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INTERVIEW NASTY SAMY pour le fanzine ZINOPHRENIA (nov 2013)

« Nous commençons par un gars, qui, s’il n’est pas un pur métalleux est quand même un sacré guerrier du rock. Il a fondé plusieurs groupes, tous différent les uns des autres, édite un « Megazine », anime un podcast radio, et fais le mercenaire pour les tournées européennes de groupes comme Simon Chainsaw (australie) ou Dumbell (usa). Pour toutes ces raisons, il mérite bien d’être le premier dans le sommaire de ce nouveau numéro de Zinophrenia, même si il a été le dernier interrogé. » (Yves, éditeur de Zinophrenia)

1:Tu es un activiste hyperactif de l'underground rock'n’roll, tu participes à plusieurs groupes, tu sors des Megazines, tu enregistres des émissions radios, tu fais le mercenaire pour des groupes étrangers en tournée chez nous... Quel évènement, quelle rencontre ou personne a déclenché cette façon de vivre ta vie comme tu la vis actuellement?

Salut Yves ! Tout d’abord ce n’est pas UN élément ou UNE rencontre ou UNE personne qui a influencé mon style de vie (et par extension mes activités), mais un ensemble d’éléments et de rencontres. Une chose en amenant une autre, une opportunité en drainant une autre, expériences après expériences, une collaboration qui en mène à une autre, etc. C’est un choix de vie qui s’est fait assez naturellement, rien n’a été prémédité ou anticipé, tout s’est enchaîné avec fluidité, j’ai fait quelques choix déterminants quand j’avais à peu près 20 ans, j’ai toujours voulu éviter un rythme de vie « normal » (c'est-à-dire centré autour d’un travail de base qui vampirise les journées et l'énergie), je me suis organisé en conséquence, j’ai fait une croix sur le confort, la thune et la vie pépère, en bossant des jobs uniquement alimentaires de manière à pouvoir être entièrement dispo pour mes activités musicales et autres. Le reste est affaire d’opportunités attrapées en plein vol, de rencontres et de contacts établis sur la route. Si on veut chercher plus loin, on pourrait aussi dire que la découverte assez jeune du punk rock, du rock n roll et du metal/hard rock a joué indirectement sur mes futurs choix. J’ai toujours pensé, depuis très jeune en fait, qu’on a qu’une seule vie et qu’il faut la vivre pleinement, sans regrets, et sans s’imposer des trucs qu’on ne peut pas supporter ou qui nous dérangent. Je suppose que tout est parti de là… c’est le premier pas. Peut-être qu'on peut même remonter dans la manière dont j'ai été éduqué, ça a certainement eu un impact...

Je suis musicien « actif » (c'est-à-dire sur la route et en studio pour des enregistrements) depuis presque une quinzaine d’années maintenant, et mes activités musicales ou toujours été liées à une certaine forme d’activisme, que ce soit à travers l’organisation de concerts, la gestion d’une distro, de merch’, l’édition de fanzines ou de news-letter, la gestion d’un webzine ou de sites, l’organisation de tournées pour mes groupes, etc. J’ai commencé à être particulièrement actif dans la musique peu après mon service militaire, j’ai joué dans divers groupes, dont Second Rate (punk rock), mon premier groupe vraiment sérieux, avec qui j’ai eu la chance de beaucoup apprendre sur le terrain, on était régulièrement en tournée et on a sorti quelques productions sur des structures qui partageaient notre enthousiasme (et notre naïveté !), ça nous a permis d’avoir un succès d’estime et un petit following en France, tout est parti de là. Les premiers contacts, les premiers échanges avec des mecs qui géraient des labels, des distros, qui animaient des radios ou qui éditaient des fanzines, etc… C’est avec ce groupe que j’ai fait mes premiers pas et que je me suis « formé » dans ce microcosme (ce que j’appelle les scène indépendantes punk/hardcore/rock n roll et affilié). Depuis, je n’ai jamais cessé de jouer, de tourner et d’enregistrer avec divers groupes et musiciens, de publier des fanzines, de tisser des liens avec des gens qui ont plus ou moins les même activités que moi en France ou à l’international, de collaborer à des magazines (en tant que pigiste), d’écrire pour diverses publications et sites…
Je joue maintenant pour des musiciens étrangers qui viennent tourner en Europe régulièrement (avec l’australien Simon Chainsaw et les ricains Dumbell) mais j’ai également mes propres groupes en France (the Black Zombie Procession, Teenage Renegade, Teenage Mixtape, etc.), et ces dix dernières années j’ai joué de la guitare ou de la basse pour plusieurs formations (Hawaii Samurai, Hellbats, Billy Gaz Station, le ricain Scott ‘deluxe’ Drake –ex Humpers), soit pour une tournée soit pour des périodes plus longues…

