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INTERVIEW SECOND RATE pour le magazine W-FENEC (Juin 2014)

Grosse interview publiée dans le magazine en ligne W-Fenec à l'occasion des 5 concerts de reformation ponctuelle de Second Rate.. INterview croisée entre sylvain et moi (second rate) et Ben Et Jeremy (Flying Donuts)

Gui : ça rempile pour cinq dates...pourquoi maintenant? Question ouverte !!

Sam : comme on le dit à chaque fois qu'on nous pose cette question, cela fait quelques années qu'on avait essayé de le faire, et que tout le monde était occupé tant au niveau musical qu'au niveau personnel. Moi, ce qui m'intéressait, c'était de rééditer les disques car c'est dommage d'enregistrer des disques qui ont eu une petite vie, qui ont trouvé leur public, et qu'ils ne soient plus disponibles. C'est de l'archivage, c'est important, surtout maintenant, en 2014, où la musique a été complètement dématérialisée. Cette mini tournée, c'était un bon catalyseur, on avait le label intéressé par tout ce trip, il n'y avait plus qu'à trouver une période où tout le monde était disponible pour se remettre les mains dans le cambouis.        

Sylvain : C'est pour répondre à une demande qui est existante depuis la fin de Second Rate. Quand on joue quelque part avec nos autres groupes, il y a toujours quelqu'un qui nous reconnait au stand de merch de nos bands, et qui nous demande "t'as pas un vieux skeud ou un tish de Second Rate à nous vendre ?"

Sam : On n'aurait pas joué sans la réédition de la discographie, c'est sûr et certain. Je n'aurais pas vu l'intérêt de faire ça, jouer à vide… Et l'inverse, c'est-à-dire rééditer les disques sans qu'il y ait de concerts, ça aurait été dommage aussi : pour le label qui sort des disques, déjà, et puis pour nous, bref c'était l'occasion rêvée, c'était le seul et unique  moyen de le faire, je suis content qu'on ait pu concilier cette réédition et quelques concerts pour marquer le coup. Ca a du sens.

Gui : n'était-ce pas également la sensation de dire : on est parti vite et on aurait pu terminer en beauté ?

Sylvain et Sam : non, non…

Sam : Tout le monde est passé à autre chose musicalement dans le groupe.

Sylvain : en fait, si tu parles des gars qui jouent dans second rate, qui ont tous une activité musicale sans exception, il n'y a jamais eu de sensation de manque, rien qui nous poussait à nous dire "putain, on n'a pas de band, il faut qu'on refasse ça…" (sam : c'est ça !).

Gui : quand je disais précipité, c'était le fait de se dire " voilà, on a sorti un dernier disque, on a pas tourné... "

Sam : le dernier album est sorti après notre split. On ne va pas refaire l'histoire mais le disque est sorti d'une manière heu, " alternative ", c'est un disque qu'on aurait dû sortir tout autrement, enregistrer, produire et développer autrement. Ça s'est fini de la façon dont ça s'est fini, on ne va pas revenir là dessus, mais en tout cas, quand on dit "on rempile", en fait on rempile que dalle, car tout le monde joue encore, tout le monde répète encore, tourne, compose, à des degrés différents certes, mais tout le line up de second rate est encore actif dans la scène musicale, et ça c'est super important, on ne ressort pas d'un vieux chapeau mou. Tu as des réunions où des groupes se reforment car les mecs, ça les démangent de rejouer, ils veulent revivre le truc, rallumer la chaudière, tout ça, mais nous, on est encore tous bien présent sur l'échiquier musical indé français, on n'est jamais sorti du jeu. Sylvain était en tournée avec son projet solo Mayerling avant de commencer cette petite réunion, John pareil avec son groupe,  Fred aussi en solo il fait quelques dates ici et là, Lutin la même chose, et moi aussi, avant et après, d'ailleurs je repars en tournée avec BZP juste en revenant de ces quelques dates avec Second Rate…
C'est vraiment la réédition qui était importante à mes yeux.

Gui : on parlait de réunion et non de reformation : Second Rate ne peut plus donc revivre de ses cendres malgré l'accueil que vous avez eu par exemple à la Rodia ?

Sylvain : non, ce n'est pas le but. Le but, ce n'est pas de renquiller ou de ressouffler sur les braises du barbecue et relancer la machine, car humainement parlant, ça serait jouable, sauf qu'on a des activités musicales à coté qui ne nous permettraient pas de le faire, et je ne sais pas si l'envie d'une manière générale existe chez tout le monde….

