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INTERVIEW NASTY SAMY pour le magazine W-FENEC (Juin 2013)


Salut Sam…content de te revoir dans ces belles pages. Tu es convié par mes soins à nous parler de Demon Vendetta, groupe de surf music / horror rock instrumental. Peux-tu nous dire quelques mots sur la genèse de ce trio : ses origines, ses membres… ?

J’ai formé Demon Vendetta l’année dernière, sur un coup de tête, j’ai subitement eu très envie de rejouer de la surf music, un style que je n’avais pas joué depuis quelques années, hormis pour la réunion éclaire et ponctuelle d’Hawaii Samurai en 2012 pour quelques shows seulement (pour fêter la réédition en vinyl du premier album sorti il y a dix ans). J’ai décidé de mixer cette culture surf-music avec d’autres courants plus modernes et de l’envelopper dans un délire horrifique et bis pour lequel je voue une grosse passion. C’est le moyen pour moi de coupler mon intérêt pour ce style musical si particulier et d’assouvir ma cinéphilie liée aux débordements gores et fantastiques.
Demon Vendetta évolue en trio, je joue de la guitare et compose tous les morceaux, Franz joue de la basse (ex-Nedgeva et Teenage Renegade) et Boris (qui joue également dans Jack and the Bearded Fishermen) joue de la batterie.

La surf music n’est pas un style qui t’es étranger, car tu as tenu la basse pour feux Hawaïi Samuraï qui se sont d’ailleurs reformés le temps de quelques concerts il y a quelques mois pour commémorer la réédition de leur premier album. Qu’est ce qui t’as donné envie de te remonter un band de cette trempe ?

C’est revenu naturellement, tout dans ce style est différent, le matériel utilisé, la façon de jouer et de composer (puisque c’est instrumental, et particulièrement centré autour des thèmes de guitares), le son (ultra réverbé et plus ou moins en son clair et tranchant)… c’est cet ensemble de choses qui m’a donné envie de replonger dans ce délire, c’est ultra fun à jouer et on peut se permettre de casser les codes assez facilement…. Une chose que je répète fréquemment quand on ma parle de surf : ne pas oublier que, à l’instar du blues et du jazz, la surf-music fait partie de l’héritage culturel de la musique américaine… C’est un style qui est très peu connu et mésestimé en Europe, qui est réapparu dans les années 90 avec la BO de « Pulp Fiction » de Tarantino, mais c’est un style vaste et très riche, on a tendance à l’oublier par ici… bref, j’adore les codes de cette musique et j’ai simplement voulu me remettre à composer des morceaux dans le genre, le déformer et l’abâtardir avec d’autres styles (pas mal de références au metal old school et au rock un peu plus musclé), et ça m’a également donné envie de créer tout un univers autour de ce nouveau groupe…
La cerise sur le gâteau, c’est d’avoir pu tout arroser de références qui me tiennent à cœur, puisées dans les films que j’aime et les vieux comics, de manière à ce que cela puisse presque ressembler à un BO d’un film bien craignos par moment… il y a beaucoup de samples, on a appuyé sur ce côté « ambiance à l’ancienne ».

Ce que je trouve intéressant à l’écoute de « Guardians of the Bitter Sea », c’est cette savoureuse alliance de la surf music et du rock : ça dégueule de riffs couillus et de rythmes propres à la culture surf music. Il t’était indispensable de proposer ce crossover, toi qui a joué de tous les styles avec tes précédents groupes ?

Comme je l’ai dit plus haut, j’ai simplement voulu personnaliser et clairement identifier mon surf par rapport à mes centres d’intérêt… donc oui, c’est une version 2.0 du style, avec des clins d’œil et des références à au trip metal à l’ancienne, mais aussi quelques riffs punk rock, noise ou simplement rock n roll. On ne se pose aucune barrière, on veut prendre du bon temps, c’est un style qui est calibré pour la scène, petite ou grosse, pour que le public s’amuse et rentre dans le trip sans trop se forcer, et ça fonctionne plutôt bien… c’est bon esprit et chacun semble y trouver un truc qui lui plaît, que ça soit la référence aux éléments horrifiques ou gores, nos tenues de scène, l’aspect « dansant » de la musique elle-même et l’ambiance particulièrement détendue de l’ensemble… c’est le propre de la surf music : du fun à tous les étages.