En ce moment j’écris aussi dans le magazine Rise Tatoo Mag’ (bi mensuel, dispo dans tous les kiosques), j’anime un podcast (Now It’s Dark!), je publie mes fanzines (imprimés) Everyday is like Sunday et je viens de publier un livre/Carnet de Route (« Continental Divide ») sur mon expérience de road trip à travers les Etats-Unis pendant 6 mois, durant lequel j’ai roulé 30 000kms, traversé 31 Etats et enregistré un disque (le nouvel album de Teenage Renegade « Continental Divide »).

2: Peux- tu me donner un certains nombres de références musicales, cinématographiques, littéraires qui permettraient à nos lecteurs de cerner ta personne?

Ouch, épineuse et vaste question ! Donc globalement on peut dire que j’aime la musique à guitares ! ahhaha ! J’ai commencé, comme pas mal de gamins, à écouter du hard rock et du heavy metal assez jeune. Dans mes premiers 33t (que j’ai toujours, et que j’écoute encore !), on pouvait trouver du Iron Maiden, Accept, Twisted Sister, Motley Crue, Kiss, Ratt, Quiet Riot, Scorpions, Van Halen, Raven, WASP, Def Leppard, AC/DC, Anthrax, Motorhead, Metallica, ce genre de trucs, les trucs qui cartonnaient à la fin des années 80. Je suis toujours respectueux de cet héritage hard rock ou purement heavy metal. Je suis un grand fans de Dio (« Holy Diver » est l’un de mes disques préférés de toute ma discothèque, j’ai d’ailleurs la Bête de l’art-work de ce disque tatoué sur l’avant bras !), sa carrière solo et son passage dans Black Sabbath (l’album « Heaven and Hell, un carnage !), je suis également ultra fan d’Ozzy, des trucs comme Judas Priest aussi, bref du bon heavy des familles, quoi… dans ces jeunes années j’ai aussi craqué sur le mouvement thrash qui était en plein boom, toute la scène de la Bay Area de l’époque… et un peu plus tard, tout naturellement, j’ai bifurqué sur le death metal, la scène de Tampa principalement et les grands noms de l’invasion death scandinave, qui était plus ou moins une réponse au thrash, une zique encore plus extrême qui poussait le délire encore plus loin… et il y avait les gros trucs qu’on ne pouvaient pas éviter, les groupes qui ont redéfini le son du metal dans les 90s, plus groove et massif, comme Pantera, Machine Head (vu sur leur première tournée européenne pour l’album « Burn my Eyes »), Fear Factory (vu pour le « Demanufacture » tour), etc. Au fur et à mesure de ma scolarité (collège-lycée-Fac), j’ai rencontré des mecs qui étaient aussi passionnés de musique que moi, beaucoup d’échanges de k7, de disques, des discussions enflammées, des concerts le week-end, etc. En entrant au lycée, j’ai creusé plus encore sur le mouvement hardcore, le punk rock, etc. Mais j’ai toujours été assez ouvert… Genre je pouvais écouter Guns & Roses et Gun Club par exemple, ou Bad Brains et Ugly Kid Joe, Pixies ou Cro Mags, véridique. Je suis également un fan absolu de Buddy Holly aussi, impossible de ne pas le mentionner.

