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INTERVIEW NASTY SAMY pour le webzine WALLABIR (Avril 2013)

"J'ai assisté il y a peu à un concert de Demon Vendetta, groupe de surf du colossal Nasty Samy, au Saint Des Seins à Toulouse, un lieu qui dispose malheureusement d'un public particulièrement horripilant. La soirée était pilotée par François Bidermann, guitariste au sein des Taikonauts, un autre groupe trop bien de surf de la galaxie de notre système solaire.
Nasty Samy est un éthicien dont les préceptes déontologiques engagent à l'action, au devoir, à la fidélité.
Le concert sabbatique pour surfer dans la magie aqueuse de Demon Vendetta était carré, sec, et démoniaque, le trio a fait son job, j'ai apprécié le délire et la générosité, Nasty m'a avoué qu'il l'avait fait en pilotage automatique, j'en fus surpris, au point de n'avoir rien vu apparaître, ce qui me fait conclure qu'en plus de musicien, il pourrait très bien jouer la comédie." -Bir.

Qu'as tu trouvé subitement de si fantastique comme sensation dans la reformation furtive d'Hawaii Samuraï (son premier groupe de Surf Music) pour ressortir ta vieille planche de surf-music et créer une nouvelle entité supersonique ?

« Fantastique » le terme est un peu exagéré… de bonnes sensations de jeu, et l’envie de me replonger dans cette culture surf-music, voilà ce que ça m’a apporté, des fois il n’en faut pas plus, un petit déclic et boom, ça aboutit sur un nouveau projet… La surf music est un style à part entière, déjà c’est instrumental, et au niveau des sonorités, du matos, de la technique de jeu, c’est très différent des autres style de rock plus « standard »… cette reformation ponctuelle d’Hawaii Samurai m’a surtout donné des idées, j’ai immédiatement composé une dizaine de titres, farfouillé dans quelques classiques, réécouté des disques, avec la volonté de proposer une formule assez moderne mais toujours dans un modèle très respectueux des Grands Anciens… from old school to new school !

Les deux véliplanchistes qui t'accompagnent ont ils subi le solide entraînement abdos/tractions pour pouvoir prétendre se positionner à tes côtés pour la tournée ?

Non, par contre, ils ont pris des cours de Krav Maga (une méthode d'autodéfense israélienne) , on a une réputation de « Surf Commando » à assurer. Boris est le batteur de Jack and the Bearded Fishermen et Franz jouait dans Nedgeva (action rock/punk n roll, de Colmar) et Teenage Renegade.(power pop/punk rock mélodique, Besançon).
Pour réussir en mode Surf Commando, il y a le produit dopant des Irradiates aussi : Le Slime.

J'ai écouté le spécial Henry Rollins de l'émission radio Going Underground d'Arnaud d'Armagnac, dans lequel vous arriviez à affirmer que la parole d'Henry était un élément d'intégrité. Je pense que l'on peut dire la même chose à ton sujet, tant l'enthousiasme érudit qui émane de tes écrits et de tes allocutions est assez communicatif pour que tu sois omniprésent dans plusieurs magazines, et surtout que ta parole ne soit jamais mis en défaut.
Penses tu que nous soyons dans une société de péteux qui naviguent selon les vents porteurs des avis de spécialiste ? Ou qu'effectivement tu as comme un de tes mentors réussit à obtenir le bénéfice de ton travail et que les conneries que tu racontes prévaut de façon impartiale ? (Attention il y a un piège dans la question).

J’en sais rien, je ne me pose pas ce genre de questions… ce qui est sûr, c’est qu’un paquet de gens suivent les modes et tendances diverses et variées, dans le rock, dans le punk rock, dans le hard rock, dans le metal, dans l’electro…On subit les revival en tout genre, c’est cyclique, et certains s’engouffrent dedans sans avoir conscience d’où ça sort, sans s’intéresser au vrai truc derrière….Le stoner, le psyché, le blues originel raw et basique, le post punk, le shoegaze, etc… ces dernières années, on s’est tout repris en pleine gueule, c’est assez effarant. Les hypes et les buzz de tout poil ne fonctionnent pas sur moi, j’écoute la même musique que quand j’étais ado’, plein de style de musique en fait, du punk rock au metal old school, à la surf, au blues, au death metal, au thrash, au hardcore, au heavy metal, à la brit pop, au hip hop, je ne me soucie guère de la police du bon goût….