Quels sont, à plus ou moins long terme, les projets de Demon Vendetta ? As-tu l’envie de tourner un maximum avec ce groupe et pourquoi d’aller chatouiller l’étranger ? As-tu déjà en tête des projets de nouvelles productions gravées sur le sillon ? Je sais que c’est peut être un peu tôt pour en parler alors que l’album est dans les bacs depuis quelques semaines, mais je veux savoir !!!

Sortir des disques à intervalles réguliers et faire des concerts dans toutes sortes de configuration, du petit bar à la grosse salle en passant par le festival… et sur notre première tournée d’une grosse vingtaine de dates c’est exactement ce que l’on a fait, alterner les petits plans très sympathiques et bien chaleureux à de plus gros lieux (on ouvre d’ailleurs pour Bad Religion à la Laiterie de Strasbourg le 22 Juin !!), et c’est ce qui me plait dans la musique live, de ne pas tomber dans une routine, jouer partout et chaque soir s’adapter au lieu dans lequel on envoie la purée…
Tourner au maximum, je ne sais pas, puisque chacun est investi dans d’autre groupes déjà bien actifs et qu’il faut faire en fonction de la vie quotidienne de chacun (jobs, etc.) mais on veut vraiment faire de la scène autant que faire se peut, c’est un style qui prend son ampleur sur les planches, on fera tout pour passer du temps sur la route, on revient juste d’une tournée d’un peu plus de 20 dates, on fait une pause cet été, et on en refait une quinzaine à la rentrée (de septembre à mi novembre).
On a déjà quelques touches pour l’étranger, on évolue par paliers et on essaie de faire les choses dans l’ordre, nos labels (Dirty Witch Rds et Productions de l’Impossible Rds) sont français donc on écume déjà la France mais on a d’autres plans sous le coude.
On a déjà pas mal de nouveaux morceaux de côté, on vient d’ailleurs de faire une session studio pour enregistrer 8 titres, les batteries sont en boîte, on fera les guitares et les basses en fin d’année, quand la saison concert sera terminée. Tout devrait s’enchaîner assez rapidement.

J’ai eu l’opportunité de voir le groupe en live (tu le sais, j’étais au premier rang !) et j’ai été agréablement surpris d’une part par les détails apportés au live et que je ne connaissais pas dans tes précédents groupes (fringues, backdrop, décors de scène et même machine à fumée) et d’autre part par tes savoureuses interventions entre les morceaux. Ce soucis du « spectacle » dans le bon sens du terme, c’est nouveau pour toi ?

Non pas vraiment, on avait un peu la même approche avec Hawaii Samurai, ça va de pair avec le trip surf, c’est fun, c’est un univers à part entière… Avec Demon Vendetta, on a développé un décor de scène consciemment cheapos, à base de crânes à tout va, de lights tout droit sortis des années 80 et de références à la culture horrifique relativement explicites, c’est bon enfant.
En ce qui concerne mes interventions entre les morceaux, c’est du même acabit, l’interaction avec les gens est différente tous les soirs, mais vu que la musique est instrumentale j’essaie de communiquer par un moyen ou un autre avec le public entre les morceaux et entre les samples… parfois ça donne des segments de spoken word assez, heu, désordonnés et chaotiques, ahahhaah !

Prochaine actualité pour toi, la sortie d’un nouveau Black Zombie Procession. On s’autorise à penser dans les milieux autorisés que l’ami Elie (Hellbats) s’occupera des voix mais qui seront tes complices au basse/batterie ? Comptes-tu emmener le groupe sur la route ?

Il y a beaucoup de monde sur cet album, l’enregistrement s’est étalé sur plusieurs années, il a fallu s’organiser entre tous mes autres projets et entre ceux des autres personnes impliquées dans cet enregistrement… 4 batteurs et 3 bassistes ont fait des sessions pour ce nouvel album. C’est effectivement Elie Bats qui s’occupe du chant… la couleur du disque est purement crossover metal (façon 90), thrash et punk hardcore moderne. On pense bien sûr à une formation live, on verra qui sera sur la feuille de match quand tout sera en boîte. On termine actuellement l’enregistrement, on est sur la dernière ligne droite, les bandes seront mixées à la rentrée pour une sortie tout début 2014 je pense.

Tu as sorti dernièrement le dernier Megazine (magnifique, encore une fois) en précisant que c’était la fin de l’histoire et que tes prochaines productions littéraires seront portées sur tout autre chose…peux tu en dire plus à ce sujet ?