A la fac et dans les années qui ont suivies, je me suis penché sur le côté indie, des trucs plus obscurs, j’y ai découvert des groupes comme Husker Du, Dinausor Jr, des trucs noise américains, des trucs garage, du rock vintage (surf music, blues), etc. Mais je n’ai jamais remplacé un style par un autre, j’ai toujours gardé mes racines de metalleux ainsi que ma passion pour la culture punk rock et hardcore… j’aime aussi la pop anglaise des années 90, Echo and the bunnymen, Jesus and Mary Chain, Oasis, Stone Roses, etc. j’ai également un bon rayon d’indus, quelques trucs de goth, etc.
Enfin bref, tu vois, c’est un peu le merdier… c’est impossible de n’aimer qu’un style de musique, il y a un moment dans la journée où écouter du metal extreme, puis du punk rock, puis de la pop, etc… les mecs qui ne restent que dans une seule case sont soit très jeune, soit peureux de se frotter à des codes et des sons qu’ils ne comprennent pas. Le rock est un vaste temple, avec plein de pièces et de couloirs, qu’on découvre selon nos envies et notre curiosité.

Par contre, au niveau du ciné, c’est beaucoup plus focalisé sur un style en ce qui me concerne. L’horreur, point barre ! Ahahaha… Gore et slasher movies. Je suis fan de Carpenter, d’Henenlotter, de Jackson (ses débuts), de Romero, de Yuzna, de Gordon, de Corman, Hopper, etc… et de plein d’autres ! Je suis ultra fan de la culture horrifique et bis en général. En France j’aime les carrières de Jean Rollin et de Jean Pierre Mocky.
J’ai une grosse préférence pour le cinéma des années 80 et du début des 90. J’aime aussi les trucs d’action de cette période là… Et j’ai un petit faible aussi pour les trucs teen, du genre John Hugues, etc.

Pour la littérature, vaste sujet ici aussi… je lis beaucoup… mes auteurs préférés sont John Fante, son fils Dan Fante, Charles Bukowski, Raymond Carver, Stephen King, Mark Safranko (que je viens de découvrir, j’ai dévoré ses trois romans), ces derniers temps j’ai bien déliré sur Chuck Klosterman…. Autrement j’ai beaucoup lu de polar/romans noirs quand j’étais à la Fac, à la chaîne, et je lisais du King, du Graham Masterton, Joe R Lansdale, du Koontz et ce genre de trucs, quand j’étais au lycée… C’est dur de résumer en quelques lignes les auteurs que j’aime, j’ai toujours le nez dans un ou deux bouquins… et je lis aussi beaucoup de bios/auto bios, des bouquins sur le milieu de la zique ou de la pop culture (ciné, etc.), ça se lit vite et c’est divertissant…

3: A quand remonte la formation de BLACK ZOMBIE PROCESSION? Est-elle de ton fait ou est-ce une envie partagée avec d'autres zicos?

The Black Zombie Procession a commencé en 2006, c’est un projet complètement perso’, au début même solo, j’ai décidé de monter ce groupe pour me faire plaisir, dans une volonté de faire les choses comme j’en avais vraiment envie, ne pas m'imposer de barrière ou faire des compromis avec des autres musiciens…. Avec ce groupe je m’autorise tout. C’est un groupe basé sur le concept de l’horror rock, avec les lyrics et l’art-work adaptés au genre horrifique, dont je suis ultra fan. Pour moi l’horror rock ne se résume pas aux mauvais ersatz de Misfits, je voulais rester dans des thématiques purement horrifiques (ou de genre) mais en m’éloignant du trip cliché. Au niveau du style, ça tape dans un rock assez heavy mais c’est assez éclaté, ça mixe des influences diverses, du punk rock mélodique, du metal old school, du crossover thrash/hard core, du rock’n’roll, des délires instrumentaux, etc. Le line up est variable, les chanteurs aussi. Un split doit sortir en fin d’année 2012 avec le groupe américain BloodHook (Van Nuys/Los Angeles, heavy rock qui défonce !). Ca fait 4 ans que je n’ai rien fait avec ce groupe, mais j’ai passé pas mal de temps en studio ces derniers mois pour composer et enregistrer de nouveaux titres, dont 4 figureront sur le split, et le reste sur un nouvel album à venir qui se précise de plus en plus.
Il n’y a aucune pression et aucun délai à respecter, je fais ce que je veux, avec qui je veux, de la manière dont je le veux. Le premier album est sorti fin 2006 (sur Kicking Rds), le deuxième fin 2008 (sur Kicking Rds), entre les deux on a sorti un split EP 45t avec Billy Gaz Station.

