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INTERVIEW NASTY SAMY pour le blog/webzine ON STAGE (D


Interview Nasty Samy, en chair et en dur. (28 décembre 2008)


"Nasty Samy est ce que l’on pourrait appeler un « anthropozine », un rédacteur de fanzine/webzine, mais aussi musicien, organisateur de concerts, fan de cinéma de genre, etc... De quoi nuancer fortement la notion de rédacteur amateur propre au fanzinat. Parce que Nasty Samy n’a rien d’un amateur, comme le prouve son zine Everyday is like Sunday, web et papier (www.likesunday.com ). Voici une tentative de retranscription de plus de deux heures de discussions avec une version humaine de l’homme qui valait trois milliards… Je m’installe sur le bureau du chef, et lorgne discrètement sur l’édito du deuxième numéro papier, terminé hier soir et prêt à partir chez l’imprimeur. 200 pages noircies par Nasty Samy." (On Stage)


Ton webzine a évolué depuis sa création, tu travailles maintenant avec d’autres rédacteurs, la Nasty Team... Est-ce que tu peux expliquer comment ça se passe ?

Quand ça a commencé, il y a 3 ans de ça, c’était plus perso comme site. C’était une ramification de la colonne que j’écrivais pour le fanzine Kérosène, et un journal de bord que j’écrivais sur le site de mon groupe d’alors, Lost Cowboy Heroes. On était en pleine période de boum des blogs et je ne voulais pas que ça ressemble à ça, je voulais plus une sorte de journal de bord mais pas spécialement sur ma vie perso, plus sur la culture (disques, livres, films,bds, etc) qui me branchait. Le journal de bord, c’est un truc qui existe depuis que les gens savent écrire. Puis ce petit espace plus ou moins lié à mes activités a muté en un webzine plus « classique ». C’est aussi ce qui a marqué le début de mon travail avec d’autres, pour traiter des sujets que je ne voulais pas faire. Par exemple, le rock garage ou certaines branches du punk rock originel ou du hardcore, ça me branche beaucoup moins, mais ça pouvait néanmoins entrer en plein dans l’univers de Like Sunday. Le but, c’était d’ouvrir un peu le contenu, avec des rédacteurs qui connaissent leur sujet et dont j’aimais le travail.


Comment tu as été amené à travailler avec ces rédacteurs-là en particulier ?

Je les connais tous et ils ont déjà un passif dans des fanzines, webzines ou même radio. Certaines ont même joué (ou jouent encore) dans des groupes. Il y a deux ex-rédacteurs du webzine tousentong par exemple, le Marquis de Façade, qui a aussi son propre fanzine I hate people, et Zakky. Montag édite son propre zine Grobader… Il y eu pas mal de changements dans l’équipe rédactionnelle. Ecrire dans un zine, c’est pas aussi évident que ça en à l’air, ça demande une certaine constance, vu qu’il y a des mises à jour hebdomadaires… Donc certains se sont vite rendu compte que cet aspect-là n’était pas très fun.

 

Justement, quelles sont les conditions à remplir pour faire partie de ton webzine ? La plupart des gens se disent qu’il n’y a pas de conditions à remplir pour faire un ‘zine…

La condition à remplir, la seule mais qui est la même pour tous : il faut fournir un minimum de deux articles par mois. N’importe quoi, ça peut être des chroniques, des dossiers, n’importe quoi, je n’impose rien, mais la base c’est deux productions par mois. Il y a cette régularité à tenir. Je me souviens que ma prof de français m’avait dit qu’il fallait toujours regarder le nom des auteurs en bas des textes. vant d'en commencer la lecture. Et c’est ce que je fais quand je traîne sur les sites qui me branchent, ça me donne une idée du ton de l’article avant même de l’avoir lu… Sur certains ‘zines, je sais d’entrée quels chroniqueurs je vais lire, même si je n’aime pas le sujet dont ils parlent, juste parce que j’aime leur façon d’écrire. Le nom, c’est super important. Alors pour le webzine, je veux pouvoir écrire un même putain de nom en bas de l’article au moins deux fois par mois. Ça paraît peu, mais c’est un rythme qu’il faut tenir. Pour les gens qui ne sont pas restés sur le site très longtemps, c’est ce qui s’est passé, les gars partent comme des balles et puis me contactent en me disant que finalement ils n’ont pas le temps...

