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INTERVIEW NASTY SAMY pour le livre "TRACE ECRITE" de Jérémie Grima

"Sam Guillerand, plus connu sous le pseudonyme de Nasty Samy, est une figure emblématique de l'underground français. Musicien, rédacteur, l'ombre de M. Nasty ne plane jamais loin lorsqu'on ouvre un fanzine sur la culture bis ou lorsqu'on évoque les scènes punk et rock'n'roll nationales. Il a trouvé un petit moment pour m'écrire quelques lignes par e-mail à propos de mon bouquin. En effet, parmi les innombrables groupes d'horizons aussi divers que variés que le monsieur adule, S.U.P occupe une place de choix." - Jérémie Grima.

Interview partiellement publiée dans le livre "Trace Ecrite", édité chez Camion Blanc, sorti en Mai 2013. la version ci-dessous est la version non éditée, intégrale.

* Peux-tu s'il te plait te présenter et présenter ton parcours musical ?

Sam (aka Nasty Samy). Je suis musicien (guitariste et bassiste), j’ai joué et joue encore dans pas mal de groupes différents, du heavy rock au punk rock moderne, en passant par la surf music, le crossover, le format acoustique, le rock n roll en tout genre, quoi… Je passe beaucoup de temps sur les routes européennes. La liste des groupes avec qui j’ai sorti des disques et tourné : Second Rate (punk rock mélodique), Hawaii Samurai (surf music), the Black Zombie Procession (crossover metal horror rock), Hellbats (heavy rock), Lost Cowboy Heroes (power pop), the Last Brigade (rock grungy), Teenage Renegade (et sa version acoustique Teenage Mixtape), Simon Chainsaw (punk n roll, australie), Dumbell (rock, usa), Billy Gaz Station (70s rock/90s rock), Scott ‘Deluxe’ Drake (punk rock, usa), soit environ une douzaine d’albums au compteur, et quelques EPS. J’écris dans la presse, j’ai un site perso (www.likesunday.com) et publie mes propres fanzines (récemment « Everyday is Like Sunday » et « Shoot to Kill »), dans divers formats, depuis maintenant 15 ans…. J’ai également organisé des concerts pendant de nombreuses années à Besançon. Je suis fan de musique, ça inclut le metal sous ses formes diverses et variées. Je suis également un dingue de cinéma de genre (pour ne pas écrire cinéma horrifique!), et de culture bis en général.

* Te souviens-tu de la première fois que tu as entendu du SUP / SUPURATION ? C’était à l’occasion de la sortie de quel album ?

J’ai découvert le groupe avec l’album « the Cube », l’année de sa sortie (en 1993), j’étais en classe de seconde, au lycée. Le père de mon meilleur pote de l’époque gérait un petit magasin de disques, le seul de la petite ville de 7000 habitants dans laquelle nous habitions. C’était la grande époque de l’invasion death metal, le style explosait et commençait à sortir de l’underground. Comme n’importe quel gamin fan de metal de ces années là, on essayait de mettre la main sur le maximum de trucs, à l’époque pas d’Internet, pas de téléchargement, et on était tributaire du maigre argent de poche hebdomadaire que nous filait nos parents. Je lisais la presse, je notais quelques références ici et là, le truc c’était de repérer les noms de groupe les plus extrêmes, on se fiait pas mal aux pochettes de disques aussi… et dans cet exercice la scène de l’époque était plutôt généreuse : Dismember, Entombed, Morbid Angel, Napalm Death, Carcass, Obituary, Cannibal Corpse, etc. Tout en finesse ! Donc, quand j’ai vu cette pochette rouge assez bizarre avec ce nom superbe, « Supuration », je me suis dit que je tenais un truc vraiment cool ! Faut croire que ce disque était plutôt bien distribué puisqu’il était exposé au mur de la petit boutique du père de mon pote, entre Iron Maiden, Metallica, Megadeth, et les grands nom du thrash/heavy de l’époque… Mon pote empruntait les nouveautés à son père, les copiait sur cassettes et me prêtait les bonnes pioches les jours suivants… Un moyen inespéré de mettre la main sur des groupes que je n’aurais pas pu me procurer tout seul, aussi bien financièrement que logistiquement. C’est donc de cette manière que je suis tombé sur le chef d’œuvre de Supuration.

