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INTERVIEW NASTY SAMY pour le fanzine l'OREILLE CASSEE

 

INTERVIEW pour le fanzine l’Oreille Cassée (Octobre 2008)

 

"SECOND RATE, HAWAII SAMURAI, LOST COWBOY HEROES, HELLBATS, THE BLACK ZOMBIE PROCESSION, THE LAST BRIGADE… A TOUS CES GROUPES IL Y A UN DÉNOMINATEUR COMMUN… L’AVEZ VOUS TROUVE ? IL S’AGIT DE MR NASTY SAMY. MA PREMIÈRE RENCONTRE AVEC CE DANGEREUX INDIVIDU PAR LE BIAIS DE LA MUSIQUE REMONTE A 1999, DEPUIS IL ENCHAINE LES PROJETS…. CE MEC EST INCROYABLE, C’EST MONSIEUR 10000 VOLTS. FRANCHEMENT IMPRESSIONNANT..." -Laurent Laloue, fanzine L'Oreille Cassée.

 

1- Quel a été le premier contact de Samuel G avec le rock ? Quel est le premier disque que l'on t'a acheté ou/ et que tu as acheté ? Est ce que tu les as toujours ? Que penses tu de ces disques aujourd'hui ?

Mon premier contact avec la musique, avec le Rock, c'est par le biais de mon père que ça se fait... il animait une petite émission de radio et avait une collection de disque bien garnie. Un passionné. Il achetait des disques, lisait la presse spécialisée et fréquentait les concerts. Chaque fois que j'aillais chez lui (mes parents étaient séparés), je savais que j'allais être confronté à un univers un peu particulier... dans son appart', il y avait des posters (de groupes et de films) aux murs, des babioles ici et là, des étagères avec des livres, de Bds, des magazines, des VHS, bref c'était un peu moins glauque que chez les parents de mes potes, style moquette mauve contre les murs, trophées de chasse sur la cheminée, cadres des fistons en robe de communiants et photo du pape sur le frigo, ahahaha... quand on dit que les enfants reproduisent les schémas des parents, c'est plutôt vrai, du moins en ce qui me concerne. Donc, si ma mère m'a donné le goût des livres, c'est mon père qui m'a exposé à la musique, et la bonne. C'est avec lui que j'ai découvert les Ramones, Dead Kennedys, les Clash, Gun Club, les Buzzcocks, Iggy Pop, Midnight Oil, Killing Joke, Concrete Blondede, Cure puis plus tard les Pixies, Sonic Youth... quelques trucs français aussi, comme les premiers Noir Desir, les Dogs, OTH, Cyclope... il était très branché par la pop anglaise de l'époque, avec des groupes comme Echo and the Bunnymen, the Jesus and Mary Child, les Smiths, the Fall, the La's puis un peu plus tard les premiers disques de PJ Harvey, d'Oasis... et bien sûr des trucs plus classique comme Jimi Hendrix, Chuck Berry, les Stray Cats, Stevie Ray Vaughan, Led Zep'... bref, c'était plutôt cool de grandir au milieu de tout ce beau monde... au fur et à mesure que je m'intéressais de plus près à tout ça, je prenais ce qui me branchait... il y a beaucoup de disques que j'écoute aujourd'hui qui me rappelle la période où j'étais gamin, c'est une sensation très agréable.

 

Bon de mon côté, j'ai commencé, comme pas mal de monde en fait, à écouter du hard rock... mon père se foutait de ma gueule, en me disant « AC/DC et IRON MAIDEN, c'est pour ceux qui vont au bal! »... ça ne l’a pas empêché de me donner le premier LP de Black Sabbath, d'origine, qu'il avait acheté quand il était ado... Donc, il n’a jamais été branché par les trucs bourrins, pas de heavy, pas de hard core, pas de punk gueulé de base...

