ai participé à l’édition de son livre en France, et j’ai joué sur la même affiche que lui à plusieurs reprises avec d’autres groupes, mais jamais AVEC lui), par contre niveau collaborations extérieures, j’ai joué avec Scott ‘Deluxe’Drake (ex -The Humpers, usa), Dumbell (le groupe de Paul Smith, usa, sur un album et une année de concerts), j’ai également joué avec Billy Gaz Station pour une tournée, the Last Brigade (sur un album et une année de concerts), Hellbats (sur un album et une année de concerts) ainsi que tous mes « propres » groupes (Second Rate, Hawaii Samurai, Lost Cowboy Heroes, Teenage Renegade, Teenage Mixtape, the Black Zombie Procession, Demon Vendetta)… comme pour la question sur le meilleur disque, c’est vraiment difficile de mettre en avant une expérience par rapport à une autre… c’est un peu comme dans la vie de tous les jours, comme au taf par exemple, il y a des personnes avec qui ça coule de source, avec qui ça roule dès la première minute, et d’autres où c’est plus compliqué, pour mille et une raisons. Il y a des musiciens avec qui on parle le même langage, tout simplement, et tout naturellement, sans forcer le trait, et d’autres avec qui on ne partage que peu de choses, à part la scène tous les soirs… c’est une histoire de feeling, je fais les choses comme je les sens, je ne triche pas, si ça passe c’est généralement une amitié qui durera des années, si ça passe pas, je le ferai sentir tout de suite… une tournée, c’est assez ingrat, surtout dans les conditions que l’on connaît, en van, dans des petits lieux, pas de confort, pas d’intimité, on « subit » facilement l’autre… ça peut facilement biaiser les relations et les interactions humaines… surtout quand ton profil est un peu différent (je ne bois pas d’alcool, je ne supporte pas les bars, je déteste les teufs d’après concert, etc.). c’est un équilibre fragile… c’est aussi pourquoi j’aime bien passer d’un projet à l’autre, partir en tournée avec un groupe, enregistrer avec un autre, repartir sur la route avec un autre, bref, ça permet de zapper la monotonie et de se remettre dans un contexte « frais » à chaque fois… il me faut du mouvement, du nouveau, des rebonds incessants.

Avec toutes tes activités, est-ce que tu arrives à vivre de ta musique ? Sinon comment tu t’organises ? Parce que t’es quand même souvent sur la route.

Alors, si ta question est : « Est-ce que tu es intermittent du spectacle ? » Ma réponse est non. Je n’ai jamais cherché à l’être. Si ta question est : « Est-ce que tu gagnes de l’argent avec tes activités ? » Ma réponse est oui. Pas beaucoup, voir des fois très peu, mais je dirais que toutes mes activités musicales et d’édition de fanzines, books, etc. se financent d’elle même, c’est millimétré, mais j’ai un fond de roulement, ça fonctionne. Le merch’ ne marche pas trop mal, quelques chèques ici et là de la sacem (droit d’auteurs) pimente les comptes… Tout ce qui sort, financièrement parlant, revient assez rapidement. J’ai un taf alimentaire (assez flexible) à mi temps qui permet de me sécuriser lors des périodes où je ne suis pas sur la route. Autrement je fais quelques extras, je suis pigiste dans deux magazines, ça met un peu de beurre dans les épinards. Bref c’est du bricolage mais ça fonctionne… je n’ai pas de thunes, je n’en ai jamais eu (et je suis issu d’une famille qui n’en a jamais vraiment eu) mais je fais ce que je veux et je suis complètement libre de faire ce que je veux quand je le veux, c’est le principal… j’ai une vie très simple, je consomme très peu, aucun crédit sur le dos, pas de gosse, juste le minimum, petit appart’, etc. Les gens ne comprennent pas toujours ce que je fais et où je vais, quand on me pose la question… c’est d’ailleurs la première question qu’on me pose, est-ce que je suis intermittent du spectacle… je réponds non… mais je leur dis que c’est quand même ma première activité (musicien), et là ils ne comprennent plus…. Encore moins quand je leur dis que j’ai à peu près 900 concerts à mon actif dans plus de 15 pays et que j’ai joué sur 15 albums distribués et commercialisés au niveau national et plus si affinités…. Là, ils ne comprennent plus du tout… surtout quand tu leur dis que tu joues pour 3 ou 4 groupes différents… la question suivante c’est souvent : t’es connu ? Bah non. Je suis un artisan pas une multinationale. Il n’y a pourtant pas grand-chose à comprendre. C’est bizarre ce rapport à la popularité…. Quand un mec me dit qu’il fabrique des montres, je ne lui demande pas s’il est connu… on s’en fout de qui est « connu » ou pas, sachant que bien souvent « connu » ça veut dire passer à la TV ou sur des radios commerciales… Ce qui est important c’est de savoir si ce que tu fais te procures des sensations et si tu le fais bien, avec ton cœur, ton âme et tes trippes… ouais, ça c’est important… Si tu es juste un musicien de terrain, tu n’es pas pris au sérieux… par contre si tu dis que tu as bossé avec le plus pouilleux des artistes de variétoche ringarde, là c’est l’extase, on te fait une statue dans ton bled… Moi ce que je ne comprends pas c’est comment on peut s’endetter sur 25 ans pour une maison et pour une voiture… je ne comprends pas non plus comment on peut se lever tous les jours pour faire un job que l’on exècre… après, chacun sa vie, chacun son histoire, chacun ses armes pour lutter au quotidien, mais grosso modo, quand tu ne rentres pas dans une case « normale » (boulot/famille/carrière, etc), on a du mal à te comprendre… j’essaie de faire au plus simple, et j’essaie de ne pas trop subir ce qui m’insupporte. Tout ça est arrivé par accident je dirais… je n’ai rien choisi, j’ai fondé un groupe, et tout s’est enchaîné… 15 ans plus tard, je suis toujours là, à faire mes petits trucs dans mon coin, dans une sphère underground, mais ça me prend plus de temps et plus d’énergie qu’un travail normal…

