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INTERVIEW NASTY SAMY pour le site VICE MAGAZINE (interview complète)

[Ci-dessous l'entretien complet, non coupé, non édité, qui est paru (en version beaucoup plus courte!) sur le site de VICE MAGAZINE, dans le cadre d'un article nommé "Pourquoi j'aime vraiment la Série B" où il y est question de films d'horreur, de VHS, de fanzines, de salles obscures et de mondes imaginaires restés intacts à l'âge adulte...] Interview réalisée par Nicolas Milin.

Question chiante mais nécessaire, peux-tu te présenter ?

Je vais synthétiser. Je m'appelle Sam, aka Nasty Samy, aka Raymond Derry, mes alias dans la presse. Je suis musicien (guitariste et bassiste), journaliste pigiste, j'édite un fanzine, gère une petite structure d'édition et j'anime un podcast (Now It's Dark). Je joue actuellement dans The Black Zombie Procession (Thrash/Crossover Hard Core/Horror Rock), Demon Vendetta (Surf Music) et Cab Driver Stories (Power Pop), je suis sur la route en tournée, ou en studio, depuis un peu plus de 15 ans maintenant avec divers groupes (français ou étrangers), dans pas mal de styles différents, mais tous affiliés de près ou de loin au Rock. J'écris dans les magazines New Noise, Rise et R.A.D, je publie mon pro zine Everyday is Like Sunday une fois par an environ et j'ai écrit le livre « Continental Divide » (sorti en 2011), co-écrit et co-publié le livre « Explosion Textiles - Mon premier T-shirt de groupe » (sorti en 2013). Je collabore également aux fanzines Zone 52, Cathodic Overdose et Slime Zine. Je co-gère aussi, depuis peu, avec trois potes, la programmation du Sinister Ciné Club dans un cinéma de Besançon. J'édite des fanzines depuis 1998.

Comment t'es venue la passion du cinéma de genre et la découverte du fanzinat, des videos clubs et de tout ce qui s'ensuit ?

Je fais partie de la génération qui a vu exploser le support VHS et les vidéos-clubs, mon enfance et mon adolescence ont été fortement impactées par ça. Je suis né à la fin des années 70, j’ai 38 ans, j’ai donc été façonné par toute la culture des années 80. Marqué à vie. J'écoutais du Metal (Hard Rock, Heavy Metal, Thrash et Death Metal) et du Punk, je lisais des comic books, des romans fantastiques et d'Heroic Fantasy, et je louais des films d'horreur ou d'action les mercredis et samedis après-midi avec mes potes. Pour moi, tout était lié, c'était un ensemble indissociable. Et ça l'est encore. J'habitais un petit village à la frontière suisse, où il n'y avait qu'un seul petit cinéma... On a vite compris, mes potes et moi, que les vidéos-clubs seraient la solution à quelques-uns de nos problèmes.

Cela dit, pas mal de films d'horreur atterrissaient dans ce petit ciné, certains Freddy par exemple, des trucs de ce genre et de ce calibre, de l'horreur plutôt grand public mais de l'horreur quand même, c'était plutôt populaire à l'époque. Je lisais aussi beaucoup de presse, depuis très jeune, des magazines sur la musique, sur la BD et sur le cinéma, Mad Movies en tête (premier numéro acheté vers 15 ans, en 91/92), et de temps en temps l'Ecran Fantastique et quelques numéros de Fantastyka.

En ce qui concerne les fanzines, j'ai découvert ce medium assez tôt également, mon père m'en avait ramené un d'une convention BD ou littéraire, je ne me rappelle plus vraiment… ça s'appelait Maelstrom, et c'était dédié aux univers du polar et du roman noir si mes souvenirs sont bons. Ensuite, un peu plus tard, quand j'étais à la fin du lycée et en Fac, j'ai découvert les fanzines de la scène musicale indépendante (Punk/Hardcore/Rock, etc.), avec des publications telles qu'Earquake et Abus Dangereux. J'ai découvert les fanzines liés au microcosme ciné Horror/bis quelques années plus tard.

Beaucoup de passionnés viennent de l'école Hammer et des péloches des années 60 et 70. Toi tu viens plutôt de celle des 80's, avec ses slashers et ses rednecks. Tu as grandi avec ça ?

Tout dépend de quelle génération ils sont issus, ça me paraît plutôt logique. Comme je te le disais, j’ai construit ma culture ciné avec ce qui sortait dans les années 80, au moment même où je découvrais ces films. Donc oui des Slashers, bien entendu, il y en a eu une grosse vague à l'époque. Mais aussi et surtout tout le trip Splatter Gore, avec Street Trash, les films d'Hennenlotter, les premiers films de Peter Jackson, Re-Animator, les films de Yuzna, C.H.U.D, the Borrower, ce genre de trucs qui sortaient entre le milieu des années 80 et le début des années 90. Et bien sûr, tous les « gros » noms des années 80 qui étaient hyper bien placés sur les rayonnages du rayon « Horreur » des vidéos-clubs que l'on fréquentait, des films comme Hellraiser, la série des Freddy, Phantasm, les Chucky, les Vendredi 13, Halloween, the Lost Boys, Cabal, Le Blob (le remake, donc), Tremors, pour n’en nommer que quelques-uns, ainsi que tous les B-Movies qui tapaient dans la même gamelle que ces gros noms, mais pas avec les mêmes budgets ! C'était vraiment du tout venant à l'époque, ce n'était pas spécialement perçu comme de la sous-culture référencée, juste comme de la culture populaire de base.