Concernant le premier disque qu'on m'ait acheté, c'est « Too fast for Love » de Motley Crue. Offert par mon oncle (frangin de ma mère)... il n'écoutait absolument pas de musique, et encore moins CE genre de musique, mais aux anniversaires, aux Noëls, à Pâques, la règle était simple : je lui donnais une liste des disques qui me feraient plaisir et il faisait le reste. J'ai commencé à lire Hard Rock Mag, Hard Force et Metal Hammer (version française) très jeune. A l'époque, dans les dernières pages du mag' il y avait les Charts du Heavy, je notais un peu au hasard en fonction de la gueule des pochettes et bingo (donc c'était les trucs les plus populaires de l'époque)... les premiers disques (LP, le support CD n'existait pas encore) que mon oncle m'a offert : le premier Motley Crue donc, TWISTED SISTERS « Love is for Suckers », IRON MAIDEN « Powerslave », RATT « Dancing Undercover », WASP « Inside the Electric Circus », ZZTOP « Eliminator », QUIET RIOT « QR III », RAVEN « the Pack is Back », ACCEPT « Russian Roulette », bref des trucs du genre... des albums d'enfer, je les ai encore, et je les écoute!

 

Le premier disque que j'ai acheté moi même, c'est le LP « And Justice for All » de METALLICA. Encore un de mes groupes préférés aujourd'hui. Le nouvel album sort bientôt, j'en tremble déjà! Peu de temps après, j'ai acheté l'album « Electric » de THE CULT, qui est encore dans mon TOP 5 actuel des meilleurs albums de tous les temps. Tu veux du vrai rock'n'roll couillu et teigneux? Prends toi cette bombe en pleine truffe! Le reste n’est que littérature…

Le HARD ROCK (yep, ça s'écrit en majuscule, môssieu!) est la zique qui me fait encore triquer comme un malsain... il y a tout ce que j'aime, c'est généreux, bien joué, bien produit, mélodique et c'est avant tout du pur entertainment. Hard Rock is a Lifestyle!

 

2- On va même aller plus loin, il écoutait quoi le petit Sam avant le rock ??? De la variété Française ?

Comme je l'ai répondu dans la question précédente, avant que l'on m'offre ou que j'achète des disques, j'étais principalement exposé à ce qu'écoutait mon père, donc du rock. J'ai bien dû avoir quelques 45t scandaleux, genre Annie Cordie (« Tata Yoyo », la grand mère du hip hop!) et Dorothée qui s'égosillait sur Rox et Rouky, mais honnêtement, j'ai pas beaucoup de souvenirs...

 

3- Flashback : On va reprendre la liste de tes anciens groupes ; Tu les connais mieux que moi... Pour chaque, dis moi quels sont tes 3 titres préférés et pourquoi ? Quel est le meilleur souvenir que tu gardes pour chaque groupe ?

Oh la question du meilleur souvenir, salaud ! Aahahaha. Je pourrais en tartiner des pages !

 

SECOND RATE : Les 5 titres qui figurent sur le split avec les anglais SCUTTLE (2001). Ma période préférée, la plus wild… souvent sur la route, souvent en studio, c’est une période agitée… on picole comme des polonais, on drague toutes les filles que l’on croise, on dort pas beaucoup, on bosse (à plein temps!) à côté du groupe, bref on est toujours sur la brèche, impétueux, moqueurs et sans règles… on ne s’ennuient pas et on ne se posent pas de questions… une période très punk-rock, assurément! J’aime bien aussi notre album posthume « Last Days of Glory » que l’on a enregistré rapidement avant de mettre la clef sous la porte définitivement, musicalement on sent moins nos influences, on a un peu plus de caractère, ça part dans plusieurs directions, j’aime bien ça…

Des tonnes de bons souvenir avec ce groupe… ce fut une excellente première expérience, en commençant le groupe, jamais je n’aurais espéré sortir autre chose qu’une K7 et surtout sortir du local. Les choses se sont enchaînées assez vite, on a pris notre pied, c’était très fun. Des fois un peu moins, mais ça restera une expérience que je n’oublierai pas. C’est avec ce groupe que me suis réellement impliqué dans le punk rock, dans sa culture, les distros, les fanzines, la planification et l’organisation des tournées, les échanges avec les groupes, on a monté notre propre petit label, etc… je m’occupais en grande partie de l’organisation du groupe, ça m’a permis d’apprendre sur le tas, une bonne école! On me reparle encore fréquemment de SECOND RATE quand je suis sur la route, je reçois encore des emails, etc… c’est sympa que ça ait marqué quelques personnes.