4: Quelle direction prennent les nouveaux morceaux ? Y a t'il de nouvelles personnes dans ton line up? Influent elles sur las compos?

Les nouveaux titres sont définitivement dans un délire crossover, lorgnant sur des plans thrash old school, heavy old school et affilié, avec quelques pointes de hardcore costaud, à base de riffs tranchants et de bonne attitude. Mais il y a toujours un aspect mélodique et une section rythmique résolument plus rock que metal qui empêche le projet de tomber dans le metal pur et dur… je continue de qualifier le délire d’horror rock, avec ce que ça implique derrière, on va dire que je remplis le cahier des charges du style, les lyrics sont typiques du genre et la musique est bien plombée… après, comme je l’écrivais dans la question précédente, je ne me fixe pas de limite, je ne m’impose rien, je compose naturellement, sans me préoccuper de savoir si c’est plus rock, plus metal ou plus punk rock.
En ce qui concerne le line-up, je bosse pour l’instant avec trois batteurs différents, et je joue toutes les guitares et les basses. Vu que pour l’instant le projet reste enfermé dans les murs des studios d’enregistrement, je ne me prend pas trop la tête avec les histoires de personnel, je peux enregistrer toutes les cordes, et j’aime bien bosser avec des batteurs différents, qui ont chacun leurs styles et leurs qualités, ce qui bien sûr a une petite incidence sur les morceaux… Mais je reste quand même le seul compositeur pour ce groupe, et je suis assez directif, je sais ce que je veux, donc je ne peux pas vraiment affirmer que line-up a une énorme importance dans ce genre de dynamique. Je choisi les zicos en fonction de leur aptitude technique tout simplement.

5: Si tu devais partir en tournée avec Bzp, avec quels groupes voudrais tu partager l'affiche?

Ouch ! Question difficile… allez un peu de fantasme… pourquoi pas avec Danzig, ou Eerie Von (ex bassiste de Samhain et Danzig qui poursuit une carrière solo acoustique), avec qui je partage la vision de l’horror rock… ou pourquoi pas avec des grands noms du thrash de la grande époque (Exodus, Anthrax, Testament, Megadeth, Forbidden, Sadus, Sacred Reich, etc.) ou alors la nouvelle garde retro-thrash (Municipal Waste et Toxic Holocaust en tête)… ou les darons de la scène death floridienne (Obituary, Massacre, Six Feet Under (des trois premiers albums !!), etc.) ou scandinave (Entombed, Dismember, Grave, etc.)… et pourquoi pas avec les meilleurs groupes mélos, modernes et véloces (Propagandhi, Strung Out, etc.)…. Enfin bref il y a du beau monde sur la route que l’on pourrait accompagner, ahahaha !

6: Pourquoi le nom de Black Zombie Procession? Est ce pour rentrer dans le politiquement correct que tu n'as pas appelé ton groupe White Zombie Procession, ou alors c'est pour rendre hommage à l' ordre noir qui hante encore nos histoires, que tu as appelé ton groupe The Black (order) Zombie Procession?

En fait, j’ai commencé ce groupe comme un projet de surf music instrumental (qui a donc muté en une autre entité musicale au fil des répèt’ !!!), suite au split du groupe Hawaii Samurai (dans lequel je jouais de la basse), qui jouait aussi de la surf music. Le dernier morceau que l’on avait composé, et qui n’a donc jamais vu le jour sur un enregistrement, était un morceau que j’avais composé, que j’avais appelé « the Black Tiki Procession » … j’ai repris le nom en remplaçant « Tiki » par « Zombie » parce que je suis un gros fan de l’univers des zombies (c’était bien avant l’explosion de ce genre, avant la série Walking Dead, avant qu’on ne voit des zombies dans chaque films, dans des pubs, sur les pochettes de disques, etc. ). Le titre qui ouvre le premier album porte le doux nom de « Zombies of the Black Order », donc tu vois, tout se recoupe, et tu n’étais pas très loin de la signification de tout ce bordel !

7: La formation de TEENAGE RENEGADE est un projet que tu voulais monter ou tu l'as monté à cause de ta femme?