Je m’intéresse plus ou moins aux mêmes trucs (ciné, littérature, comics, culture de genre, délire bis, etc.)… depuis le temps, j’ai pu gratter, expérimenter et approfondir les domaines qui m’intéressent. D’autres ont préféré butiner ici et là dans des domaines différents, passer du coq à l’âne suivant les lignes éditoriales de certains magazines ou webzines, du coup ils s’éparpillent un peu et, pour certains d’entre eux, se perdent même complètement. Je pense connaître les domaines que je touche, la musique, les films bis, la littérature, la bd, etc. J’ai mis un pied dans cette culture quand j’étais encore ado’, je n’ai jamais lâché. Pour le reste c’est pareil, je suis constant, j’ai bâti un petit univers pour mes activités, et je m’y sens bien, c’est mon monde, il me reflète et me définit, il n’y a pas de pose, je suis un adulte de 36 ans qui a les mêmes passions et les mêmes envies que l’ado’ de 16 ans que j’étais dans les années 90. Intégrité, oui, je pense que c’est le mot. Certains doivent certainement voir les choses autrement… La frontière est fine entre l’intégrité et le fait d’être has been, ha ha ha, tout dépend de l’angle d’analyse.

C'est clair !
Rise Tattoo et R.A.D Motorcycles, sont deux magazines dans lequel tu officies mensuellement dans une colonne qui permet de mettre du beurre dans les épinards et de manier ta plume avertie, mais c'est quoi aussi pour toi ?

Pour moi ce n’est pas vraiment différent de ce que je fais à côté, dans mes fanzines ou sur des sites/blogs, sauf que je suis payé pour le faire, et que je suis exposé à plus de lecteurs. Et, le fait, d’être pigiste dans la presse nationale, ça donne un peu de crédit, c’est sûr. On m’a donné carte blanche pour ces colonnes culturelles, et ces tafs m’ont été proposés par des rédacteurs en chef qui lisaient ce que je faisais ou publiais de mon côté, j’ai été contacté pour écrire sur ce que j’aime, la musique, le cinéma bis et la littérature… le ton est le même. Ce n’est pas un truc que j’ai essayé de faire, je n’ai jamais essayé de travailler dans la presse, on me l’a juste proposé, en toute simplicité, ça m’a fait plaisir qu’on s’intéresse à ce que j’écrivais, j’ai pris l’opportunité au vol, et ça m’a ouvert quelques portes. Une bonne expérience, merci à ceux qui m’ont mis le pied à l’étrier.

Quel est le mag dans lequel tu souhaites écrire ? (à part Metaluna)

Je ne lis quasiment plus de presse écrite, pas par volonté, mais en France plus rien ne m’intéresse. Je ne lis même plus Mad Movies. Alors que j’étais friand de pleins de titres à l’époque, que ce soit dans la presse musicale, ciné, bd, etc. Je suis abonné à Rue Morgue Magazine (un magazine canadien sur la culture horrifique, en anglais), c’est le seul périodique que je lis, quand je vais aux States, je m’achète quelques numéros de Fangoria, un titre old school, que j’aime bien.
Metaluna, oui bien sûr. Ce magazine a un bon potentiel, on sent que ce n’est que le début et que c’est fait rapidement, dans l’urgence, mais le ton et le matériel chroniqué annonce du très bon quand la formule se sera bien stabilisée. En tout cas ça fait plaisir de retrouver un tel esprit foutraque dans un titre distribué en kiosque. J’ai contacté le rédac chef de Metaluna pour proposer quelques reviews, je n’ai jamais eu de réponse, arf !