 

HAWAII SAMURAI : Le dernier album « The Shape of Surf to Come » moins surf classique que le reste de notre discographie, d’ailleurs à cette époque on défini le groupe comme du « rock instrumental », même s’il y a encore une grosse base surf, nos morceaux commencent à casser les schémas les plus scolaires du style, et c’est dans cette direction que je voulais aller. Un groupe avec qui j’ai sillonné toute l’Europe! Très très fun ! Des excellents souvenirs à profusion ! Mes comparses étaient toujours partant pour monter dans un van et partir en concert, des très bons musiciens, des gars très cools, bref pour moi une belle partie de rigolade… c’est le premier groupe dans lequel je joue de la basse, un instrument que j’aime autant que la guitare! Deux instruments très différents, contrairement à ce que peuvent penser certains. Grâce à ce groupe, c’est aussi tout un pan de la musique vintage que je découvre et apprend à aimer : la surf, la country, le blues, le rock psyché des sixties/seventies… bref, une régalade! C’est aussi une nouvelle scène pour moi, on côtoie davantage la scène garage et rock’n’roll que la scène punk indie, c’est sûr… ça permet de faire des nouvelles connaissances et de voir les choses sous un autre angle, c’est toujours agréable de changer de délire…

Pour moi la surf music et le punk rock sont intimement liés, l’Histoire de ce style est très riche et ultra intéressante, il y a eu de sacrés musiciens et de sacrés personnages! Bon, après, tout le délire tiki et les clichés inhérents au genre, c’est pas forcément ce qui me parlait le plus, mais tous les styles ont leurs clichés. Le style a explosé pendant la période où on jouait (le début du revival garage/rock vintage), on voyait des nouveaux groupes surfs et garage se former dans tous les coins… aujourd’hui, 4 ans ont passé et le style a explosé, c’est un style que tu peux désormais voir et/écouter régulièrement dans le bar en bas de chez toi, il y a beaucoup plus de groupes, à l’instar des groupes garages…

 

LOST COWBOY HEROES : Le titre « Your eyes can’t touch my heart » qui figure sur la compilation EP (7’) THIS IS BESANCON NOT PARIS! (avec the RONNIE ROCKETS, HAWAII SAMURAI et THE WATERGUNS). Le dernier qu’on ait enregistré, ça commençait à vraiment ressembler à comment je voulais qu’on sonne. Pour moi, ma plus mauvaise expérience musicale. Après le split de Second Rate, on voulait remonter un groupe très rapidement avec Fred (dernier bassiste des Rate), faire un groupe plus rock, plus frontal mais toujours mélodique. Dans l’idée, on se situait à mi chemin du rock australien et du punk rock indie ricain des années 90… on s’est enfermé 5 mois dans un local pour répéter, le 6ème mois on enregistre notre première démo, que je décide de sortir comme notre premier album sur mon label VAMPIRE (aidé par quelques autres petites structures), et on commence à faire quelques concerts, le fait d’avoir joué dans Second Rate nous permet de monter nos premières petites tournées sans trop de problèmes… et dès qu’on commence à être sur la route, ça déconne. On s’est entouré de 2 gaziers qui ne viennent pas du tout du milieu punk rock, grossière erreur, on a dû mal a gardé les gars motivés… on change de batteur 2 fois, on invite le deuxième guitariste à faire ses valises car pas assez concerné par le groupe, on fait une dernière tournée d’une dizaine de dates et puis c’est la fin puisqu’on n’a pas envie de se prendre la tête plus que ça… ça correspond à la période où j’arrête de boire et de fumer, je suis assez radical, je veux partir sur la route et répéter à fond pour huiler la machine, les autres sont à la ramasse, tout ce cirque commence à me casser sérieusement les noisettes. Le groupe splitte quand je rentre de la tournée d’adieu d’Hawaii Samurai.