Je dirais plutôt « grâce » à ma femme, ahahaha… c’est vrai que comme beaucoup de mes projets en général, c’était pas vraiment planifié au départ… je fais les choses assez instinctivement et naturellement, suffit qu’une idée me traverse l’esprit et je fonce… pour Teenage Renegade, ça s’est fait rapidement, on avait pour projet de jouer ensemble quelques covers en formule acoustique puis, de fil en aiguille, le format acoustique a muté en électrique et les compos ont replacés les reprises…. Erin adore la musique, elle en écoute beaucoup, pour elle c’était un super moyen de mettre un pied dans la fosse. Je suis rentré en studio avec deux potes, on a couché sur bandes quelques morceaux que j’avais de côté, des songs très mélodiques, puis je les ai donné à Erin en lui disant de faire ce qu’elle sentait dessus… on voulait d’abord sortir un EP 45t mais quelques mecs étaient intéressés pour sortir directement un album, ce que l’on a fait. Une première expérience pour Erin, qui n’était jamais rentré dans un studio d’enregistrement, ni dans un local de répétition d’ailleurs… On a fait les choses au feeling, le premier album (« Is there life after High School ?») est très orienté 80s dans son approche, on voulait vraiment coller au délire lycée/high school et séries ado’ américaines qui ont bercé nos tendres années, ce fut un bon concept de départ, qui nous correspondait carrément… on a ensuite sorti un split EP (7’) avec Billy Gaz Station, sur lequel on s’est un peu éloigné de notre univers ado (un des titres est d’ailleurs concentré sur un des personnages du comic book Watchmen !) et on vient de sortir notre deuxième album « Continental Divide » qui lui traite de thèmes beaucoup plus mature, comme le couple, le voyage, la liberté, la vie quoi ! Ce disque a été produit aux Etats-Unis, pendant notre road trip de 6 mois là bas. C’est Erin qui écrit les paroles, le song writing a donc une sensibilité toute féminine et je dirais que c’est un avantage, j’aime vraiment les paroles qu’elle écrit, profonde et inspirée.
Teenage Renegade est un projet de couple, on se fait plaisir en écrivant et en enregistrant des chansons ensemble, on a un peu tourné au début mais on ne le fait plus, surtout pour une question de planning, je suis souvent sur la route avec d’autres groupes et Erin est elle aussi pas mal occupée de son côté… Je ne dis pas qu’on ne refera jamais de scène mais pour l’instant ce n’est pas prévu… on se contente d’enregistrer des songs et de les sortir quand on en a envie… On est fier de tous nos disques et on va continuer de sortir quelques prods quand on le voudra… Une fois encore, on fait les choses comme on l’entend, sans pression.

8: Quand vous avez lancé le projet, aviez vous déjà une vision précise de comment cela devez sonner ou c'est venu en répétant? Comment définirais-tu votre style?

On savait juste que ça allait évoluer dans univers punk rock mélodique / pop punk, assez bubblegum… On a sorti deux album et un split EP, l’évolution entre chacune de ses prods est bien palpable, c’est toujours mélodique mais la musique s’est un peu décomplexée, sur le nouveau album on a pas hésité à casser certains schémas du punk mélodique classique… on joue une musique assez calibrée, ça c’est certain, et c’est un peu le but avec cette formation, certains titres sonnent assez FM, la production est claire et assez gonflée, c’est bien produit, quoi… c’est ce qu’on veut faire avec ce groupe. Moi je classerais Teenage Renegade entre le punk mélodique californien, la power pop très calibrée et le rock des années 90s.
Les prochains titres (on vient d’enregistrer 4 nouveaux titres) reviennent dans un délire plus typiquement skate punk, très année 90s là aussi, avec des tempos rapides et des mélodies dans tous les sens… je me répète, mais je le redis : on enregistre nos songs suivant le mood du moment, la couleur est plus moins mélancolique ou plus ou moins « sucrées », mais au final ce qui est important c’est de partager ce truc de composition, ce projet « artistique » (dans le sens « créatif » du terme) ma femme et moi… car c’est vraiment ça la base du projet, faire de la musique ensemble.

9: Si vous avez un enfant ou plus , un jour, changerez vous le nom du groupe? Peut -être pourrez vous vous appeler Children and Teenage Renegade?