Sam : C'est une autre époque. On me pose la question tous les soirs de ce trip : " Qu'est ce que ça fait tout ça, tu ressens quoi ? ".
Pour moi c'est vraiment bizarre de rejouer ces morceaux là, c'est sûr et certain. A titre personnel, c'est vraiment bizarre de rejouer sur des émotions qu'on a eu il y a quinze ans. Il y a la zique, mais il y a aussi tout le reste, autour du band, on a vécu des trucs bien barges avec ce groupe. Même les paroles de Sylvain, les mélodies, bref il y a des morceaux que j'ai composé quand j'avais 20 balais, c'est quasi une autre vie...

Sylvain : même si ça reste très fun…

Sam : Ouais ouais, bien sûr, surtout qu'avec cette musique qu'on appelait emo (donc émotionnelle par définition !), les sensations que tu as à 20 ou 22 ans ne sont pas les mêmes que celles à 38 ou 40 piges. Et puis c'était un style qui était lié à une certaine période dans l'histoire de la musique, des sonorités qu'on n'entend plus beaucoup maintenant, un style à cheval sur le punk rock et la pop tendue, c'est un peu daté, donc ça serait bizarre de se dire : "ok, on remonte ce band là". Honnêtement, je ne verrais pas l'intérêt de faire ça même si les sensations sont fortes sur ces dates c'est clair…

Gui : Honnêtement, certains rêvaient de cette reformation : vous êtes vous dit  "et si ça marche pas, qu'est ce qu'on fait" ?

Sam : On ne se pose pas toutes les questions que vous vous posez, ha ha! Moi, j'étais en train de répéter avec Demon Vendetta l'année dernière, j'étais chez mon pote Franz (le bassiste de ce groupe) à Colmar en Alsace… après la répet', allongé, peinard, à glander sur facebook, j'ai vu que Bombled était connecté, je lui ai simplement envoyé un message ultra direct, genre "Mec, t'es ready, là ?". Il m'a répondu  "yes", on n'a pas fait un tour de table ni une réunion au sommet, ça a été très spontané. Sylvain m'a dit : "j'en parle à Lutin, je te tiens au courant dans les cinq prochains jours". Cinq jours plus tard, il m'appelle et me dit : "J'ai vu Lutin, il est chaud". De mon côté, je savais que Fred Allerat allait être ok. On attendait ensuite la réponse de Jon, mais à aucun moment on ne s'est posé la question de ce qu'allait en penser les autres, si ça allait marcher ou motiver des gens, du public, etc. Si ça nous fait plaisir de le faire, c'est déjà un bon truc, c'est le principal. L'idée de rééditer le catalogue s'est développé en même temps, tout a roulé avec fluidité, tout s'est enchaîné avec naturel.
Donc on avait envie de le faire car c'était lié à la sortie de ces disques, ouais, et parce qu'humainement on avait envie de le faire. Ce qu'en pense les autres, de ma musique, de ce que je fais et de comment je le fais, perso' je m'en carre complet. Je joue pour moi, je tourne pour moi, je fais des disques pour moi, j'écris pour moi. Point. Bon, ça me fait super plaisir quand on me dit "j'aime bien ce que tu fais" ou "j'ai trouvé le concert cool" mais ce n'est pas le but premier, le but premier c'est de vivre des expériences, de bouger, d'essayer, de faire, de construire, de vivre quoi…

Sylvain : je n'ai pas tout à fait le même point de vue mais je comprends ce que Sam veut dire. Quand on s'est retrouvé dans le local, on s'était fait un petit listing des morceaux qu'on allait dégrossir. On était sensiblement sur les mêmes trucs, et il y a des morceaux que les gens attendaient qu'on a décidé de ne pas faire,  car on n'a pas envie de se prendre la tête à jouer des trucs qui ne nous procuraient pas/plus de feeling. On a donc un peu écrémé. On a fait cette liste de titres, on a répété ces songs, ces cinq dates vont passer et on va reprendre nos life. C'est plaisant de remettre tout ça au goût du jour…

Sam : Après, si la première répète avait été catastrophique, on se serait dit "Wow, ça va être vraiment chaud". Mais comme je l'ai dit tout le monde joue encore... C'est pas comme si tu appelles Nono qui est bassiste et qui revient de nulle part, qu'il n'a pas touché une basse depuis je ne sais combien de temps, ça peut arriver dans certains bands qui se reforment. Chez nous, tout le monde fait encore de la scène, et, en plus, on a tous rejoué ensemble. Pas dans les mêmes groupes, mais on a tous rejoué ensemble : Sylvain a joué avec John (Napoleon Solo), avec Lutin (Generic), moi j'ai joué avec Fred (Lost Cowboy Heroes, Teenage Renegade, Billy Gaz Station, Simon Chainsaw), j'ai aussi rejoué avec Sylvain (sur le premier album de BZP).