De plus de 100 concerts à l’année, je tombe au néant. Ouille. C’est pas grave, je me remet au boulot et profite de presque une année d’inactivité musicale pour rebosser sur des projets qui me tiennent à cœur et pour me remettre au sport sérieusement… je passe mes nuits sur ce qui va devenir la première mouture d’un webzine dédié à la culture bis, et un nouveau projet musical dont je m’occuperais et gérerais intégralement : the Black Zombie Procession. C’est reparti ! Je fais quelques petits boulots pour remettre de l’oseille dans le panier et prépare mon premier trip aux USA. Je met le 1er album de BZP en boîte avec l’aide de Ben (batteur des Flying Donuts) et Sylvain (ex batteur-chanteur de Second Rate et actuel Generic), blam ça repart… quelques mois plus tard, on me branche pour jouer de la basse dans Hellbats, en voiture Simone !

 

HELLBATS : J’aime bien l’album que j’ai enregistré avec eux : « Unleashed and Alive », le meilleur de leur discographie si tu veux vraiment mon avis… j’aime surtout les morceaux les plus bourrins en fait, comme « No light in the Sea », « Paralyzed », « War Angels »… c’est surtout cet esprit crossover punk-metal qui m’attirait en bossant avec eux. Ils venaient du milieu psycho, et je ne suis pas fan de ce délire, je n’aimais pas spécialement leurs deux précédents skeuds, ce qu’on a fait ensemble s’éloignait de leurs racines. En collaborant avec eux, c’était le but. J’ai joué une année complète, le temps de bosser sur le nouvel album, de l’enregistrer et d’en faire la promo sur la route pour une quarantaine de dates. C’était cool. Une grosse année. Elie, le guitariste fondateur du groupe a mis le groupe en stand-by après la dernière date de la tournée (festival des Eurockéenes), il voulait faire une pause et réfléchir un peu sur l’avenir du band, il voulait déménager, etc… et j’ai enchaîné sur les projets que j’avais en cours (the Black Zombie Procession, the Last Brigade et la publication de mon fanzine). Je ne fonctionne qu’en ON ou en OFF, jamais en STAND BY. Elie est venu chanter sur un titre du dernier album de BZP, sur un titre que j’avais composé pour Hellbats et que j’ai récupéré pour BZP.

Il a remis le groupe en chantier après un hiatus d’un an et bosse actuellement sur quelques nouveaux titres avec un nouveau bassiste. Ils devraient refaire quelques concerts l’année prochaine sous ce nouveau line-up et sortir un nouveau disque que j’attends avec impatience. Longue vie à eux !

 

THE LAST BRIGADE : C’est un album encore très récent, donc je n’ai pas encore pu digérer tout ça. C’est cependant plus facile d’en parler que les autres puisque ce n’est pas des morceaux composés par mes soins, c’est le groupe de mon pote Ritchie Buzz, bassiste du line-up européen du backing band de Kevin K (punk rockeur new Yorkais dans le délire de Jeff Dahl et compagnie) et guitariste des Milliardaires (garage sixties). J’ai organisé quelques concerts du Kevin K Band à Besançon, je les ai interviewé pour le fanzine Kerosene il y a quelques années, je les ai accompagné dans une de leur tournée dans l’Est de l’Europe il y a 2 ans (Pologne, Allemagne) en tant que roadie, on a partagé la scène à plusieurs reprises, Kevin K est devenu un très bon pote aussi, bref, je les vois régulièrement… lors d’une de leur tournée qui passe par Besançon, Ritchie me passe une démo CD-R en me disant que c’est son projet solo, 4 titres qu’il a bidouillé dans son petit home studio. Je l’écoute et trouve ça vraiment triquant, un mix de power pop et de rock grungy qui me rappelle le meilleur des années 90 : Drive Blind, Dinausor Jr., Big Chief, Drive Blind, Therapy?, Nirvana, les premiers disques de Smashing Pumpkins, Baby Chaos et compagnie… j’en fait un review dans mon zine de l’époque et l’histoire en reste là. Puis l’idée germe tout doucement d’enregistrer tous les morceaux qu’il a maquetté, je lui propose de tenir la basse, et c’est l’actuel batteur de Kevin K (Fabien) qui maltraite les fûts… on bosse tous de notre côté sur les bandes démos que Ritchie nous a envoyé via internet, on bloque 4 jours de répétitions dans un studio situé dans le Sud (entre Montpellier et Nîmes, où est basé le groupe) et on enregistre dans la foulée en quelques jours… je rentre à Besançon avec les bandes sous le bras et je mixe l’album avec mon pote Ilia Cobb (qui a déjà mixé le premier album de BZP ainsi que les titres sur le split EP avec BILLY GAZ STATION)… et voilà, un nouvel album dans la cagnotte! Mr Cu! du label Kicking Records est chaud pour le sortir, et hop on se retrouve sur la route… c’est le début, on a pas mal de dates à la rentrée, on bosse actuellement sur la promo de l’album… youhoo !