Celle là va être rapide, on ne veut pas d'enfant, ni ma femme, ni moi. Suivante! hahahaha... par contre je la tanne pour qu'on ait un chien (un cocker, j'adore ces chiens), mais elle sait que c'est elle qui va s'en occuper quand je serai barré à droite et à gauche, donc elle est plutôt plus que tiède sur l'idée....

10: Si le succès était au rendez vous, avec sa cohorte de groupies males et femelles , de drogues et d'alcool, et que vous vous sépariez en tant que couple, pourrais tu continuer le groupe avec quelqu'un d'autre, en trouvant une excuse de star alcoolique, ou serait ce la fin du groupe? Comment vois-tu la chose si tu rencontres le succès?

Comme je l’ai précisé ci-dessus, on ne fait plus de live avec cette formule, donc on ne risque pas de tomber dans les travers de la rock'n'roll attitude sur la route (pour ma part c'est déjà fait il y a bien longtemps, j'ai passé la main)… et bon vu que ni ma femme ni moi ne buvons ou fumons ou quoique ce soit de lié avec les excès en général, tout ça me paraît peu probable. Aussi peu probable que le « succès » en fait ! Mais s’il y a un sous texte à ta question et que tu me demandes à demi-mot si ce groupe peut exister sans ma femme et moi-même, la réponse est non. On l’a monté en couple. Et on l’a d’ailleurs précisé dans notre première biographie, la seule chose qui peut faire splitter le projet, c’est le divorce, ahahaha !

11 : Passons maintenant à la conception du road book. Avais-tu, dès que tu as eu l'idée du voyage, l'envie d'en faire un livre? Avais-tu une idée précise de ce à quoi cela allait ressembler?

Non pas du tout, en fait j’avais un autre projet de livre en tête. Je voulais vraiment profiter de ce voyage de 6 mois pour faire un break dans mes activités musicales, les concerts et les enregistrements. J’étais sur la rédaction d’un livre sur la scène punk rock indépendante française (et affilié), un truc sur lequel je planche depuis quelques temps déjà, avec des entretiens d’activistes, de disquaires, de musiciens, de gens croisés sur la route, bref tous ceux qui font avancer les choses « culturelles » dans le bon sens en France…. Je voulais aussi ajouter des extraits d’un journal de bord que je tiens sur toutes mes tournées depuis un bail maintenant…. Je me disais qu’utiliser ces 6 mois de break pour bien avancer sur cette idée de book était une excellente idée, je suis donc parti avec mes carnets de notes écrits et des clés USB (dans lesquelles j’avais déjà organisé et gratté pas mal de trucs) dans mes bagages… puis quand je suis arrivé, ça s’est bien sûr passé différemment, j’ai commencé à écrire sur ce que je faisais, les découvertes, des réflexions, des chroniques de disques, de films, j’ai fait quelques interviews, je rédigeais sans vraiment savoir ce que j’allais en faire, peut-être un petit fanzine, ou un report de voyage… Rien n’était vraiment très précis, j’écrivais au kilomètre en entassant les infos glanées ici et là, puis au fil du trip tout s’est éclairci. Les achats de skeuds, les chroniques, le regard un peu nostalgique sur mon passé avec l’ajout de quelques données biographiques, avec au centre du récit cette culture populaire américaine comme point de référence… Les différentes parties du livre se sont imposées d’elle-même, et je dirais que c’est seulement au bout de 3 mois que j’ai vu où j’allais vraiment, le concept final s’est affiné, j’ai tout réorganisé pour finalement en faire ce qu’il est devenu, à savoir ce carnet de route dense et bourré jusqu’à la moelle ! J’ai mis de côté beaucoup de texte lors de ces 6 mois, des prises de notes rapides, des brouillons, des extraits qui demandaient à être développés, le livre n’était pas fini quand je suis rentré, j’ai dû travailler dessus encore 8 mois pour en venir à bout. Au total ça m’a demandé environ un an et demi de travail quasi quotidien.
Donc, du coup, j’ai laissé mon autre projet de livre sur la scène française de côté, ça va être mon prochain projet, j’ai commencé à travailler sur la structure et l’organisation globale… je me laisse encore quelques mois, histoire de digérer complètement le « Continental Divide », je pense m’y mettre sérieusement aux alentours de décembre 2012, je vais cravacher une bonne année dessus et ça sortira fin 2013 je suppose, on verra bien…

12: Après avoir fait un livre et un album sur ton périple américain, aurais-tu un projet encore plus fou comme faire un film dont tu composerais aussi la bande son sur ton prochain voyage?