* Qu’est-ce-qui t’a plu dans leur musique la première fois que tu l’as entendu ?

La différence, je suppose. Avec du recul, à cet âge là, on n’est pas tellement critique… tout est plus ou moins bon à prendre, et c’est ça qui est intéressant dans ces années formatrices… à l’époque, j’ai été scotché par des groupes mineurs et des albums très moyens, que ce soit des groupes de thrash de base, de heavy classique ou de death basique, mais j’y trouvais toujours quelque chose de bon à prendre… Les mômes de maintenant ont accès à tellement de trucs, facilement, rapidement, gratuitement, sans aucun effort … A l’époque, quand tu avais un album, en format vinyle, cassette ou CD (le support restait quand même très cher!), tu en tirais tout le jus, même si c’était pas vraiment ce à quoi tu t’attendais…. Quand j’ai eu cette cassette, j’ai vraiment aimé la zique même si j’ai été plutôt surpris par certains passages et certaines ambiances… C’était très froid, clinique, mais ça restait brutal, la voix death était là, les riffs aussi, mais il y avait pas mal de trucs différents dans ce groupe, c’était finalement très original… quelques voix claires, des passages un peu mélancoliques, d’autres tendus, des arrangements originaux (ou en tout cas qu’on ne retrouvait pas forcément sur les autres prod’ death de l’époque), des arpèges de guitares acoustiques, quelques plans dissonants, des accalmies, des plans bourrins, etc. Ce groupe avait clairement de la personnalité, ça m’a immédiatement plu. Certains plans me faisaient même penser à du Sisters of Mercy, que j’écoutais aussi pas mal à l’époque… j’écoutais aussi les premiers disques de Paradise Lost, on n’en n’était pas très loin non plus. Chez Supuration, il y avait d’évidentes influences cold, presque new wave même, si on veut pousser les choses assez loin… Je n’ai d’ailleurs été qu’à moitié étonné quand j’ai entendu pour la première fois leur cover doom de Tears For Fears (« Shout »), ha ha ha !!! D’ailleurs, si mes souvenirs sont bons, je crois bien qu’on pouvait lire une sacrée accroche dans les encarts publicitaires de l’époque, pour un de leur album : « la rencontre de Carcass et de Type o Negative » !!! Comment ne pas adorer un tel groupe ??

* As-tu pour habitude de te pencher sur les paroles du groupe pour essayer de « décoder » leurs albums ou bien te laisses-tu juste emporter par la musique ? Es-tu sensible au fait que leurs albums soient des albums conceptuels ?

Bien sûr. J’ai toujours attaché énormément d’importance à l’univers des groupes que j’écoute, que ce soit à travers les paroles, l’art-work, les photos promos, les clips vidéos, ce qu’ils renvoient sur scène, etc. Pour Supuration, il a fallu leurs deux productions suivantes (« Still in the Sphere » et « Anomaly ») pour bien comprendre leurs codes et leurs délires conceptuels, là j’ai clairement compris que leur angle d’attaque était différent des autres groupes, que chacun de leur disque s’articulaient autour d’un thème mûrement réfléchis, d’un concept précis. Mais je ne peux pas dire que ça ait influencé mon engouement immédiat pour eux. Et, plus globalement, même si j’ai parcouru les paroles de chacun de leurs albums, je ne peux pas dire non plus que ça soit ce que je préfère chez eux… Je suis davantage sensible aux ambiances de leurs disques, aux atmosphères, à la richesse musicale, et à cette dichotomie entre la brutalité de certains passages, la mélancolie et les climats émotionnellement explicites de leur musique.

* Comment considères-tu leurs art-works ? Les trouves-tu frappants, hors normes ? Ont-ils participé à ton attachement au groupe ?