T'es trop costaud ! Il apprécie que les maigrichons certainement, c'est pour ça en fait !
Penses-tu avoir suffisamment défendu le dernier album de Teenage Renegade ?

On n’a pas fait de scène pour cet album puisque la sortie du disque s’est faite juste quand on est rentré de notre gros voyage de 6 mois aux Etats-Unis, je suis reparti sur la route directement pour 75 dates dans la foulée, avec d’autres projets (Simon Chainsaw, Dumbell et le projet acoustique Teenage Mixtape)… on n’avait pas prévu de faire de scène pour cet album. On l’a enregistré en partie aux Etats-Unis, cet album était destiné à être la bande son du livre que j’ai écrit sur la route pendant mon road-trip (« Continental Divide »), c’est de cette façon qu’il a été pensé, et je trouve que ça a très bien fonctionné, on a eu d’excellents retours, et c’est un disque que j’aime tout particulièrement dans ma discographie… donc pas de promo sur scène mais le disque a vécu sa petite vie avec le livre et a touché des gens qu’il n’aurait pas touché s’il n’avait pas été offert avec le livre.

Tu crées de la musique, tu écris dans des mag, des fanzines, des megazines, tu parles dans ton podcast, bref tu es devenu comme Michel Drucker, omniprésent dans le paysage de l'hexagone. Mais est ce qu'un jour tu vas sortir de ta zone de confort et te mettre à la vidéo (ce que tu as fait un petit peu lors de ton voyage de 6 mois aux USA), à des clips, des films ?

Je n’ai pas de projets de ce genre en cours… si on me contacte pour faire un truc du genre, que ce soit animer une émission sur le net, ou jouer dans un cours métrage, pourquoi pas, j’étudie toute proposition tant que ça reste dans ce que j’aime faire et dans mon univers. Après, comme tu l’écris, ma « zone de confort », je l’ai quand même quittée à plusieurs reprises, à chaque fois que je remets un projet sur pied, pour moi c’est sortir de ma « zone de confort », se remettre dans le pit, se jeter au feu, être en ligne de mire, essayer des trucs…
Ce que j’aimerais vraiment faire, c’est de la musique ou de l’habillage sonore pour du court métrage, des films, ça me permettrait d’aborder ma musique sous un autre angle, dans un autre format, très intéressant je pense….

Tiens, et est-ce que tu participes toujours à l'émission Subrock ?

L’émission n’existe plus depuis plus d’un an, j’y avais une petite chronique culturelle. Le mec derrière ce projet avait pour but de faire plusieurs émissions test/pilote pour essayer ensuite de trouver un financement pour la faire perdurer, ça n’a malheureusement débouché sur rien de vraiment solide en termes de propositions à ce que j’ai pu comprendre. Dommage, il y avait du potentiel.

Normalement cette année doit sortir le troisième opus de ton autre groupe Black Zombie Procession. Le manque de temps et ton emploie du temps surchargé, ont freiné considérablement la venue de ce tant attendu album. Quand est il aujourd'hui de celui-ci ? Et peux tu nous donner des informations exclusives sur la teneur musicale, le mood, l'esthétisme (qui fait la pochette? Y aura-t-il ton zombie vu dans le 2 ?) etc...? (par ailleurs tu as souvent dit ces derniers temps que la hype autour de l'univers zombie t'avais gavé)

On est en studio, ça avance doucement mais sûrement, c’est un disque ambitieux, je travaille dessus depuis plus de deux ans, j’y ai déjà passé beaucoup de temps, on a actuellement 7 titres en boite, je retourne en studio cet été pour le finaliser. Je bosse dessus par intermittence, entre deux tournées. La sortie est prévue en fin d’année (2013). J’ai travaillé avec plusieurs musiciens, le line up est complètement explosé, il y a 4 batteurs, 3 bassistes, c’est Elie (du groupe Hellbats) qui chante… le mood est au crossover metal, entre le thrash, le metal des années 90 et le punk hardcore moderne, gros changement par rapport aux deux précédents donc. Les thèmes brassés restent les même, ça tape dans la culture horrifique, l’occulte, le délire bis et référencé.
On se marre bien, on ne s’est imposé aucune barrière, c’est généreux et ça colle aux molaires, ça part dans tous les sens, ça va certainement en surprendre plus d’un. Avec Elie on partage les mêmes influences, on s’est fait plaisir.