Bah non je n’ai pas ça au programme, hahaha…. Je suis fan de films bis/horreur/exploitation, mais de là à en faire un, il y a un gouffre, à chacun son business, hahaha ! Non, par contre, composer une musique pour un film ou un court métrage, ouais ça me brancherait carrément. Ca fait un moment que ça me trotte dans la tête, m’éloigner du format rock (et affilié) et bosser complètement différemment, avec des machines par exemple, casser mes schémas et mes habitudes, dans un format minimaliste, sans pour autant taper dans l’electro de base… Je suis un fan d’indus des années 80 et 90, j’aimerais vraiment jouer dans un projet de ce style, où les machines se taillent la part du lion… Là, je viens de finir d’enregistrer le mini album de mon nouveau groupe Demon Vendetta, qui pourrait ressembler à une BO de film de genre… c’est très cinématographique, avec des samples, c’est instrumental, il s’en dégage une certaine ambiance, même si les guitares restent au centre du débat… Mais yes, j’ai quand même en tête de sortir un truc qui irait encore plus loin dans ce sens, une musique bricolée chez moi, avec un pote qui gère les machines et les samples, basé sur des ambiances et des climats, moins axé autour des « riffs ». C’est en projet, quand est-ce que ça se concrétisera vraiment ? Aucune idée.

13: Tu as organisé ta vie en fonction de tes envies, de tes gouts musicaux et autres. En même temps, tu cherches parfois à casser tes modes de fonctionnements, par exemple le voyage, l'envie de faire une bande son. Comment vois tu ton avenir, as-tu déjà envisagé un moment ou tu décideras de passer à autre chose , voire de mener une vie plus normale. Comment vois-tu la chose?

C’est sûr que les concerts et tournées ne sont plus aussi excitants que quand j’ai commencé il y a 15 ans, j’ai de temps en temps une petite perte de motivation puis ça revient vite… j’aimerai toujours le fait de me déplacer, de voyager, c’est le truc que je retiens dans les tournées, plus que les concerts en eux-mêmes… j’aime dormir tous les soirs sous un toit différent, prendre mon café le matin dans une cuisine différente, rencontrer des potes sur la route, des gens que je ne vois finalement que quand je suis en tournée…. Mais le côté un peu répétitif de la chose (répet’/route/concert répété à l’infini, avec des heures d’attente interminables pour couronner le tout) me gaveront un jour ou l’autre au point où je déciderai de passer à autre chose, c’est sûr. Ca, et le relatif inconfort des tournées auxquelles je participe… on se déplacerait en tour bus ou on dormirait à l’hôtel tous les soirs, ça irait, mais c’est loin d’être le cas, ça reste dans un milieu underground, pas toujours très bien organisé et carré, c’est parfois un peu usant et frustrant, même si je m’en accommode plus ou moins au final… donc yep j’avoue que je ne pars plus en tournée avec le même était d’esprit, j’ai joué pas loin de 1000 concerts ces 15 dernières années, ce n’est plus aussi « frais » dira-t-on ! Mais tout est lié, les tournées sont aussi pour moi le moyen d’écouler mes disques, livres, fanzines, merch, etc… si je retire cet aspect de mes activités, le live, c’est tout le reste qui est aussi remis en cause. C’est aussi pour ça que j’essaie de varier mes activités, et de jouer dans des plusieurs groupes différents, histoire de varier quelque peu les plaisirs. Je ne fais pas de plans sur la comète, je n’anticipe que très peu, je m’organise année par année, je sais grosso modo comment va se dérouler l’année à venir, combien de concerts je vais faire, les prods que je vais sortir, etc…. dur me projeter plus loin que ça. Je vais essayer de réduire un peu le nombre de concerts (en ce moment je tourne entre 60 et 80 par an), mais je compte toujours écrire et publier des trucs (zines ou books) et enregistrer des disques, collaborer avec différents musiciens, ça me branche toujours…
Après, si par « vie normale » tu sous entends bosser dans un taf que je n’apprécie pas 40 heures par semaine, non , honnêtement, je ne crois pas que ça arrivera… J’ai toujours gardé un job purement alimentaire à mi temps, donc j’ai un pied dans ce que tu appelles la « vie normale », j’essaie simplement de ne pas ma faire happer dans les sables mouvants…
Mon avenir ? Bah, comme je le disais, je ne fais pas de plan, j’ai toujours eu des opportunités de ci de là, au bon moment, il faut juste savoir garder les yeux ouverts, prendre des décisions, se lancer, retrousser les manches quand il le faut et ne rien regretter, une histoire de bon timing et de volonté… quand je déciderai de ne plus partir en tournée et de passer moins de temps en studio, je ferai en sorte de remplir mon planning avec des activités qui me plaisent et me stimulent. Je n’ai pas beaucoup de pression financière sur les épaules, pas d’enfant, pas de crédit pour payer une maison ou une voiture, pas de dettes, bref je suis assez léger, et économiquement j’ai appris à faire avec peu. Quand tu passes à travers ces gouttes, tout est assez simple, finalement.