En fait, pour faire simple, les gars que j’ai contactés moi même pour leur proposer d’écrire dans ce site, à un ou deux près, ils sont encore là aujourd’hui. La plupart de ceux qui m’ont branché pour rentrer dans l’équipe , par contre, ne sont plus là.

 

Quand on connaît un peu tes activités, il y a de quoi te trouver hyper productif. J’ai l’impression que le webzine te correspond bien en ce sens, c’est un rythme de production plus intense.....

Pour faire un fanzine papier, il faut un peu moins d’organisation, parce que la parution est plus aléatoire. Un fanzine, ça sort deux à trois fois par an, voire une seule fois par an, c’est le top. Ce rythme là, c’est largement suffisant, sinon les numéros se parasitent, chaque numéro n’a pas le temps d’exister… je dirais presque qu’un fanzine doit trouver son public, contrairement à un magazine dispo en kiosque. Tu peux tomber sur un zine à un concert, dans un bar, chez un disquaire, sur le stand d’un groupe, chez un pote… Du coup, ça ne sert à rien d’en sortir trop souvent, faut qu’il ait eu le temps de voyager un peu… Donc le zine papier, tu peux prendre le temps de l’écrire, les CDs et les trucs promos à chroniquer s’entassent sur un coin du bureau, c’est pas très grave… Par exemple, pour sortir un numéro en Octobre tu t’y prends en septembre, tu abas beaucoup de boulot en un mois et ça suffit. Pour le webzine, il faut que ça aille plus vite. Le support est très différent, la durée de vie d’un article est très courte…Les gens qui lisent sur le net n’ont pas le temps de farfouiller dans toutes les rubriques, et bien souvent ils lisent en diagonale, rapidement… ils cliquent sur les derniers articles chaque semaine et seulement quand ils ont un peu plus de temps il vont plus loin dans les archives…

Bien souvent, les gars lisent ça au taf, ou chez eux entre deux boulots sur l’ordi… il faut que la lecture aille vite. D’ailleurs, on dit souvent que mes articles sont trop longs !

Du coup, ça impose un rythme de parution soutenu et de l’organisation. J’essaie de mettre au moins un article par semaine, il faut 4 updates par mois.

 

OK en ce qui concerne la mise en place de ton équipe. Par contre, est-ce que tu as un droit de regard sur les articles ? Quand on va sur likesunday, on sait qu’on entre plus ou moins sur les terres de Nasty Samy. Tu regardes le contenu des articles ?

Non, ils ont tous carte blanche à ce niveau-là. Le mec, il écrit pour mon site, je ne lui donne rien en échange, tu vois le truc, je lui laisse de la place, il la gère comme il veut. Si je l’ai branché pour collaborer avec lui, c’est que j’aime sa façon d’écrire, son esprit et le regard qu’il a sur la musique et la culture qui le branchent. A partir de là, c’est carte blanche, c’est normal.

Je lis les articles quand je les reçois, je les mets en page, les corrige éventuellement… c’est plutôt cool, j’ai l’impression de lire un ‘zine avant tout le monde ! Je découvre des livres que je n’ai pas lus, des skeuds, etc… j’apprends plein de trucs. C’est sûr, des fois, il y a certains articles qui me font moins d’effet, mais c’est surtout lié au sujet traité, en fait… Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas, c’est autre chose...


Justement, l’équipe rédactionnelle est composée de gars qui vivent aux 4 coins de la France, vous bossez comment ensemble ?

On ne s’est jamais posé tous ensemble autour d’une table. Les seuls avec qui j’ai beaucoup de contacts, c’est Jean-Sé et Mr Nostalgia, parce qu’ils habitent ici, à Besançon. Pour Jean Sé, maintenant il écrit un peu moins qu’avant mais il m’aide beaucoup pour les visuels du site, je fais de temps en temps des retouches au niveau graphique, des petits changements de mise en page, ce genre de trucs, et c’est son rayon, donc il intervient pas mal à ce niveau.... Sinon avec l’équipe, tout se passe par mail, certains m’envoient leurs articles un à un, d’autres m’envoient tout en début de mois, chacun à une manière différente de procéder, mais au final, tout le monde bosse dans le même sens… Même si c’est une petite équipe, la plupart ne se connaissent pas… Je suis le seul à connaître toute l’équipe. Je pense que quelque part, on apprend à se connaître en se lisant les uns les autres, et en ce qui me concerne je les croise de temps en temps, sur la route, quand je tourne avec mes groupes.