Dans les autres groupes dans lequel tu officies comme Dumbell, ou Simon Chainsaw, considères-tu cela comme une collaboration où comme un projet à part entière de ta discographie ? Est ce que tu vas poursuivre l'aventure avec eux, est ce qu'il y a de nouveaux projets sur le feu ? Et peut être avec de nouveaux groupes ?

Ce sont des collaborations, mais quand je m’engage dans un projet de ce genre, je le fais de la même manière que si c’était un de mes groupes. Je continue de jouer avec Simon Chainsaw, il est en ce moment en Australie, la prochaine tournée est planifiée pour l’année prochaine, on va également sortir le premier album avec le backing band français, on est en train de travailler dessus, j’ai déjà enregistré 8 titres à la basse, pour le reste les songs naviguent entre l’Australie et la France pour le travail studio… Dumbell, j’ai joué sur le nouvel album et j’ai fait toute la tournée derrière, 70 dates. Paul Smith est retourné aux Etats-Unis (il vivait en Allemagne depuis 13 ans), et s’est reconstitué un backing band ricain, plus simple pour lui.
Je m’étais engagé pour une année, on l’a passée sur la route, une bonne expérience… j’avais prévu de me re-consacrer à mes projets, Black Zombie Procession et Demon Vendetta, en 2013, ce que j’ai fait.

Il y a de nouveaux projets sur le feu… en fait, pas vraiment récents, deux albums attendent de voir le jour, ça se fera en 2014. Le nouvel album de The Last Brigade est en boîte depuis deux ans, je ne sais pas quand ça va sortir, et surtout si ça sortira un jour, ce n’est pas moi qui décide pour ce band, dommage le skeud est vraiment bon, ultra grungy. Et j’ai participé (à la guitare et à la basse) à un projet de hardcore mélodique typé années 90 (façon Fat Wrech/Epitaph old school), c’est un truc que je fais avec deux potes, une sorte de tribute à un style qu’on apprécie et qu’on a vu éclore et exploser à l’époque…
un mini album 7 titres est en boite, reste une session studio à faire, on va certainement publier un petit zine offert avec le disque, en édition collector limitée, sur le sujet du hardcore mélodique, des grands groupes du style, avec quelques textes personnels sur toute cette époque révolue. On finalise ce projet en fin d’année, pour une sortie en 2014.

Tu as annoncé la fin de la formule Megazine car tu en as fait suffisamment le tour. Un dernier volume a vu le jour pour clôturer cette saga, peux tu nous en dire davantage sur ce numéro, et sur ta cruelle décision ?

Effectivement, c’est le dernier numéro, je ne pensais même pas en ressortir un… mais j’avais pas mal de reviews, textes, etc. de côté, et je voulais vraiment éditer en format livre les colonnes du blog « Allô Mike, toujours dans le Jazz !? », j’ai pensé que ça ferait une belle sortie, un pack fanzine + livre, et j’offre un disque issu de ma discographie.
Je n’ai plus beaucoup de temps, faire un zine c’est vraiment chronophage… je pense que j’ai fait le tour du délire en 5 numéro du Megazine, ce mix de culture horrifique/genre/bis, de nostalgie teenage, de musique velue… je préfère stopper l’aventure alors que ça fonctionne encore bien, j’ai d’autres projets dans l’édition, j’ai plusieurs idées de livres en tête, je verrai si ça se concrétisera, en tout cas je commence déjà à travailler dessus.

On attend ton journal de bord de tes concerts par ailleurs...Peut être dans l'esprit du "Get In The Van... " d'Henry Rollins ?