Sylvain: on savait forcément que ça allait fonctionner…

Sam : dans ce contexte, il n'y avait pas une grosse prise de risque au niveau de la cohérence…

Gui : votre discographie est rééditée en vinyl. Quid spécial ? Qui est à la base de cette réédition ?

Sam : on voulait rééditer le truc, sachant que ça fait au moins six ans qu'on en reparle plus ou moins sérieusement. Format CD, une intégrale, un espèce de Best-of, on ne savait pas vraiment sous quel format, tout a été évoqué. Je voulais rééditer car ce n'était plus disponible, ça c'est le point de départ. Après, ça s'est affiné quand Mr Cu! m'a dit ce qu'il pouvait faire et on est tombé d'accord sur ces vinyls. Moi, ce que je voulais, c'était qu'il y ait des photos d'époque, qu'il y ait un texte qui remette dans le contexte car tout le monde ne connait pas Second Rate, on n'est pas les Rolling Stones, loin de là. En fait, c'est une niche dans la scène, et il y a des gens qui vont tomber sur ces disques et qui ne comprendront pas ce que c'est, c'est bien de remettre dans le contexte et d'expliquer clairement ce que tout ça a représenté pour nous. Car c'est une musique d'une autre époque. Après, on a terminé le boulot ensemble sur des photos, sur des textes, sur comment grouper les morceaux de compilations, de splits, par période, par line-up, et les deux albums les isoler, etc.

Gui : pas d'inédits ?

Sam : On n'en a pas ! On a quelques live dégueulasses, ça sert à rien. Les live pris en console à l'époque, genre des DAT, mais bon, c'est préhistorique et anecdotique…

Sylvain : je dois avoir quelques pépites comme ça aussi, mais qui ne sont pas intéressantes, ni écoutables…

Sam : moi j'aurais bien aimé mettre les démos, mais clairement, manque de place, car les démos ont un intérêt pour les collectionneurs et les archivistes et parce qu'au départ, c'est Jon qui chante, et non Sylvain, qui a chanté après. On ne pouvait pas les mettre car il fallait rajouter une galette : donc à part les deux démos (7 titres en tout), une cover de 7 Seconds (Young 'til I Die), un inédit sur un maxi, et une cover de Portobello Bones (que l'on n'a pas retrouvée !), on a tout mis.

Gui : Réédition toujours : vous les flying, premier album réédité en vynil : même question...

Minmin : c'est un ami à nous, Thibault Gillard, qui s'occupe un peu de nos dates, qui nous file des coup de mains, qui aime bien ce disque là et comme il n'est pas sorti en vinyl, il nous a demandait si ça nous branchait de ressortir la version en vinyl. On s'est dit : "ouais, pourquoi pas, c'est l'occasion, on ne l'a jamais fait, c'est une bonne idée". Lui nous proposait de financer ce truc et du coup, ça s'est fait assez rapidement et c'est très bien tombé car à peu près à la même époque, quelques semaines après, on apprenait qu'on allait se faire une date avec Second Rate. On avait dans un coin de la tête le fait que si il y a ressortie de ce disque là, on se fera quelques dates où ça joue uniquement cet album et du coup, ça tombait super bien car on va le faire avec les copains de l'époque et ça plaira à tout le monde. En plus, comme on avait fait que neuf titres sur l'album qui était assez court, on s'est permis de rajouter quelques titres sur le vynil (4 en l'occurrence : une reprise de Joyce et les conquérants de la lumière sortie à l'époque chez Prehisto, un morceau de l'émo glam 2 également à la même époque et plus dispo non plus, une reprise de Shane Young totalement inédite jamais sortie et un autre morceau qui devait être sur un split avec I'm Afraid qui est pas sorti à l'époque, uniquement en digital. Du coup, deux inédits et deux vieux morceaux !

Gui : Still active est également votre actu : comment le disque est accueilli sur scène ?

Mimi : on n'a pas encore assez de recul par rapport au public. Dans l'ensemble, je dirais que ça plait. Ce que j'en dit, c'est que c'est un album qui est plus aéré de manière générale, et je le prends comme un retour aux sources même si il y a à boire et à manger dans ce disque. On voulait faire un truc plus aéré mais pour l'instant, j'ai lu quelques bonnes chroniques. Après, je rejoins Sam sur le coté "je joue de la zik pour moi" car moi aussi, je joue pour ma gueule. J'en ai plus rien à faire de ce que les gens pensent. Mais oui, ça fait plaisir.

Sam : c'est quand même dur de se dire, dans notre circuit, à notre échelle : " qu'est ce que vont en penser les gens ? ". C'est super déplacé. J'espère qu'il n'y a pas de musicien qui se pose cette question.