 

Au niveau du visuel, ils ont leur mot à dire ?

Le visuel, c’est quelque chose de vraiment important, qui crée l’univers du site. L’ossature du site est réalisée par mon pote le Nain (qui habite Paris) et Jean-Sé, ils me permettent de faire ce que j’ai en tête, sans être bloqué par des problèmes techniques (je ne comprends rien à la programmation)... Tous les visuels proviennent de chez moi : c’est du dur, je ne prends rien sur Internet, ça vient de mes magazines de mes BDs/Comics, de pochettes d’albums CDs ou vinyls. Likesunday, c’est mon univers. Les gars qui sont là aiment écrire et ils se retrouvent dans cette vitrine contre-culturelle que je propose, mais je ne suis pas persuadé qu’ils aiment tous l’aspect graphique très 80’s du webzine… j’en sais rien en fait… Ce webzine n’a pas d’autre prétention que d’être un lieu de stockage, les lecteurs viennent et prennent ce qu’ils veulent. Ca ne va pas plus loin que ça…

 

Aujourd’hui tu prêtes ta plume pour d’autres ‘zines et même magazine, et je pense notamment à des participations pour le magazine Rise Tattoo Magazine. Quand tu écris pour eux, c’est Nasty Samy en chair et en dur, ou tu dois t’adapter ?

Je suis ouvert à toute contribution, comme ça a été le cas pour Punk Rawk pour un numéro. Idem pour Rise Tattoo, même si dans le fonctionnement c’est un peu différent puisque là j’ai une rubrique spéciale… dans ce magazine, je suis payé pour écrire ma colonne et j’ai carte blanche pour ça. C’est le rédac chef du magazine qui m’a contacté parce qu’il connaissait ce que je faisais (via mon site) et qu’il aimait bien mes sujets. Donc j’ai deux pages dans chaque numéro, et je n’ai jamais eu à poser mes conditions pour ça. On m’a demandé d’écrire comme pour mon webzine, donc le boulot est le même… Le seul truc, c’est que parfois mes articles sont coupés, à cause de la longueur, j’ai vraiment du mal à m’adapter au format journalistique, genre il faut être informatif et ne pas trop rentrer dans le sujet… dommage. Mais c’est différent, c’est une bonne expérience et j’aime bien le mag, donc c’est très cool…


En fait, c’est plutôt bon signe ça, ça veut dire que t’es reconnu comme Nasty Samy, t’as un nom, une plume. T’as conscience de ça ? Tu t’es déjà perçu comme un journaliste, un rock critic, un auteur à part entière ? D’ailleurs, ça fait combien de temps que tu écris maintenant ?

J’ai commencé à écrire pour des petites newsletters pour un de mes premiers groupes ,Second Rate, puis pour mes premiers zines, à parution très aléatoires. Avant aussi j’écrivais, au lycée, mais pour des trucs persos, comme tout le monde j’imagine… mais dans ce cas là, t’as pas forcément conscience que tu écris. D’ailleurs, aujourd’hui non plus, je n’ai pas la sensation d’écrire. A aucun moment je me suis considéré comme un journaliste ou un auteur, même pas comme un pigiste, c’est un peu ronflant toutes ces appellations. Tu vois, quand je suis à un repas de famille, je vais pas dire « j’écris dans un webzine, je rédige des articles… », je vais plutôt dire que je suis musicien, ça c’est plus palpable. Pour moi, écrire c’est juste un moyen de communiquer. Quand je rédige une chronique, je ne vais pas le faire pour faire découvrir un groupe, j’écris ça un peu comme une histoire, avec un angle personnel, je ne suis pas un « critique ». Je ne me considère pas comme ça. C’est mon univers que je fais partager, et écrire c’est qu’un truc en plus. C’est lié à mes activités musicales, c’est un tout… D’ailleurs, comme je suis musicien, quand je rédige une chronique, je dois parfois me brider et faire gaffe à ce que j’écris, certains pourraient se dire « mais pour qui se prend-il, vu les groupes de merde dans lesquels il joue ! », hahaha…

 

Tu aimerais en vivre malgré tout de cette activité d’auteur (que ce soit critique, pigiste, journaliste…) et pour ça, tu serais prêt à faire des concessions, à laisser un peu ton univers du webzine ?