C’est un projet qui a naturellement été repoussé à maintes reprises, mais c’est toujours d’actualité, il y a un gros travail de tri à faire, j’ai des carnets entiers noircis (écrits sur la plupart de mes tournées). Non, ça ne va pas du tout être dans l’esprit de « Get in the Van »… C’est un livre sur la scène punk rock/indépendante française, avec beaucoup d’interviews d’activistes, de musiciens, entrecoupé par un carnet de route, et des reports de tournées…. C’est vraiment un truc qui me tient à cœur, j’ai déjà fait le plan du livre, reste à piocher dans ce que j’ai écrit et contacter tous les gens que je voudrais interviewer, ça se fera, faut que je finisse quelques trucs que j’ai commencé et je m’y remettrai… certainement en fin d’année, quand le disque de BZP sera définitivement terminé et que j’aurai fini mon autre projet de livre (très différent, mais je n’en dit pas plus pour l’instant).

Puisque que l'on parle de Riton, penses-tu être capable de disserter sur des sujets liés à l'actualité pour exprimer ton opinion ? Et est ce que c'est quelque chose que tu ambitionnes ? Possèdes-tu la fibre contestataire ?

Je m’intéresse à la politique et à certains faits de l’actualité, mais je ne ressens pas vraiment le besoin de crier sur les toits mes opinions. La politique, c’est quelque chose que tu expérimentes sur le terrain, la façon dont je mène ma vie peut même être perçue, à un certain niveau, comme un choix politique. La « fibre contestataire », je n’en sais rien… quand un truc ne me convient pas, je le dis, c’est sûr. Pour résumé, la politique dans l’édito d’un journal, non ça ne m’intéresse pas, mais la façon dont je vis au quotidien ainsi que certains grands thèmes d’actualité qui plombent notre civilisation et la tire lentement vers le fond m’intéressent, yep je me sens concerné c’est sûr.

Dans l'émission radio Electric Trouble, tu as parlé d'un nouveau projet musical, encore vierge dans tes créations, puisqu'il s'agit de l'indus. Qu'est ce qui t'émoustille tant dans cette musique des 90's ? Peux tu nous parler de ce projet même en son état "embryonnaire" ?

C’est encore trop vert pour que je disserte dessus, j’ai maquetté cinq titres dans une veine « rock synthétique », quelque part entre l’indus, la new wave et l’electro rock, il y aura très peu de guitares, c’est très année 80 dans le traitement… je ne sais pas du tout ce que je vais en faire, pour l’instant c’est tout en bas de mes priorités, j’ai les squelettes de ces morceaux, reste à les finaliser, je le ferai quand mon planning me le permettra, et je cherche un mec qui puisse me programmer toutes les batteries, c’est en cours…

Y a-t-il d'autres styles musicaux que tu souhaites développer ?

Non pas vraiment, même si à un niveau personnel j’écoute beaucoup de styles variés, là par exemple je suis dans une période où j’écoute énormément de hip hop (principalement du gangsta rap US des débuts 90).

Est-il indissociable pour toi de jalonner tes créations avec l'apport de références cinématographiques ?

De références « cinématographiques », non pas spécialement, mais de références « culturelles », oui c’est certain. J’aime quand un groupe est clairement défini dans un univers propre… que ce soit du black metal ou de l’indus, du hip hop ou de la pop anglaise, il faut que le groupe joue avec les codes du style auquel il appartient… il n’y a rien de pire qu’un groupe « neutre ». J’aime les groupes généreux, dans leurs visuels, et dans leur façon de faire les choses, avec des discographies denses, etc.
Le ciné bis tient une part important dans Demon Vendetta et the Black Zombie Procession, mais par exemple, dans Teenage Renegade, il s’agissait d’une toute autre culture, même si les références ciné et « pop culture » étaient omniprésentes dans ce groupe…

Ton sens de l'organisation, de la planification n'est plus à prouver, tout comme ton implication dans chacun des projets que tu touches, et avec les moyens du bord (c'est important de le souligner). Comme tu ne peux pas encore étirer le temps, tu dors peu pour pouvoir réaliser tout ce que tu peux-dois-souhaites faire. Est ce que la sieste est quelque chose que tu exècres, comme le passéisme, la rêverie, ou l'apathie ? Es tu hyperactif ?