Gui : mais quand tu sors un disque, tu fais attention à la prod', à la pochette...

Sam : ouais, bien sûr, c'est autre chose, mais ce que vont en penser les gens, tu t'en fous de ça, enfin si tu as une once de personnalité…

Sylvain : quand tu es un groupe en France, un group indé, que tu as suffisamment de bouteille et que tu es toujours vivant, ce qui t'animes c'est de jouer. Après, le contenu, peu importe : il te sert à tourner, à te donner des sensations, de retourner sur la route.

Sam : je ne pense pas que les gars des Flying Donuts, dans leur local, se sont dit : "mais qu'est ce que vont en penser le gens ?", mais plutôt "on va encore refaire un skeud car on a encore des trucs à proposer, de nouvelles songs, et on a envie d'être sur la route de temps en temps". Je ne pense pas que vous vous soyez dit "mais qu'est ce qu'ils vont penser, les gens ?"… Sans dèc'… rassurez-moi, ha ha ha…

Minmin : ouais, c'est vrai.

Gui : cela fait 18 ans que vous êtes là ( Sam : " ca s'est beau déjà. J'ai lu ça sur un flyer, wow, respect ! " ). Qu'est ce qui a changé dans le circuit indé français depuis 10 ans que les Rate ne sont plus là même si effectivement, ils sont là mais avec d'autres bands.

Minmin : les gars ont moins de cheveux ! Qu'est ce qui a changé ? Pas grand chose. Après, les asso' sont différentes, le public est un peu différent, mais au final, c'est toujours un peu la même chose.

Sylvain : je me permets une question : vous vous apercevez que c'est toujours les mêmes mecs qu'il y a dix ans qui vous faisaient tourner, il sont toujours là ?

Minmin : non, justement, beaucoup ne sont plus là mais il y en d'autres qui prennent le relais. Après, on se rend vite compte que les deux dernières années avant la sortie du nouveau disque, on ne s'est pas arrêté, on a toujours répété, mais on a pas tourné, on a fait très peu de dates, et là, tu perds très vite le fil des contacts des gars car les mecs qui organisent, les mecs des groupes, ça change pas mal car ce sont souvent des activistes qui jouent dans des groupes.

Sam : mais là je pense que c'est différent. Il ya douze ou quinze ans, c'était plus un " tissu associatif ",  où tu avais un mec qui te contactait,  ses potes lui filaient un coup de main, sa copine avait préparé à bouffer, le p'tit costaud du coin faisait la sécu', le groupe d'un des gars chauffait les planches, etc. Maintenant, depuis Myspace grosso modo, c'est souvent un seul mec qui gère. Tu deales avec un activiste ou un mec isolé. Quand on a commencé avec Second Rate, c'était majoritairement des asso', cinq ou six mecs t'attendaient et  t'accueillaient : " salut les gars, moi je fais les lights, moi j'ai préparé la bouffe, moi j'ai affiché, moi je fais le son, etc."

Minmin : tout dépend d'où tu joues. La semaine dernière par exemple, on a joué dans un fest' de cambrousse, c'était complètement ça : les mecs étaient pas associatifs car ils n'avaient pas le support, mais c'était toute une bande de potes qui avaient tous un boulot différent.

Sam : maintenant, c'est souvent un mec qui a un groupe, et la " scène ", globalement je dirais, a relativement changé je pense… Et c'est souvent les mêmes groupes qui jouaient à l'époque, que l'on rencontrait aux quatre coins cardinaux…  il y a encore beaucoup de vieux sur la route en fait. Avant, pour faire la promo de ton disque, tu n'avais pas les sites, les machins, les bidules, il fallait que tu joues, tu imprimais des flyers, tu bricolais un truc avec le mec de ton label et let's go. Et il y a des mecs de notre âge qui sont toujours là, ils tournent peut être moins mais moi je vois souvent les mêmes gueules en fait... Il y a moins de jeunes, non ? En tournée j'entends… Avant, tu allais jouer à Niort, et deux semaines plus tard, tu étais à Toulouse, et tu tombais sur le même band ! On s'est rencontré comme ça à l'époque avec une partie de la clique Emo Glam Connection. Mais là,  du coup, c'est rare de tomber deux fois sur un même groupe sur une même tournée, un groupe de jeune je veux dire, la nouvelle scène punk hardcore. Alors, peut être qu'ils vont davantage jouer à l'étranger, dans les pays de l'Est, etc.,  car avant ça se faisait moins, voir pas du tout. Avant, quand tu partais jouer à l'étranger, c'est que tu avais un contact à l'étranger, un label, un tourneur, une connexion, c'était super rare et que pour une poignée de bands… aujourd'hui, tu as la moitié des jeunes groupes qui vont jouer dans les pays de l'est alors que les mecs n'ont encore pas tournés en France, ou ne compte pas tourner en France, tout simplement... et les mecs te disent " en France ça craint on ne peut pas tourner "… bizarre…

Gui : Et pour les moyens : pas deportable, pas internet, pas myspace ou bandcamp en 96 ou en 2000 : êtes vous nostalgiques de cette époque ?