Honnêtement, je pourrais le faire, écrire pour des sites, des pages culturelles, des portails musicaux, c’est un gros marché, si tu te débrouilles bien et que tu as les bonnes connexions, tu peux écrire pour un paquet de trucs. Je connais des gars qui le font, qui rédigent des piges pour des sites et pour divers médias, mais ça ne me branche pas, si ça doit empiéter sur le temps que je prends pour gérer mes petites affaires ça ne me fait pas envie... en tout cas pas maintenant… je paye mon loyer avec mon taf, le reste, mes divers projets et mes activités musicales, c’est pour mon propre plaisir, pour être actif et créatif… Faire des piges, c’est plus le même truc, c’est un autre rapport à la musique, et ça veut dire aussi bosser pour des publications ou des sites qui ne te branchent pas forcément… je ne dis pas que je ne le ferai jamais, je dis juste qu’en ce moment, j’arrive à me débrouiller autrement…


Et ce que tu rédiges, ton webzine, ton fanzine, ça appartient au monde des médias selon toi ?

Je ne sais pas trop… je serais tenté de dire non… un média pour moi c’est informatif. Ou alors, il faudrait redéfinir ce qu’est un média… J’avoue que je ne me suis jamais réellement posé la question…

Et je ne trouve pas un webzine qui ressemble à ce que je fais en France, ça peut paraître prétentieux de dire ça, mais ça n’est pourtant pas le cas. C’est juste que les webzines français, en général (il y a des exceptions) ne m’intéressent pas, il y a trop de news, trop d’actu’, beaucoup ressemblent à des magazines mainstream en fait, ils traitent de tout, au kilomètre, avec beaucoup trop d’articles et trop de contributeurs, trop de rédacteurs… du coup beaucoup de webzines n’ont pas une ligne rédactionnelle très claire… Dans mon webzine, il n’y a pas d’actualité ni de news, trop de sites le font, et le font bien, de nos jours tu peux tout trouver sur le Net, avoir toutes les infos nécessaires, toutes les réponses à une question qui te taraude. Beaucoup de sites ressemblent un peu trop à des banques de données géantes. Donc le bon côté c’est que ça peut être parfois très pointu, beaucoup plus pointu que LikeSunday, mais le mauvais côté c’est que ça n’a pas beaucoup d’âme, que le côté ludique en prend un coup… des fois on a un peu l’impression que c’est la forme qui prend le pas sur le fond…

Dans LikeSunday, ce sont plus des sujets qui nous plaisent, à moi et au reste de l’équipe, même si ce sont de vieux films, de vieux skeuds, des bouquins, des concerts dont j’ai envie de parler, des trucs qui s’entassent chez moi et qui me rappellent de bons souvenirs… Donc, non, je ne crois pas que l’on puisse dire que c’est un média...

 

Tu te sens proche de la presse actuelle ? Tu lis toujours des magazines, ou tu ne trouves plus ce qui te correspond dans la presse traditionnelle ?

Non, d’ailleurs ça fait plusieurs années que je n’achète plus du tout de magazines musicaux… je suis abonné à Fangoria (mag sur le ciné horrifique, USA) et Rue Morgue (idem, mais canadien), et j’achète tous les mois Mad Movies, et de temps en temps l’Ecran Fantastique, mais c’est assez rare… c’est toute la presse que je lis.

Pour les fanzines, c’est différent… Les ‘zines, c’est intemporel, ce doit être hors mode. J’en reçois quelques un en promo… j’en achète souvent quand je suis sur la route avec mes groupes, je fais des échanges avec d’autres zines, etc… donc sans être un dingue hard core de fanzines, on peut dire que j’en lis régulièrement…souvent les mêmes d’ailleurs… certains sont écris par des potes, donc c’est un moyen de rester en contact avec eux, et de s’échanger nos productions… Maintenant, je ne les garde pas tous, j’ai fait un peu de tri, mais j’ai encore une bonne collection.