Hyperactif, oui je pense l’être, dans le sens où je suis toujours en train de faire quelque chose, et que j’ai toujours un projet à concrétiser en cours. En ce qui concerne mes cycles de sommeil, je m’adapte, je peux faire avec très peu de sommeil (en tournée par exemple, ou au taf, je travaille de nuit) mais j’ai des périodes où je recharge les batteries, l’important c’est de pouvoir adapter son corps à l’environnement et au planning. Et ça, j’arrive assez bien à le faire. Je suis plutôt efficace, je travaille vite, je prends des décisions assez rapidement, et je n’ai jamais peur de retrousser les manches pour donner un bon coup quand il faut le faire… je sais maximiser mon « temps » de travail, pas de farniente, pas de TV, pas de jeux vidéos, une fois que je suis levé, que j’ai bu un café chaud, que je suis lavé et rasé de près, j’attaque la journée frontalement, sans pause jusqu’au soir. Ensuite, seulement si je pense avoir terminé ce que j’avais planifié pour la journée, je m’accorde du temps pour lire en me couchant, ou je regarde un film. Pas de sieste, pas de repos pendant la journée, une fois que je détends la machine je sais que ça va être dur de la retendre, donc je préfère rester à taquet.

Je suis assez intransigeant avec moi même, et je culpabilise vite quand je vois que je commence à traîner ou faire les choses à reculons… j’ai quelques règles d’or, pas de procrastination, et quand je m’engage à faire quelque chose, je le fais jusqu’au bout. Il y a 7 ou 8 ans, j’ai traversé un trip disciplinaire assez intense pendant lequel je me suis imposé une hygiène de vie et un quotidien bien tendu, ça m’a fait du bien, c’est ce qu’il me fallait à cette période. Je me suis détendu sur ce côté, même si je suis toujours dans une dynamique d’efficacité, je m’impose moins de trucs et je suis un peu moins extrême envers moi même. Il fallait que je le fasse, je l’ai fait, ça m’a remis sur pied et ça m’a donné des armes pour le quotidien, je ne regrette rien. J’essaie de faire du sport tous les jours (même quand je n’en ai pas envie), je marche régulièrement, et je bosse sur mes activités tous les jours, même le week-end. Je couple ça avec mon job alimentaire à mi-temps. Mes journées sont bien remplies, et ma vie sociale pas vraiment développée. C’est un choix.

Depuis son intronisation dans la Kicking Radio ton podcast Now It's Dark, a changé sa formule avec l'apport d'Elie Bats du groupe Hellbats. Tu avais déjà fait des essais avec Guy Lux Interior de Veglam et Mr Cu! Sur quelques numéros si je me souviens bien. Ce mode te convient davantage ? Comment a germé l'idée et pourquoi ? Cela te permet il d'apporter un autre point de vue supplémentaire et diversifier l'émission ?

Il y a une meilleure dynamique à deux, c’est certain. Avec Elie, on partage un paquet de trucs, la musique, les comics, les films, et notre vision de la vie en générale est globalement la même…le principe, c’est la discussion entre deux dingues de sous culture, on enregistre nos émissions à distance, via skype, il est chez lui, je suis chez moi, et on dégoise sur ce qui nous branche pendant plus de deux heures, avec de la musique, des reviews cinés ou littéraires, ça nous donne la possibilité de revenir sur des groupes, musiciens, artistes, cinéastes qui ont été à un moment ou un autre de nos vies importants pour nous. On a de très bons retours, c’est fun à faire, et j’adore cette culture des « podcasts », qui n’est ni plus ni moins qu’une sorte de talk show façon DIY.

J’ai commencé le podcast Now It’s Dark il y a 5 ans, je suis un des tout premiers à avoir utilisé ce support en France dans la scène rock/punk rock/indé, pour y traiter la culture bis et la musique rock au sens large, une émission complètement bricolée avec les moyens du bord, sans passer par un studio de radio classique. Je me suis largement influencé d’émissions ricaines de ce type que j’écoutais (et écoute toujours !).