Minmin : Ouais mais envoyer des K7, ça fonctionnait très bien aussi. Nostalgie ? Moi, non, absolument pas.

Mimi : moi oui, car il y a beaucoup plus d'imposteurs aujourd'hui. C'est un paradoxe car c'est un bon moyen de communication mais il y a beaucoup d'imposteurs aujourd'hui, que ce soit des musiciens, des organisateurs. Mais là tu as la vision du mec qui n'a jamais décroché un téléphone pour trouver un concert, je ne l'ai jamais fait.

Minmin : aujourd'hui, on a des moyens pratiques mais il faut les prendre comme c'est, ça ne remplace pas tout non plus et oui, ça t'évite peut être d'envoyer des disques à un certain moment où tu peux envoyer un support digital pour ceux qui l'acceptent.

Sylvain : dans les années 90, faire ça, ça te forgeait de faire cette démarche. Tu faisais de la musique, tu voulais jouer, et tu savais que tu devais te sortir les doigts du cul, mettre sa démo dans sa petite enveloppe kraft, rappeler la salle...

Sam : des fois, le mec écoutait ta démo devant toi, vraiment chelou, genre un rituel sacré, ha ha ! Au début, on allait dans les cafés- concert de cambrousse, on avait pris rencard avec le taulier ou la taulière, on arrivait tout penauds… "je vous sers un café les jeunes ?"… le mec écoutait, et nous on était là,  comme des cons, à attendre le verdict…  après le gars balançait  "bon ok, on cale quand ?" et là, il sortait son planning "ça va les jeunes le 15 décembre ?" "ouais ouais, on est dispo", let's go, ha ha ha. A l'ancienne, quoi !  Donc ça, ça faisait partie du truc, ce rituel de la recherche de concert. Avec Second Rate, on fait partie de la dernière génération de groupes dont le parcours à suivre était clair, c'était " tu répètes au local, tu sors une démo. OK. Tu vas jouer dans des spots locaux, tu fais des premières parties. Ensuite, tu sors un 45 tours. Ensuite, tu sors un mini CD. Et seulement après tout ça tu sors un album si la sauce prend "… voilà l'ordre des choses dans les 90's, les différentes étapes à suivre… et je pense qu'on fait partie de cette toute dernière génération qui fait le pont entre les 90's et les années 2000. La manière de faire a beaucoup changé, c'est sûr. Et nous, on a connu tous ces supports. K7, split single, EP, du vinyl quoi,  et ensuite 4 titres sous forme de MCD car on n'avait pas de thunes pour faire un album complet correct, il nous  fallait d'abord une carte de visite. Et là, t'étais mûr pour franchir le cap du premier album. Et après notre génération, les cartes ont été brouillées, tout s'est accéléré : tout le monde sortait un album directos, avec du merch tout de suite. Mais est-ce mieux ou moins bien ? Je n'en sais rien, c'est juste que notre génération fonctionnait différemment. Et les générations précédentes, c'était encore un peu différent, encore plus galère pour sortir un truc potable…

Sylvain : après, le support actuel est plutôt sexy. C'est facile : tu es chez toi, tu te lèves en slip, bing, t'envoies tes trucs, tu es pas obligé de faire des démarches longues et douloureuses, financièrement parlant, pour faire passer ta musique. Sauf qu'effectivement, il y a pleins d'autres mecs qui le font aussi depuis chez eux, et qui eux arrivent avec un bon facing, un bon concept, à vendre du rêve aux gens et forcément, il y a de la pollution, du parasitage…

Sam : il y a plus de monde sur la route et dans les bacs, mais paradoxalement, comme je le disais dans la question précédente, il y a moins de groupes sur lesquels tu tombes encore et toujours. Comme je le disais tout à l'heure, tu jouais dans le nord et quinze jours après, tu retrouves un band dans le sud : "oh les gars, vous êtes là aussi ?!".

Sylvain : les groupes des 90's avaient cette envie d'avoir cette espèce de reconnaissance des plus vieux. Ce qui me motivait, c'était de faire comme tel ou tel groupe, monter dans un camion, partir...