Pour synthétiser je dirais que j’adore les monstres, classiques ou plus modernes, c’est vraiment ce que j’aime dans les films. Je me considère comme un monster kid, comme le nomme les ricains. Pour revenir sur ce que je disais, les films Hammer et Universal n'étaient pas très bien représentés dans les vidéos-clubs à l’époque, les back catalog de ces firmes étaient difficilement trouvables... On louait ce qui sortait, tout simplement, on était tributaire de l’actualité VHS, et c'est une période où le Slasher était bien présent et où le gore crado (ou rigolard) explosait. Ça a laissé des traces indélébiles chez moi.

Les films Hammer et Universal ont connu une espèce de petit revival, ou tout du moins un regain d'intérêt, dans la sphère ciné horrifique/bis,quand le Net a vraiment explosé puisqu'on a commencé à voir ici et là des sites spécialisés qui dépoussiéraient ce genre de vieux films et qui remettaient un peu de lumière dessus... même si les magazines faisaient de temps en temps des dossiers sur ces sujets, mais ça restait quand même un truc de darons à nos yeux quand on était ado’. Ensuite, avec l’arrivée du support DVD, ces films ont connu une seconde vie via des rééditions, des coffrets, des nouvelles collections, etc. Mais attention, je suis un énorme fan du trip horror old school. C'est certainement ce que je regarde le plus, en fait. J'ai d’ailleurs le logo de la Hammer tatoué sur le poignet. Seulement, je ne vais pas te faire croire que j'ai découvert ça quand j'avais 13 ans, c'est venu plus tard.

Je suis aussi un gros fan de Roger Corman, de William Castle, de Charles Band, de Fred Olen Ray, de Jim Wynorski, de Jean Rollin, tous les artisans bricoleurs hyper productifs en fait, qui se contrefoutent du « culturellement acceptable ». Je respecte vraiment leurs carrières. Ils sont inspirants.  Pour être tout à fait clair et franc, mon film préféré de tous les temps est Conan the Barbarian de John Milius, suivi de peu par Red Dawn, du même réalisateur… juste pour dire que je ne m’enferme pas dans une petite case ou un certain style quand il s’agit de mes goûts ciné.

Ton fanzine Every Day is Like Sunday a une approche très personnelle, une sorte de journal de bord, puisqu’entre des interviews d'artistes que tu apprécies, tu chroniques à la première personne et collabore avec des potes, ton fanzine respire l'amour du genre, la passion. Comment définit tu ton fanzine et donc plus globalement ton approche du cinéma ?

Mon fanzine n’est pas uniquement ciblé sur le ciné. J’y traite également de musique (Hardcore/Punk/Metal.Rock et affilié), de comic-books, de graphic novels et de littérature. J’y traite de culture souterraine, au sens large du terme. Le cinéma y tient une place importante mais j’appuie bien sur le fait que ce n’est qu’un sujet parmi d’autres. Comme je le disais précédemment, tout est lié. On parle là du domaine du fantastique et de l’imaginaire… et ça inclut autant la BD, la musique, la littérature que le cinéma, c’est pour moi une évidence. Je place clairement la littérature et la musique devant le cinéma, si on doit établir une échelle de valeur… mais le cinéma a toujours été très important pour moi, et il le sera toujours, bien que je le considère principalement comme un medium de divertissement pur. Je suis beaucoup influencé par la presse culturelle des années 80 et 90, et par des zines américains publiés dans les années 90. Pour moi, les termes « fanzine » et « approche personnelle » relèvent de la plus haute logique… certains pensent que les fanzines sont des « magazines amateurs », pas du tout. C’est une vision personnelle d’un rédacteur qui écrit sur ce qui lui tient à cœur et qui essaie de le contextualiser, de le poser dans un environnement qui lui est propre. Si tu me poses la question, un fanzine doit clairement être le reflet de son rédacteur, de ses goûts culturels, de ses idées, de son approche du quotidien, il doit être biographique et renvoyer directement à des textes personnels et subjectifs. Bref, un zine doit avoir du caractère et être singulier. Si c’est pour singer ce que fait la presse, mais en moins bien, ou en plus cheap, je ne vois pas l’intérêt. L’angle d’attaque doit être différent. En ce qui me concerne, j’écris différemment selon le support, dans la presse ou dans un fanzine.   

Tu joues aussi au sein de plusieurs groupes. Musique et cinéma sont des passions qui vont de pair pour toi ?