Shoot To Kill, le fanzine que tu réalises avec une pléthore d'intervenants est il encore en ordre de marche ?

Non, j’ai stoppé après deux numéros (sold out). Après le colossal travail sur le livre « Continental Divide », plus d’un an et demi à bosser dessus au quotidien, je voulais me remettre dans une dynamique de fanzine à l’ancienne, petit format, photocopié, édité avec d’autres mecs, un truc simple… puis j’ai commencé à bosser sur le livre « Allô Mike, Toujours dans le Jazz !? » et le Megazine #5, impossible de travailler sur les deux publications en même temps. Le but de Shoot to Kill était de remettre les mains dans le zine de base, et de proposer un peu de lecture inédite sur mes stands de merch pendant mes tournées…. Cette petite publication a atteint son but, c’était un truc éphémère, juste pour la beauté du geste et par envie de goupiller quelques pages en formule collective.

Mis à part l'insurpassable WallaBirZine, y a t'il des fanzines singulier dans l'hexagone et que tu apprécies ?

Je lis toujours beaucoup de zines…. Dur de tout citer, mais de tête, vite fait : I Hate People, Slime Zine, Shot Down, R.E.S.T, Grobader, Mononoké, Medusa, Up the Zines, etc. Il y a beaucoup de très bons potes dans le tas.

Mr Cu! qui officie désormais dans l'informatique (ne rigole pas) et peut être même dans la direction d'un camping naturiste pour retraitées allemandes, habite au pied de la grande bleu, dans ce lieu que tu exècres et qui est contraire à la climatisation fraîche de là où tu résides. Depuis qu'il a quitté la cité rose, j'ai remarqué que les concerts de la kicking touch se sont salement espacés. Est ce à dire que vous n'avez plus d'offres dans cette ville ?

Pas spécialement, j’y ai joué l’année dernière avec Dumbell (à la Dynamo) et j’y joue cette année avec Demon Vendetta (au Saint des Seins). Une fois par an, ça me va. Pour dire que j’habite à 900 bornes de Toulouse, une visite annuelle me paraît pas mal, ne jamais abuser des bonnes choses. C’est une ville dans laquelle j’ai dû jouer une grosse dizaine de fois.

Il y a toujours un vent d'enthousiasme, de liberté, de panique, et de folie pour ta venue sur Toulouse d'ailleurs !
Ton point de vue sur l'underground, sur le métier de musicien et son évolution au fil du temps ?

Ouch, question difficile, que je ne me pose pas, d’ailleurs. L’underground, c’est vaste, c’est tout et son contraire. Je suis un artisan, je fais partie de l’underground culturel, je fais mes trucs dans mon coin, ça s’adresse à une petite niche, c’est un petit segment du marché rock et affilié…
Je n’ai pas vraiment de « point de vue » sur l’underground, la majeure partie de la culture à laquelle je m’intéresse, que ça soit en musique, au ciné, en bd, en littérature fait partie de l’underground, parce que c’est basé sur des sujets et des thèmes qui ne sont pas spécialement populaires, et parce qu’ils ne sont pas relayés par les grands médias (tv, presse, radio)… après, j’ai des goûts très larges, je l’ai dit et je le répète, je ne m’enferme pas dans une petite case… je peux lire un gros roman best seller de temps en temps, je peux écouter d’énormes groupes mainstream, je peux mater des films à énormes budgets, je ne me bride pas sous prétexte que ce n’est pas « underground »…

Globalement j’aime bien ce que j’appelle les « artisans », ceux qui font sans budget et qui n’éprouve pas le besoin de faire partie d’une hype et d’être poussé par un « buzz »… je ne m’intéresse pas à l’underground par snobisme ou par volonté d’être « cool » à tout prix, c’est juste que ça représente mon terrain de jeu, que c’est une scène dans laquelle j’ai toujours évolué, et dans laquelle j’ai pas mal de bons contacts et d’interactions. Le musique que je joue n’est pas populaire, le ciné que j’apprécie non plus, le matériel que je chronique dans les fanzines ou magazines est plutôt pointu, bref ça ne concerne qu’une infime partie de la population, et ça me va comme ça, je me suis toujours méfié du concept de « popularité », je ne suis pas carriériste, je n’ai pas vraiment besoin du « succès » critique ou public pour me sentir exister, bref je fais mon truc car je sens que je dois le faire, c’est ce qui me définit en tout cas.