Sam : Comment ont-ils fait, ces groupes ? Nous on regardait derrière, on ne regardait pas devant. On n'essayait pas d'être originaux et de casser la règle du jeu : on regardait quatre ans ou cinq ans en arrière, c'était la génération des Thugs, Burning Heads, Portobello Bones, Seven Hate, Sixpack, Bushmen, des groupes que l'on a d'ailleurs rencontré sur la route avec SR… Comment ils faisaient, eux ? C'est la question qu'on se posait… et on dupliquait leur technique, ah ha ! Les premiers " gros " groupes qu'on a rencontré, c'était ces groupes là. On avait les yeux et les oreilles ouverts, à l'affût. Ils faisaient comme ça? Ok, on va faire pareil ! Dès le début, on a vu que ça bricolait, que ça tenait à rien toute cette scène, et dès le début on s'est dit qu'on pouvait bricoler aussi. Quand on parle de Second Rate, aujourd'hui chez certains zineux ou certains activistes, j'ai l'impression que certains mecs ne font plus la différence entre Burning Heads, les Thugs et Second Rate !!! Dans le même panier ! Attention, ce n'est pas la même division au niveau popularité! On est venu bien après, on se revendiquait de ces mecs, pas de leur zique forcément, mais de leur façon de faire… Certains mecs plus jeunes mettent ça dans la même case, mais je le redis, ce n'est pas la même génération ni la même catégorie…

Gui : vous avez joué avec les $heriff il y a peu, vous jouez quelques dates avec les rate : que vous inspire cette élan de nostalgie, de reformation, vous qui êtes toujours dans le circuit ?

Minmin : ça ne nous inspire pas grand chose. ça nous fait surtout plaisir de rejouer avec les copains et de faire des dates avec eux. Après, je n'ai pas spécialement d'avis sur la question. Quand j'ai appris que les gaillards se reformaient pour cinq dates, ça m'a fait plaisir. Après, je sais pertinemment qu'ils n'essaient pas de remonter un truc pour voir s'ils peuvent le refaire plus tard. Je sais qu'ils sont tous passés à autre chose. Mais je suis content de revoir ces morceaux là, quelques années après, car ça me rappelle plein de choses, comme pour beaucoup de gens qui viennent pour partager ce moment là ensemble. Le fait de jouer avec les $, c'est encore un autre délire car ce sont des mecs qu'on ne connaissaient pas, c'est une autres génération, bien avant nous. Le premier concert quand j'avais quatorze ans, c'est les $. Comme le disait Sam, c'est en voyant des concerts des $ que ça m'a donné envie de faire de la musique et du punk rock, car c'est quelque chose qui m'attirait. Et à cette heure ci, jouer avec eux, c'est quelque chose. J'étais comme un gamin de douze ans quand je suis allé voir le chanteur pour lui dire "hé mec, le premier concert que j'ai vu, j'avais les cheveux verts, j'avais quatorze ans, mon père m'a emmené". Pour moi, ça représente quelque chose. Après, c'est impressionnant, ça joue devant 1600 personnes car chez eux, c'est la messe, mais ça change pas grand chose à la face du groupe : la veille, on était dans un bar de 50 personnes, et le lendemain aussi !Gui : vos deux groupes sont à l'origine projets Emo Glam Connection. L'esprit de famille est il remis au goût du jour avec Kicking ou GPS Prod' créant une sorte de " famille " ?

Sylvain : c'est une espèce de continuité. Après, l'esprit de famille est peut être plus difficile à voir comme on avait pu l'avoir à l'époque car on se croisait beaucoup plus. Après, il y a des labels comme ça qui existent et qui font vivre l'esprit…

Minmin : Emo Glam Connection n'était pas un label mais plusieurs personnes se regroupant pour faire des choses ensemble. Kicking (fest, records,…), c'est une seule personne, Mr Cu!, qui sort des disques des groupes, et pour la promo de ces disques là, il rassemble tous ces groupes. Après, on s'entend tous bien.

Sam : Ce gars, Mr Cu !, est de la génération des Sheriff, ils tournaient avec eux à l'époque, OTH et tout ça… aujourd'hui, il a bouclé la boucle.

Gui : mais avec Kicking, on peut parler de ramifications ?

Sam : dans les styles oui. Dans ce qu'on jouait, on était influencé par des trucs californiens  mais aussi par la scène du Midwest,  et c'est là qu'on voulait aller, ça et la scène française des darons. Cu!, c'est pareil : il aime autant SNFU que Portobello Bones ou Sleeppers. C'est cet esprit qu'on appelait le " rock indé " avant que ça ne devienne une insulte. Aujourd'hui, c'est un terme que je n'aime plus du tout, qu'on utilise pour la musique, comme un style prédéfini… " je fais de l'indé "… ça veut dire quoi ? Mais ça s'appelait " rock indépendant ", " scène indépendante ", il y avait un truc autour de ce terme, c'était une alternative à un rock de major, à de la zique pourrie et sans âme. Maintenant, quand tu dis ça, c'est super générique et ça ne veut plus rien dire, le terme " indépendant " est totalement vide de sens de nos jours... tout le monde est indépendant.