 

THE BLACK ZOMBIE PROCESSION : Le nouvel album (le deuxième) sort le 15 septembre 2008. C’est encore tout frais. J’aime bien tous les morceaux de ce nouvel album. J’ai cravaché dur pour faire un album qui correspondait à ce que j’avais en tête, un truc qui rassemble un peu tout ce que j’aime. Du punk rock costaud, basés sur de gros riffs, mais toujours mélodiques… un album qui baigne toujours dans la culture horrifique que j’apprécie tant. Pour moi, c’est une grosse pièce, 16 titres, c’est un album qui ne ressemble pas beaucoup à ce qui se fait dans le punk rock. C’est définitivement original. Musicalement, c’est certainement l’album dont je suis le plus fier de tous ceux auxquels j’ai participé. Ca sort des sentiers battus par le punk rock mélo classique, on a essayé de faire un truc un peu différent, à la frontière du punk, du gros rock, du heavy, bref, c’est racé. Ce deuxième album a été enregistré en groupe, contrairement au premier où j’étais quasiment tout seul en studio, le line up est constitué des frangins Dalstein (FLYING DONUTS) à la basse et à la batterie, et de Forest au chant (THE POOKIES, SONS OF BUDDHA). Ca sort sur Kicking Records, le label qu’on ne présente plus! Toutes les infos sur : www.kickingrecords.com

 

4- Tu dis de Lost Cowboy Heroes : "Les gaziers du groupe étaient plus efficaces sur une terrasse de café que dans un local de répète", c'est pas très cool cà.... Non ? Tu vois dans ce constat une explication au manque de dynamisme, de qualité du rock (au sens large) en France ?

J'ai expliqué tout ça dans la question du dessus... effectivement, en cours de route, assez rapidement en fait, je me suis retrouvé à porter le groupe sur les épaules, je produisais les disques avec mon argent, je passais pas mal de temps pour m'occuper des sites, pour chercher des concerts, etc... j'avais l'impression d'avancer tout seul, et c'est frustrant. Quand tu vois que tes partenaires dépensent plus d'énergie le soir dans les bars que dans le local de répèt', tu te rends comptes que tu es mal entouré, quoi... Je venais d'arrêter de boire et quasiment de fréquenter les bars, le délire ne m'amusait plus et il me fallait plus de temps pour bosser sur mes projets, j'ai donc choisi de retirer le superflu, c'est à dire les sorties nocturnes, les discussions de comptoirs et les cuites carabinées. Je n'ai jamais empêché les zicos avec qui je jouaient de picoler, hein, faut pas pousser... mais bon, quand ton batteur te dis qu'il voudrait bien répéter que le soir car l'après midi il ne peut pas se lever (on répétait pourtant l'après midi, pas à 6h du mat'!!!), c'est qu'il y a un gros problème, non? L'alcool, la dope et ce genre de clichés, ok, chacun fait bien ce qu'il veut, par contre un poil dans la main de la taille d'un chêne séculaire, c'est un autre problème... surtout que juste après l'expérience Second Rate, je voulais faire un groupe plus classique, juste du punk-rock'n'roll mélodique, le genre de zique pas prise de tête, des morceaux simples et catchys, pour sortir des disques et faire de la route... mais bon, ça nécessite quand même un peu de travail (beaucoup même!), en tous cas plus que ce que les gaziers avec qui je jouais à l'époque ne semblaient pouvoir fournir.