Je le fais par pur plaisir, par passion et parce que c’est excitant et enrichissant, que ce soit à petite échelle n’est pas le problème, c’est là, ça existe, je laisse une trace, petite, mais concrète… mes activités m’ont permis d’énormément voyager, de collaborer avec des dizaines et des dizaines de musiciens, de rentrer en contact et de communiquer avec des activistes de tout poil, des fanzineux, des mecs qui font de la radio, des organisateurs de concerts, des illustrateurs ou qui des mecs gèrent des labels, sans parler des personnes qui me commandent des disques et du merch et qui se tiennent au courant de ce que je fais… bref, ça m’a carrément permis de trouver ma place dans la société, d’une façon très naturelle, et de me donner des projets à concrétiser et des buts à atteindre. A un niveau personnel, ça m’a beaucoup apporté. Quel taf dans la « vraie » vie permet ce genre de choses ?

Ok et ton mot personnel sur la dématérialisation de l'objet culturel ?

Perso’, je ne comprends pas… j’aime la musique, les Bd, les livres, les posters, les t-shirts, ce sont des objets, du dur, que je me suis procuré à des occasions précises (à des concerts, en voyage, ou que l’on m’a offert, etc.). Le concept de merchandising, d’accessoires, est intimement lié au rock, au métal, ça représente une culture… Chaque disque, chaque livre a son histoire, des faits précis et des souvenirs y sont rattachés, des visages, des sons, des lieux… un fichier mp3 n’a pas d’histoire…
c’est du rien, du vide, du néant, un truc que tu télécharges à la sauvette, ou que l’on te files sur une clé USB, que tu écoutes d’une oreille distraite, c’est une écoute passive. Et je ne parle même pas de l’art-work, des lyrics dans le livret, des crédits (Où a été enregistré l’album ? Par qui ? Qui est remercié par le groupe ? Quel est le line up ?, etc.). La jeune génération parle en termes de « son », moi je parle en termes de disque, d’album, de production… Bref, on ne parle pas le même langage. Un disque ce n’est pas seulement 10 ou 12 chansons compilées sur un même support, ça dépasse le cadre même de la musique, c’est un objet à part entière.

Après, j’ai un lecteur MP3 pour écouter de la musique quand je vais à la salle de sport ou quand je vais marcher dans la nature, mais ça ne m’empêche pas d’acheter des disques… de même que j’ai un e-book pour lire quand je suis sur la route, mais ça ne m’empêche pas d’acheter et de lire de vrais livres. Perso, je ne télécharge pas, pour moi c’est clairement un trip de surconsommation, et c’est un truc trop facile, je n’aime pas la facilité, aucun n’effort n’est à fournir, c’est du vol à l’étalage pur et simple… il me faut clairement ce rituel d’achat de disque ou de livre, que ça soit dans une boutique ou sur le net, cet instant magique, le moment où tu cherches, tu choisis, tu hésites, etc., c’est important…

Quand je suis venu te voir dernièrement en concert, c'était la journée des disquaires, les shops étaient gavés, et j'ai trouvé étrange la réaction des gens à cet effet de " Fête commerciale", en paradoxe avec leur réponse de piraterie contre le business de la musique.
Bon, maintenant je te donne l'occasion de t'adresser aux lectrices et lecteurs du WallaBirZine et par la même occasion du monde entier, qu'as tu envie de leur dire ?

Je citerai donc la phrase préférée de mon daron : « Faites pas les cons, vous avez une bonne place !»
Merci pour l’interview, à bientôt ici ou là !