Le cinéma de genre/horrifique/bis est de toute évidence lié au Rock, au Hard Rock et au Metal extrême. Qui a déjà écouté, regardé une pochette de disque et lu les paroles d’un groupe de Heavy Metal, de Thrash, de Death Metal, de Grind sait de quoi je parle. Ces styles sont intimement liés aux univers horrifique, fantastique et gore. On peut également évoquer les scènes Psychobilly, Surf et plus globalement Horror Rock, idem, c’est le même champ lexical, la même famille… les renvois et les codes sont évidents. Je suis toujours très étonné quand un fan de ciné Horror m’avoue ne pas aimer le Rock ou ses dérivés. Voilà une vraie bizarrerie. Le Rock/Hard Rock/Metal est au monde de la musique ce que le ciné Horror/bis est au monde du cinéma. On parle là de culture de traverse, ni plus ni moins, d’une réaction, voire même d’une opposition.

Et cette image des passionnés de films d’horreur qui écoutent du métal, c'est davantage un cliché ou une vérité pour toi ?

Alors, pour être plus proche de la réalité, je retournerais ta phrase : ceux qui écoutent du Metal regardent des films d’horreur.  Ça oui, ça me paraît vérifiable, et vérifié. Par contre, il y a beaucoup de passionnés de films d’horreur qui n’écoutent pas du tout de Metal, ni de Rock. D’ailleurs la scène française des fanzines dédiés au cinéma Horror/bis en est un très bon exemple… Chez nous, peu d’éditeurs de zines sont concernés par le Metal, en fait. Ne me demande pas de te l’expliquer, j’en suis le premier étonné. C’est un peu plus vrai aux Etats-Unis cependant, le lien entre cette musique et ce genre de ciné est beaucoup plus palpable.

Aujourd'hui, bien qu'on observe le succès de nombreux films d'horreur au box-office, ce cinéma appartient-il encore à une certaine sous-culture ou contre-culture ?

Oui bien sûr… par contre je ne vois pas vraiment de films d’horreur ayant eu du succès au box-office récemment. Si tu parles des found footage, alors là oui, mais si c’est le cas, on ne parle pas du même sujet. En fait la culture horrifique s’est faite piller et récupérer par la culture mainstream, mais seulement en ce qui concerne la forme, pas le fond. Pour le grand public, horreur = zombies. C’est l’effet Walking Dead. Est-ce que les gens qui ont acheté cette BD ou regardé cette série ont creusé le sujet ? Non, je ne crois pas. Donc, en ce qui me concerne, la vraie culture horrifique, principalement low budget, représente encore une sous culture, un truc en marge, différent, barré, bricolé, naïf, irrévérencieux, généreux, régressif, assumé, immature, plein de vie et surtout incompris par le spectateur lambda… et tant que ça sera le cas, ça restera un genre digne d’intérêt à mes yeux.

Jean Pierre Putters a-t-il été une influence pour toi ?

Indirectement, oui, très certainement. Via Mad Movies, puisque c’est le premier magazine que j’ai lu sur tout cet univers quand j’étais ado’, et, soyons clair, ça a toujours été le meilleur magazine français dans le genre… tout du moins quand Putters était encore en charge du magazine ou qu’il était encore lié au nom. J’avais bien aimé ses livres Craignos Monsters à l’époque, très fun et bon esprit, et son livre autobiographique sorti il y a deux ans, « Mad… ma Vie ! », est très plaisant à lire… mais ça n’a jamais été vraiment une influence au niveau de la plume et de l’approche. Mes vraies influences viennent de vieux magazines ou fanzines américains tels que Deep Red, Fangoria (au début), Hit-List et ce genre de publications, ainsi que les magazines français culturels des années 80/90 (tels que Rage Magazine, USA Magazine, etc.) et surtout les fanzines de la scène Punk Hardcore des années 90.

Des projets en cours ?

Toujours ! Le prochain numéro de mon fanzine Everyday is Like Sunday sort en Janvier 2016. En ce moment, je suis sur la route avec mon groupe Demon Vendetta pour finir la promo de notre nouvel album « Vigilante Surf » (tout est dans le titre, un album hautement référencé à l’univers vigilante dans le ciné), puis j’enchaînerai dans la foulée avec mon autre groupe Cab Driver Stories. Je vais passer une bonne partie des prochains mois dans un van, à vadrouiller d’une ville à l’autre. Je rentre en studio avec The Black Zombie Procession dans quelques semaines pour enregistrer un mini album, un projet musical intimement lié à l’univers horrifique lui aussi. Je travaille également sur le projet d’un énorme livre sur la scène Thrash/Death Metal originelle française (qui se penche sur les bases du genre, les défricheurs, de 1985 à 1995), un livre co-écrit avec Jérémie Grima, qui devrait sortir fin 2016. Pour le reste, des contributions dans des magazines et des fanzines ciné ou musicaux, et l’édition d’un livre gore (écrit par Zaroff, qui a déjà édité deux bombes chez les excellent Trash) dans le courant de l’année.