Sylvain : rock indé, c'était vraiment un style musical en plus…

Sam : Pour la clique Emo Glam Connection, c'était ça et c'était aussi sur un délire quand on voyait tous ces groupes de daubes, ces street team dans le néo metal de l'époque,  c'est venu de ça. Une parodie, un pastiche, clairement. Genre, ça ne veut rien dire ! On a fait quelques soirées, des concerts, des compilations, mais ça n'allait pas plus loin que ça. Des gens avaient l'impression que c'était un truc méga organisé, quasi une secte, pire, un truc d'intermittents du spectacle, ha ha ha…  en fait, c'était un délire, juste une poignée de groupes issus de la scène punk rock mélo française qui se refourguaient des plans.

Minmin : a notre niveau, ça nous a permis, même si on existe depuis 96, de faire les premières dates avec les Rate, de rencontrer ces gars qui étaient un peu plus âgés, et du coup, il y avait plus de connexion, ils arrivaient plus à sortir de chez eux, et c'est Sam, avec son label Vampire Rds, qui nous a un peu poussé à l'époque, qui a sorti notre premier album.

Sam : mais c'était trois fois rien : juste aller dans les villes où on jouait et dire : "tiens, hier, j'ai joué avec Flying Donuts, j'ai trouvé ça mortel". C'est juste ça. Le mec notait l'info dans un coin et quand il écoutait le disque des FD, il disait "ah oui, effectivement, le skeud Last Straight Line, ça défonce" … je n'ai rien fait d'autre pour ce disque, à part en parler dans des interviews, mettre le skeud sur notre stand, écrire quelques reviews ici et là, et leur donner quelques contacts pour jouer en France et pour poser leur disque dans des distros. Je n'avais pas de blé, je ne pouvais pas faire plus. Il y avait quelques têtes qui sortaient, genre Dan Kerozène par exemple. Si tu étais dans les petits papiers de Dan dans cette scène, ça faisait du bien, car Kero, c'était une sorte de Bible du rock indé, noise, punk mélo, hard core, etc. Une page dans Kero et bam tu recevais quelques commandes de disques et des mecs te contactaient, t'invitaient à jouer ici ou là…. A la fin du magazine, Dan jetait le nom Second Rate toutes les quatre pages, ha ha ha, bah ça nous a bien aidé. Il faut le dire clairement. C'est comme ces groupes de hardcore ou un peu plus bourrins qui étaient épaulés par Overcome. C'est la même chose. Kero, c'était l'Overcome de la scène indé et du punk mélo. Ca avait le même poids en France. Donc, dans le hardcore, si tu avais David d'Overcome dans la poche, tu étais bien. Et de l'autre côté, si tu avais Dan, c'était nickel. Ca tombe bien, on était le groupe préféré de Dan, ha ha ha !

Gui : en 2014, les Flying, ne vous sentez vous pas seuls ?

Minmin : non pas spécialement, justement, on trouve qu'on s'en sort pas mal. Cu! est arrivé après, mais c'est toujours comme ça : des connexions, tu tombes sur des gens avec qui ça se passe bien et qui ont envie de bosser avec toi. On peut en citer pleins : Peg de GPS, Dan,...

Sam : Peg, on l'a croisé sur la dernière année de concerts des Rate, dans le public, en Suisse. Et c'est ce genre de mec qui venait acheter des disques, qui grattait dans les bacs du stand, qui discutait avec nous aux shows. Et trois ans plus tard, c'est le mec qui te fait jouer avec ton nouveau groupe, et cinq ans plus tard, c'est l'activiste principal de sa ville qui organise de gros shows avec de la pointure ricaine et 10 ans plus tard, il est toujours là, à filer des coups de mains pour sortir des skeuds, à bricoler. Sans Peg, jouer à Genève, c'est compliqué. Je ne veux pas dire qu'avant, dans chaque ville, il y avait un mec comme ça, mais presque ! C'est en baisse, ou alors c'est une nouvelle scène… peut-être… il y a un fossé générationnel quand même…

Minmin : oui, c'est ça. Beaucoup de gens se renouvellent, et on ne les connait pas. Franchement, quand on n'est pas en tournée, je ne regarde pas ce qui se passe dans telle ou telle ville.