D’ailleurs, si je devais citer mes influences, dans le style d’écriture, les sujets, la manière d’aborder le ciné ou la musique, c’est dans la presse de la fin des années 80 et 90 que ça se passe. Je lisais énormément de magazines quand j’étais plus jeune, au collège et au lycée… les premiers magazines de jeux video (Amstrad 100%, Player One, Génération 4, etc), les magazines de hard rock ou de rock (Hard Rock Mag, Hard Force, Metal Hammer, Rage Mag, etc…), et les magazines de ciné de genre ou de BDs (Mad Movies, Impact, USA Magazine, etc). Aujourd’hui, la presse est trop clean, elle ne prend pas beaucoup de risques, d’ailleurs elle n’a plus du tout le même rôle qu’à l’époque… les jeunes ne lisent plus, s’ils veulent écouter un groupe, ils téléchargent ou se documentent directement sur des sites ou myspace, ou ce genre de choses…

En fait, faire un fanzine ou un webzine, c’est faire sa propre presse, c’est proposer ta vision des choses... Tu ne trouves rien qui te corresponde ? Fuck, fais ton truc !


On est donc loin du sens « fanzine=rédacteur amateur » ?

C’est amateur au sens premier du terme, je veux dire financièrement : tu ne te fais pas de blé avec. Mais au niveau du contenu, c’est tout sauf amateur, au contraire, les gars qui font ça sont hyper pointus, tu prends un fanzine de cinéma de genre, le rédacteur connaît vraiment bien son sujet. Le contenu des fanzines est souvent bien plus solide que dans la presse traditionnelle. Les sujets sont moins ouverts, très précis, mais très poussés, avec de vraies références. Tu as affaire à des passionnés qui écrivent pour des passionnés, donc tu ne peux pas y aller « léger », t’es obligé de connaître vraiment ton sujet.


D’ailleurs, tu peux nous expliquer pourquoi tu publies chaque année ton fanzine ? C’est une sorte de ‘récapitulatif’ de ce que tu as fait dans l’année, mais avec des contraintes financières, des contraintes de mise en page (tu peux stocker indéfiniment sur le net, t’as plus de liberté dans la création…). Alors pourquoi revenir au papier ?

Le webzine, c’est ce que je t’ai déjà expliqué, ça me convient plus, ça demande de la rigueur, de la régularité, tu peux publier autant d’articles que tu veux… Le fanzine, c’est des délais plus longs, qui me correspondent moins. Avec le net, t’es obligé d’écrire souvent.

En plus, c’est le format webzine qui m’a redonné l’envie d’écrire beaucoup et tout le temps ! Mais le fanzine, le format en dur, c’est obligatoire. Déjà, les archives des sites ne sont pas consultées, comme je le disais, les gens lisent souvent ça d’un œil, ils parcourent rapidement les rubriques et hop, ils cliquent sur un lien et sont déjà loin, ils reviendront dans une semaine ou dans trois mois, ça va et ça vient… et je voulais vraiment que tous les articles puissent être lus, conservés, qu’ils aient une durée de vie plus longue que ce que permet le net...

C’est pour ça qu’il n’y a quasiment pas d’inédit dans le fanzine par rapport au web, ce n’est rien d’autre qu’un archivage des textes que j’ai écrits en une année. Dans la plupart des cas, même les plus assidus lecteurs de la version webzine achètent le fanzine, parce que personne ne peut lire vraiment tout ce qui paraît sur le web. Même moi, il y a des webzines que j’apprécie vraiment, que je ne consulte pas pendant des mois, ou je n’y pense pas forcément quand je suis devant mon écran…

Le fanzine s’impose donc, sans compter les gens qui n’aiment pas lire sur le Net, tu touches ainsi un autre public avec le papier. C’est deux écoles différentes… Puis il y a aussi tout le côté « sortir un bouquin », un truc en dur. Je suis musicien, le disque c’est un support que j’ai désacralisé il y a longtemps, c’est encore super cool d’en enregistrer et d’en sortir régulièrement, mais ce n’est plus la même sensation qu’au début.