Je dirais qu’ils sont adaptés à leurs délires conceptuels. Mais, encore un fois, ce n’est pas l’aspect que je préfère chez eux. Il y a une cohérence évidente dans le choix de leurs visuels, toute leur discographie est placée sous les mêmes codes graphiques, ça à un impact c’est sûr, et c’est complètement raccord avec les thèmes brassés dans leurs lyrics. Mais je suis un traditionnaliste quand il s’agit des visuels et de la charte graphique dans le metal, pour moi rien ne vaut une bonne illustration avec le bestiaire adéquat, ah ah ah ! J’aime bien les pochettes généreuses et chargées, à base de démons vicieux, de sacrifices humains, de rites occultes, de pentacles en feu, des délires lovecraftiens et de scènes de barbarie… ah ah ha. Même si je suis parfaitement conscient que pour un univers musical comme celui de SUP, ça ne fonctionnerait pas vraiment. Chez eux, c’est surtout centré autour des images de synthèse, ça a un aspect très froid, à l’image de leur musique en fait… c’est très typé rock prog’, avec un petit côté sci-fi!
En changeant de nom, ils ont clairement coupé les ponts avec la vision cliché et basique du metal extrême, c’est sûr… ils se sont clairement affichés comme étant différents, ils ont renforcé leur appartenance à un trip progressif, plus réfléchi, plus mature, avec une évidente volonté d’intellectualiser leur propos et leur musique en quelque sorte. Supuration, le nom, c’est sûr que ça implique pas mal de choses visqueuses derrière, hahaha…

* Comment définirais-tu la place de SUP dans le paysage Metal , et de manière plus générale, dans la création musicale en France ?

En marge, c’est sûr. Ils ont un côté « groupe culte », c'est-à-dire très respecté par leur fan base mais qui n’a pas eu beaucoup d’impact au niveau commercial. Ils sont très peu représentés dans la presse, c’est dommage. A l’époque d’ « Anomaly », on arrivait encore à lire quelques articles sur eux ici et là. Je les situerais dans le même spectre que Voivod, qui ont eu une approche un peu similaire, avec un univers graphique très personnel et une musique en équilibre sur le metal, le prog’, le rock, le cold… Même genre de groupes, même si musicalement il y a quelques différences.
Mais je pense que S.U.P peut plaire autant aux fans de metal purs et durs, qu’aux fans de rock sombre, d’indus, de progressif, et même de goth… A un niveau personnel, S.U.P est un de mes groupes de metal préféré, tout simplement.

* As-tu des souvenirs de fois où tu les as vus en concert ? Quels souvenirs gardes-tu de leurs prestations ?

Je les ai vus seulement deux fois sur scène, en 1995/1996. Une fois en ouverture de la tournée d’adieu de Coroner, et une fois avec Execution (de Limoges). A chaque fois devant un public relativement restreint, mais ce fut d’excellentes soirées. J’étais fasciné par le fait que les deux guitaristes soient frangins (je croyais qu'ils étaient jumeaux !!), avec les éclairages ça donnait une ambiance très particulière, comme s’il y avait deux clones sur le devant de la scène, délire entre "Matrix", "Bienvenue à Gattaca" et "Blade Runner", effet saisissant ! J’aimerais vraiment les revoir en live, mais leurs prestations scéniques restent relativement rares, dommage.

* Comment expliques-tu le fait que malgré des débuts plutôt prometteurs dans l'underground, le groupe n’ait eu jusqu’ici qu’une reconnaissance plutôt confidentielle ?

Ce ne sont pas les seuls dans ce cas là, c’est même une constante… il y a énormément de groupes très talentueux, très créatifs, très productifs, et très intéressants qui n’arrivent pas à percer ou même simplement à bénéficier de l’attention des médias. Le business musical est un milieu très particulier, une terre hostile pour les groupes singuliers, ceux qui ont une vision et une approche personnelle. Mais bon, S.U.P est encore actif vingt ans après que je les aie découvert, je suppose que ça en dit long sur la qualité et leur implication dans leur musique. C’est certainement plus important qu’un succès relatif pendant une courte période et une descente dans l’oubli général. Leur discographie parle d’elle-même, pour moi il s’agit d’une carrière sans faute.