Même si t’es très ancré dans le présent, dans le feu de l’action, comment tu te projettes dans l’avenir ? Tu te vois comment dans 20 ans ? Toujours dans le business de la musique ? Ou envie d’explorer d’autres choses ?

Impossible de te répondre… comme tu l’auras compris, je ne suis pas carriériste, ni dans la vie ni dans la musique… je ne fais pas de projets à long terme, j’attends les opportunités et je les attrape au vol… une expérience en amène une autre, et je n’attends rien de spécial de tout ça, je le fais parce que je sens que je dois le faire, c’est tout… ce qui est sûr c’est que j’aime de moins en moins être sur la route mais j’ai pas vraiment de plans de sortie, on verra, en ce moment j’en fait un peu moins, et je pense que je resterai sur cette dynamique, de manière à pouvoir me concentrer un peu plus sur mes autres activités… je ne me pose pas la question, un projet après l’autre, certains fonctionnent bien d’autre moins, comme je le disais précédemment j’ai une vue globale de tout ça, tous ces concerts, tous ces albums, c’est un tout. Je suis fier d’être là 15 ans après avoir commencé, mais je suis complètement conscient que ça ne fera pas ma retraite… je suis tombé dedans à 18/19 ans je n’ai jamais arrêté depuis, et là je me retourne et je m’aperçois que ça fait un bail que je fais ça… les années passent vite, tu as 20 balais, tu clignes un œil, et tu en as presque 40 ! J’ai fait pas mal de concessions pour vivre cette vie (même si ça n’a jamais été fait consciemment), je ne suis pas diplômé, je n’ai pas de vie de famille (je suis marié mais je n’ai pas d’enfant), et j’ai mis une croix sur un certain confort matériel… je prend la vie comme elle vient, je suis plutôt bosseur et je retombe généralement sur mes pieds quand il faut mettre un coup de jus pour arriver à ce que je veux… pour l’instant, j’ai mis un petit coup de frein sur les concerts, j’en fais toujours mais moins qu’à certaines périodes, mais j’ai pas mal de projet dans le domaine de l’édition, je rêve de créer une petite structure qui proposerait des traductions de super bouquins qui n’ont jamais été proposé sur le marché français… je réfléchis à ça avec un pote en ce moment, rien de très concret, c’est à l’état de projet donc à prendre avec des pincettes, mais on y pense, on se renseigne… pour le reste j’ai un ou deux projets en tête, j’y travaille d’un œil, j’essaie de mener de front tous mes trucs, il y a des jours où ça me fatigue et d’autres où ça me donne le feu, le goût et l’envie… tant que je prendrai plaisir à tout ça, je continuerai, mais je ne veux en aucun cas m’enfermer dans une routine, que ce soit dans la musique ou dans mes activités annexes. Quand ça commence à me prendre la tête, que ce soit avec un groupe, un musicien ou une formule, je zappe, et je passe à autre chose.

Merci Sam pour ton temps !!
Merci à toi pour l’intérêt porté à mes activités et pour m’avoir donné la possibilité de parler de tout mon bordel, à bientôt ici ou là.
Vous pouvez me contacter sur mon site, je réponds à mes e-mails.

Toutes les infos sur mon site personnel : www.likesunday.com
mon podcast : http://nowitsdark.podomatic.com
mon site merch’ : www.nastymerch.com