14: Tu fais des tournées avec un certain nombre de groupes (DUMBELL, Simon CHAINSAW, SCOTT DELUXE DRAKE....). Comment choisis-tu ces groupes? Aimes-tu la musique de tous les groupes dont tu complètes le line up? Un partage de valeur ou uniquement le gout du voyage? Pourrais-tu faire le mercenaire pour un groupe qui te laisse indifférent si tu es bien payé ou s’il t'emmène dans un endroit que tu n'as jamais visité?

En ce qui concerne les collaborations, quand je joue de la guitare ou de la basse pour d’autres mecs ou d’autres groupes, ce sont des opportunités… chaque plan est différent, j’ai été en contact avec ces mecs par différents moyens… ça reste plus ou moins dans une même scène, le punk n roll/action rock, c’est un petit microcosme, les contacts se font naturellement. Je bosse ou ai bossé avec eux parce que j’aime leur carrière et leur musique, c’est le premier point important. Ensuite ça me permet de varier les sensations, là par exemple je ne joue que de la basse avec ces groupes, alors que dans mes propres groupes je joue de la guitare. Et tu as tout as fait raison, c’est également et surtout un partage de valeurs, la même passion, le rock n roll et les sensations qui vont avec, la vie vécue entièrement, on est sur la même longueur d’onde avec ces mecs…. Ce sont des musiciens expérimentés qui ont beaucoup tourné et qui ont une bonne expérience de la route et du rock n roll underground, ils ont eux même collaboré avec des dizaines de groupes et ont un CV bien rempli… Ce sont des mecs de terrain, et c’est un aspect que j’apprécie particulièrement.

Pour ce qui est de faire le mercenaire pour un truc dont je n’ai absolument rien à foutre musicalement parlant, aucun problème… si c’est une tournée confort, payée correctement et qui me permet de me mettre un peu en danger dans le sens où je bosserais différemment (et avec des personnes au profil différent), je suis carrément partant…. Voir autre chose, d’autres scènes, d’autres publics, d’autres lieux, je suis preneur, si c’est dans de bonnes conditions je le ferais sans me poser la question une seule seconde (bon fat que ça reste dans un contexte "rock" quand même, hein)…

15: Conclues comme tu veux mais n'oublies pas de me parler des quelques activités que j'aurai omises ( le podcast, ton travail pour Rise ou Shoot to kill....)?

Merci pour l’interview et pour l’intérêt porté à mes activités. Donc, comme tu le précises dans la question, parallèlement à mes activités musicales j’anime également un podcast (Now It’s Dark !), j’écris pour le magazine RISE TATOO MAGAZINE (bi mestriel, en kiosque) et depuis peu pour un autre magazine R.A.D Magazine (bi mestriel aussi, en kiosque aussi), je collabore au p’tit fanzine SHOOT TO KILL (2 numéros sortis cette année), et voilà… pour ceux que ça intéresse, checkez mon site, où toutes les infos sur tout ce bordel est centralisé : www.likesunday.com
Le site où vous pouvez trouver mes disques, mon book et mes fanzines : www.nastymerch.com
Cool de faire partie du sommaire de ton prochain zine, on se dit à bientôt, reste chaud et tendu !