Effectivement, le #5 du Megazine Everyday is Like Sunday (offert ave le livre « Allô Mike, toujours dans le Jazz !? » est bel et bien le dernier. En tout cas sous cette forme. Il se peut que j’édite quelques news-letter de temps en temps, de publications de petits formats que j’éditerai de façon aléatoire et que je distribuerai sur la route, j’ai déjà un peu de matériel de côté, mais le Megazine tel qu’il était publié me prenait trop de temps. Je pige pour deux magazines et je travaille actuellement sur un projet de livre, je n’ai plus assez de temps, entre les tournées, les sessions studio et mes contributions écrites ici ou là, la gestion de mes sites, le podcast, ça devient tout simplement impossible…
Pour ceux que ça intéresse, pour tous les fans de musique (metal/punk hardcore/rock), de ciné horrifique, de comics, etc., le Megazine #5 est dispo’ sur mon site :www.nastymerch.com

On se connaît depuis plus de dix ans, et je ne sais toujours pas en quoi consiste la journée type de Nasty Samy…alors ?

Ma journée type est toujours plus ou moins la même… quand je ne suis pas en tournée, je reste chez moi pour travailler sur mes activités. Je me lève aux alentours de 8h ou 9h (je suis couché à 2h du mat’ grosso modo, 6h/7h de sommeil me suffisent, parfois moins si c’est nécessaire), j’allume mon ordi, je me fais bouillir de l’eau pour un énorme mug de Ricoré, 4 tranches de pain de mie (aux 7 céréales, arf !) grillés, un verre d’eau (avec une gélule de vitamines), un jus d’orange… je déjeune… puis je check mes e-mails et j’y réponds dans la foulée, je regarde ma liste des taches journalières (liste établie la veille au soir avant de me coucher) et je commence à abattre le boulot. Si je prépare une tournée, je joue le set du groupe en question une fois par jour, si je suis dans une période sans tournée, je bosse sur de nouveaux morceaux, je maquette ou je trouve des arrangements pour des morceaux que j’ai plus ou moins maquetté, ensuite, je vais à la Poste si j’ai des commandes sur mon site de merch, ensuite je bosse sur l’aspect « administratif » de mes activités ou de « promo », update de mes sites, envoie de news-letter, etc., si j’ai des interviews j’y réponds, j’envoie quelques e-mails pour booker des concerts, je fais un pré-budget des prochaines tournées, quand c’est terminé j’écris quelques reviews si je suis dans une période de deadline pour les magazines pour lesquels je bosse (ou pour mon propre fanzine), j’édite ou je prépare le sommaire du prochain podcast à enregistrer… à ce niveau de la journée, si tout s’est passé sans accro’, il doit être environ 17h… je vais à la salle de sport pendant 1h30… ensuite je rentre chez moi, je mange un peu, très léger, et je vais marcher une heure dans la nature, soit en écoutant un podcast soit pour réfléchir et faire un débriefing des trucs sur lesquels j’ai bossé dans la journée, je préfère le faire en marchant et en plein air, je vais marcher par tous les temps, beau, pluie ou neige, ça ne me dérange pas.
Quand je rentre, je prends une douche, je fais un vrai repas et je fais un dernier check de mes emails et des trucs sur lesquels je bossais dans la journée, j’y mets la touche finale. J’essaie de fermer l’ordi à 21h maxi, même si ça déborde souvent. A 22h30, j’essaie d’être en mesure de pouvoir m’allonger avec un bon livre (ou un magazine, fanzine, comics) ou pour regarder un film si je suis trop naze ou si j’ai la tête trop agité pour lire… mais le livre passera toujours avant le film (je regarde en moyenne un film par semaine seulement). Voilà, grosso modo, comment j’occupe mes journées, pour simplifier je bosse sur mes trucs quasi toute le journée, tous les jours de la semaine, sans exception. J’ai également un job alimentaire à mi-temps qui me prend 2 nuits et 2 soirées.
Quand je suis sur la route, le programme est plus simple, je conduis le van, on décharge le matos quand on arriva à la salle, on balance, on installe le stand merch, on joue, on replie le matériel, on le charge dans le van, je conduis le van vers l’hôtel ou l’appart’ qu’on nous prête pour la nuit, et je me couche en lisant quelques pages et en écoutant quelques songs sur mon I-pod. Rien de moins, rien de plus.