* En tant que musicien et que personne très impliquée dans l'underground en France, peux-tu dire que SUP t’ait quelque part influencé, musicalement, dans leur démarche, ou dans leur façon de pratiquer leur Art sans concession aucune ?

A un niveau personnel, je dirais que ce fut une excellente découverte à un moment clé, où j’étais très curieux et boulimique de découvertes malgré un manque évident d’esprit critique (pas facile d’avoir du recul en étant ado). Ca m’a permis de prendre conscience qu’il n’y avait pas que les grosses machines américaines (la scène de Tampa à l’époque et les prémices de la scène death scandinave) et que la scène française regorgeait d’excellentes choses… A la même période j’ai découvert Loudblast, No Return, Massacra, Crusher, qui restent encore à ce jour des groupes que j’aime tout particulièrement et qui ont chacun un son et une approche singulière dans leurs styles respectifs. Après, au niveau de la démarche, j’ai beaucoup plus été influencé par l’éthique punk/hardcore quelques années plus tard, qui met clairement en avant le fait de faire les choses parce qu’elles doivent être faites, sans rien en attendre en retour, quitte à les faire seul et sans soutien extérieur si c’est nécessaire, à travers la culture du D.I.Y par exemple… je pense que dans la démarche, S.U.P reste quand même typiquement attaché à la scène métal, où c’est d’abord la musique qui prime, c’est assez neutre, même s’ils ont toujours suivi leurs aspirations artistiques sans succomber aux diverses modes et tendances, et, je le répète, qu’ils ont mené une carrière de plus de 20 ans, principalement motivés par la passion et l’implication totale dans leur discipline/art.…

* A ce jour, quel est ton album de SUP / SUPURATION préféré ? Est-ce-que tu peux essayer d’expliquer pourquoi ?

Dur d’en sortir un seul… « the Cube », « Still in the Sphere » et « Anomaly » sont ceux qui me viennent immédiatement à l’esprit. Déjà parce que ce sont ceux que j’ai le plus écoutés, et de loin. Ensuite parce que je les ai découverts au moment de leur sortie, quand j’étais au lycée, et que c’était une époque où je décortiquais méthodiquement tous les disques qui me passaient sous la main. Il n’y avait pas cette culture de la « quantité », on achetait un album, ou on le copiait sur une cassette, et on l’écoutait jusqu’à évanouissement ! Ces trois albums font parties de la BO de mes années adolescentes, y sont rattachés quelques bons souvenirs. C’est peut-être la nostalgie qui parle, donc…. J’ai bien aimé « Room 7 » aussi, quelques années plus tard, alors que j’étais à l’armée (civile). Il n’y a pas un album que je n’aime pas, et c’est plutôt ça qui est important. Ils ont su garder leur singularité, réussissant à rester inspirés disque après disque, affinant leur vision, tout en restant clairement sur les mêmes éléments qui ont fait le charme et le succès (artistique) de leurs premiers chefs-d’œuvre.

* As-tu une ou deux anecdotes marquantes qui concerneraient l’une de tes rencontres avec le groupe ?

Je n’ai jamais rencontré le groupe… Par contre, il y a quelques années, j’ai interviewé le réalisateur français Fabrice Lambot pour la promo de son film « Dying God », on est rapidement arrivé à parler de musique et, bien sûr, de Supuration. Il m’a appris qu’il avait collaboré avec eux pour des BO de films et qu’il avait produit leur DVD « Live Traces : Part One ». On vit sur une petite planète.

* Veux-tu ajouter quelque chose à cet entretien ?

Merci de m’avoir laissé la parole afin de m’exprimer sur ce groupe phare, incontournable dirais-je, et pourtant méconnu, de la scène metal française. Ca m’a permis de remettre les oreilles dans leur discographie et de me remémorer quelques bons vieux souvenirs. J’attends avec impatience leur prochain album, j’espère aussi les revoir sur scène. Et, bien sûr, lire ce livre qui leur est consacré ! En tout cas, excellente initiative de ta part.