Mais là, te dire « j’ai 30 piges et je sors un bouquin avec mes articles», il y a une sorte de fierté. Le webzine et le fanzine, les deux vont ensemble, en tous cas pour Like Sunday. Là, je viens de terminer le deuxième numéro la nuit dernière, il fait 200 pages, j’ai relu tout ce que j’avais écrit pendant un an, ça m’a fait quelque chose…

 

Dans ton fanzine, on ne retrouve d’ailleurs que tes textes, on ne peut pas lire les textes de la Nasty team...

Je trouve ça normal, leurs textes ne m’appartiennent pas… ils écrivent des textes que je mets à dispo sur le site, mais ce sont leurs textes, je n’ai aucun droit là-dessus, chacun dispose de ses textes comme il le veut. Je ne peux pas les utiliser comme ça, d’ailleurs, ils peuvent les reprendre pour d’autres publications. Certains font comme moi, ils republient leurs reviews dans un format fanzine, c’est bien, ça donne une deuxième vie à tous ces textes…

Mon webzine, c’est une vitrine sur le net, je leur offre une possibilité d’être lus par un public qui ne tomberait peut-être pas sur leur propres zines… je sais pas...


Quels financements et moyens de diffusion tu utilises pour le fanzine ?

En fait, j’ai un compte à part, sur lequel je perçois mes droits d’auteurs de la SACEM pour les albums de mes groupes (et les concerts) et la thune que je gagne en tournée avec mes disques vendus, entre autres... je commence à avoir pas mal de productions, donc à chaque fois que je joue un concert je vends quelques CDs, même d’anciens groupes dans lesquels j’ai joué… donc c’est un compte réservé à mes projets qui tournent autour de mes activités musicales… comme je le disais, tout est lié, mes groupes, mon webzine/fanzine, mon podcast, etc… donc quand je vends un de mes disques, ou un t-shirt, ou un article de merchandising, je mets l’argent de côté… c’est comme ça que j’ai financé l’impression du premier fanzine l’année dernière. Je les ai quasiment tous vendus, les 200 numéros, mais je ne me pose pas la question de savoir si je vais rentrer dans mes frais, parce que c’est un compte à part qui est fait pour mes différentes activités, c’est comme un fond de roulement… ça part et ça revient sous une autre forme…

Pour la diffusion, c’est principalement via le site, par correspondance, et sur la route avec mes groupes, je le vends sur le stand de merch, ça fonctionne bien également… je fais aussi des échanges, je fais des dépôts dans quelques boutiques de disques dans toute la France, etc…

Pour le deuxième, il est deux fois plus long/épais, plus de 200 pages, donc ça va me coûter plus cher. Mais tu vois, le fanzine est là, il doit sortir et il sortira, c’est tout. Je n’ai même pas budgétisé le truc. Je voudrais le sortir à plus d’exemplaires, mais je ne sais pas si ça sera possible, j’attends le devis de l’imprimeur. Le premier, j’ai choisi de le sortir à 200 exemplaires parce que je ne savais pas trop si ça allait fonctionner, c’était une première expérience de sortir un gros truc comme ça, imprimé et relié comme un bouquin… et finalement ça plutôt bien marché… ce qui serait cool, c’est d’en imprimer plus, et ainsi de réduire le coût unitaire, pour le vendre moins cher, mais ça veut dire sortir plus d’argent au début, c’est pas toujours possible, et là maintenant, c’est pas possible, je n’ai pas assez d’argent pour en sortir vraiment plus… dommage.

Puis il faut que je puisse tourner suffisamment avec mes groupes, parce que la diffusion se fait majoritairement sur la route. Donc si je fais moins de concerts, j’en vendrai forcément moins… tout est lié, je te le disais…bon en ce moment, je passe pas mal de temps sur la route, donc la question ne se pose pas, ça serait même une très bonne période pour sortir des zines!

Ça, c’est ce qui me plaît, il y a un échange sur la route, tu rencontres les gens, tu discutes au stand : de films, de musique, de comics, de magazines, de DVDs… c’est ça qui est cool.


On termine tranquillement la discussion, on enchaîne sur les fanzinothèques, le besoin de stocker quelque part ces écrits différents, qui existent en tant que tels, non pas en concurrence de la presse traditionnelle, encore moins en copie amateur, mais en tant qu’écrits à part entière et nécessaires pour présenter autre chose.

Merci à Nasty Samy pour cette rencontre.