Tu as l’habitude de jouer à ce p’tit jeu dans tes interviews, alors c’est à ton tour d’être sous le feu de l’action :

*Fender ou Gibson ?
Sans aucun doute possible : Fender. J’ai longtemps joué sur Gibson, j’ai eu une Les Paul, une SG, une Explorer et un modèle demi-caisse… Pour guitares et basses j’ai opté pour Fender il y a 7 ou 8 ans, c’est plus fiable, plus éclectique et plus précis.

*Johnny Ramone ou Dee Dee Ramone ?
Johnny Ramone, sans aucune hésitation. Sans lui pas de Ramones, le reste n’est que littérature, légendes urbaines et pures fantaisies rock’n’rollesques. Johnny is the Man. Je vous conseille vivement son incroyable biographie (sortie l’année dernière), au titre tout à fait adapté : « Commando ». Un livre très intéressant.

*Surf Music ou Horror Rock ?
L’appellation Horror Rock n’est pas vraiment un style de musique… il peut être appliqué autant au rock vintage qu’ au metal… pour moi The Accused, the Cramps, the Meteors, Cannibal Corpse, Misfits, Gwar, Screamin’ Jay Hawkins, Ghoul ou White Zombie peuvent être rangés dans la case Horror… et dans cet ordre d’idée, je place également Demon Vendetta et the Black Zombie Procession dans cette appellation.

*K7 ou mp3 ?
La K7 évidemment, qui est le support de ma génération, j’ai écouté mes premiers albums en format vinyl et cassette, le CD n’existait pas encore… j’en écoute encore régulièrement, tiens pas plus tard qu’hier j’écoutais une k7 de Miles Davis…
Le Mp3 est pratique quand je suis sur la route, je bouge beaucoup donc j’ai un I-Pod assez fat, mais je ne télécharge pas, et je ne stocke pas de fichiers Mp3, en fait j’encode les disques que j’achète, pour pouvoir les écouter quand j’en ai envie… Le Mp3, c’est juste à truc à consommer rapidement, ceux qui se satisfont de ce format sans passer par la case vinyle ou CD (support physique, quoi) ne s’intéressent pas à la musique, tout simplement, ils passent à côté du sujet.

*Slash ou Dave Mustaine (private joke)
Dave Mustaine, absolument aucune hésitation. Slash est un bon guitariste de classic-rock, bluesy, qui a bien sûr imposé sa patte dans Guns and Roses, mais il a un jeu relativement classique… Ces skeuds solos sont d’un ennui (excepté le premier « It’s five o clock somewhere », bon classic rock au groove pachydermique)… boursouflés et patauds, du rock américain de base, grosse artillerie mais pas vraiment excitant. Bon, déjà je préfère la carrière musicale de Dave Mustaine à celle de Slash, c’est certain. « Rust in Peace » est un de mes albums préférés de tous les temps, une pièce maîtresse du thrash metal… et, ce que la plupart des gens apprécient dans les tous débuts de Metallica, c’est à Dave Mustaine qu’il faut le créditer. C’est le parrain du thrash tout simplement, la carrière de Megadeth est ultra solide, énorme guitariste, chanteur singulier, personnage charismatique avec un fort caractère, il ne fait pas l’unanimité mais c’est un vrai type… bref je valide. Je conseille aussi vivement sa biographie, pour qui s’intéresse à la naissance du mouvement thrash, aux débuts de Metallica, à la longue carrière chaotique de Megadeth, avec des passages très touchants sur la notion de croyance et de spiritualité, bref, un book dense qui documente autant l’aspect musical qu’humain du personnage.

Merci d’avoir pris le temps de répondre à cette petite interview. Si tu as quelque chose à rajouter, c’est MAINTENANT !

Merci à toi pour l’interview et pour le soutien durant toutes ces années !

Play-list de ces derniers jours: Godflesh « Songs of Love and Hate », M-Pheral « Soil », John Coltrane « Olé » et « Giant Steps », Raped Ape « Land of Broken Promises », Supuration “Cu3e”, DeadWorld « the Machine », Miles Davis « ‘Round about Midnight », Perversifier « Perverting the Masses ».

En ce moment je lis « Travaux Forcés » de Mark Safranko (13ème note Editeur), « Before the Chop » d’Henry Rollins (son nouveau livre, recueil de ses colonnes de ces deux dernières années éditées dans le journal « LA Weekly ») et le dernier numéro (#3) du magazine Metaluna.

Derniers DVDs regardés : « God Bless Ozzy Osbourne » (cool docu’ sur Ozzy) et « Lord, Don’t Slow Me Down » (docu’ sur Oasis en tournée).

Dernier film vu au ciné : le remake moisi de Evil Dead.