Sam : Yes, après c'est sûr,  on est resté un peu sur nos acquis... Mais bon, est-ce que moi, ca m'intéresse d'être tout le temps avec des gamins de 22 ans ou de dealer avec des gars de 22 ans pour des concerts ? Honnêtement non. Je préfère qu'un organisateur soit de ma génération, qu'on soit sur la même longueur d'ondes sur plein de trucs. Quand tu as quarante piges et que tu es encore sur la route comme quand tu avais 20 piges, et que tu tombes sur des gamins, il y a un fossé générationnel, c'est évident…

Minmin : après, ça peut être très intéressant, ça peut très bien se passer mais du coup, le fait de prendre de l'âge, on ne s'intéresse pas forcément à ce que fait la génération qui vient après.

Gui : Second Rate : de quoi êtes vous le plus fier ? quel est votre plus grand regret ?

Sylvain : je ne regrette pas grand chose. On a fait ce qu'il fallait faire au moment où il fallait le faire. Le dernier album est sorti de manière chaotique. Un meilleur enregistrement aurait été cool, mais voilà, j'avais pris des décisions juste avant de rentrer en studio, ça a changé la donne. Ce n'était pas prévu de faire machine arrière sur ce niveau là. Moi, je ne regrette rien. Je suis fier d'avoir laissé une petite trace, qu'un mec vienne te taper sur l'épaule en disant " je suis super content, je t'ai vu dans un autre groupe il y a dix ans, c'était cool, tiens t'as encore un skeud, fais voir..." Et ça, dix ou quinze ans après. C'est long dix ou quinze ans.

Sam : tu es à 800 bornes de chez toi, il y a un gars qui vient te dire "mec, j'étais là en 99 dans le rade où vous aviez tout cassé, tu te souviens ?". Et le concert, il s'en rappelle, il a passé une bonne soirée. Ca l'a marqué au point que plus de dix ans après, il s'en souvienne, il te le dise et que ça lui fasse encore plaisir d'évoquer tout ça. Ma seule fierté, c'est ça. Le reste, euh...moi je suis fan de musique, je suis pareil que tout ces mecs ou nanas qui viennent nous dire des trucs cool au stand après les concerts… quand j'étais plus jeune, je voyais des groupes jouer dans des rades ou des clubs, je regardais les mecs, ça me faisait de l'effet. Dans mon bled, c'était Original Disease. J'étais au lycée à l'époque, je savais qu'ils allaient jouer avec $heriff, avec Mega City Four, avec DOA, etc., ils avaient un peu de presse nationale, ça me faisait rêver....j'étais comme un fou. Je les voyais dans le bar du bled, pour moi c'était des extraterrestres. Et Cu! était dans le lot. Maintenant, c'est un peu pareil, il y a des jeunes qui nous regardent et se disent "ouah, ces gars là, ce sont les gonzes de Second Rate" alors qu'on a certainement des tafs plus pourris qu'eux, ha ha ha…  et qu'on joue certainement moins bien qu'eux… ha ha ha…  Tu vois ? C'est un peu décalé des fois.
Mais il y a cette fierté d'avoir enregistré des disques avec des potes qui sont toujours là et le truc s'écoute encore, c'est loin d'être parfait, mais c'est encore solide, et ça procure encore des sensations aux gens, car la musique, c'est ça en fait, c'est le truc ultime…. Nous, là, en ce moment, sur ces dates, on se dit "merde, le troisième break et l'intro de la song, on était un peu chauds quand même", mais tout le monde s'en tape, ce qu'ils veulent c'est voir ces 4 mecs jouer ensemble sur une même scène et envoyer ce vieux son emo punk du siècle dernier et se laisser submerger par cette douce nostalgie. Le break foiré, à la limite, il n'y a que moi que ça va empêcher de dormir, ha ha ha. Et finalement, la musique, c'est fait pour ça, cette histoire de sensations et d'émotions. Ca c'est important. Après, il n'y a aucun regret, c'est dommage d'avoir des regrets dans la vie, pour toute chose, pour toute période. La zik est faite pour avoir des souvenirs et des expériences, et ce groupe là, Second Rate, ça nous a permis d'avoir vécus de sacrés trucs à un âge où c'est cool de le faire, vivre de sacrés expériences et d'avoir un paquet de souvenirs vraiment barges… ressentir de bonnes sensations, et en balancer aux autres aussi.

Gui : Les Flying, dans deux ans, ce sera les 20 ans : quelque chose de spécial en vue?

Minmin : Non, on en sait rien. Peut être qu'un mois avant, on se dira "tiens ça serait cool de faire un concert".

Sam : ce qui est ouf', c'est de jouer ensemble 18 ans sans changement de line-up… et dans le rock français, ça c'est un truc vraiment isolé, il y en a très peu… vous êtes les seuls, même, il y a un record là, non !??

Minmin : rien de prévu, mais Peut être que ça nous donnera des idées !!!