Après, je n'ai rien de personnel contre ces gaziers, c'est une expérience infructueuse pour moi, c'est tout... je reste en très bon terme avec Fred (Billy the Kill) qui fait ses trucs de son côté, on a une manière assez différente de travailler, le monde ne s'arrête pas de tourner pour autant. Avec BZP on a d'ailleurs sorti un split EP avec son nouveau groupe BILLY GAZ STATION, un cool groupe... il a déménagé depuis quelques temps déjà, il vit à Angoulême, on se revoit sur la route quand on partage la scène, c'est toujours sympa de se recroiser.

 

Le manque de dynamisme de la scène rock en France, c'est une évidence... après, savoir quelles en sont les causes et en tirer des conclusions, je ne suis pas un expert, ni un docteur es- Rock... et je ne suis même pas le mieux placé pour la ramener. Je peux juste dire que les groupes français en général (attention, il y a des exceptions) se contentent de peu. Je dirais pas beaucoup de personnalité, pas très originaux, pas beaucoup de caractère, se contentant de recréer des schémas classiques, importés soit des States, soit de pays scandinaves... le rock'n'oll ou le punk rock à la française n'est pas très excitant, je trouve... c'est un avis personnel, ça n'implique que moi.

Même dans la scène hardcore, c'est pas hyper naturel, on subit toute les vagues, toute les hypes, mais bien souvent avec 2 ou 3 ans de retard... donc oui, je trouve très dur de subir la vague garage punk basique, le doom ou le sludge à barbe, le post rock chiant (souvent à barbe aussi, d'ailleurs!) ou même le post hardcore progressif... des musiques sensées êtres singulières et novatrices, alors que c'est les mêmes gimmicks (riffs, pochettes de skeuds, look des musiciens, etc) recrées et répétés à l'infini. Tout ça après avoir enduré le screamo, le hardcore chaotique, l'emo pleurnichard, et j'en passe.

Pour moi la France, c'est ça, le manque de générosité et le manque de groupe qui s'impliquent vraiment dans un style et qui le fait évoluer, à sa manière... beaucoup de groupes se contentent de suivre les modes, beaucoup ont le même parcours musical, tout le monde avance sur les mêmes chemins. Le truc, c'est que chez nous, c'est pas hyper naturel de faire du rock, du punk rock ou du hard core, c'est pas encré dans notre société, contrairement aux States ou même l'Angleterre... donc forcément, c'est un peu plus pataud et empâté, c'est moins fluide, plus forcé... en plus quand c'est fait par des gens sans personnalité, et bien ça donne un truc pas terrible. Oh bon dieu, je ne vais pas me faire que des amis là...

Ce que je veux dire, c'est simple, et tout le monde en est plus ou moins conscient (j'espère!). En schématisant, en France, si tu écoutes du rock'n'roll, t'es à fond dans Turbonegro, dans Social Distortion et les Misfits. Si t'écoutes du hardcore moderne, forcément tu écoutes du sludge, du doom, bref tous les clones de Eye Hate God et de Neurosis, mais avant bien sûr tu as écouté Converge, et maintenant t'écoute toute la vague post Mogwai et neo Cult of Luna... pour les coreux old school, faut se remettre des bandanas sur la gueule et ressortir les patchs et les dossards du grand cousin... et je ne parle même pas de ceux qui s'astiquent sur la nouvelle vague néo-psyché, ni des garageux qui se mettent à se dandiner sur du post punk minimaliste, voir même de la new cold wave, bref, c'en devient ridicule... un troupeau qui suit un nouveau mouvement dès qu'il arrive. Combien de mecs ricanaient quand je leur disais que j'aimais Deep Purple, Led Zep', Ozzy/Black Sabb', Lynyrd Skynnyrd, ZZTop, Van Halen ... alors que les mêmes se sentent plus pisser car ils ont découvert LE truc en vogue qui n'est rien d'autre qu'un groupe de hard rock camouflé, mais sans l'odeur ni la saveur... c'est devenu tendance de piller l'héritage des 70s, ou des 60s, ou des années 80s, et de penser qu'on tient le VRAI truc...

La musique est un univers infini, il y a de bonnes choses dans tous les styles, encore faut-il avoir bon goût et ne pas tomber dans le piège des revivals hypes et faciles.

Le truc, c'est que les mecs arrivent après la tempête, tu vois, c'est des scènes sclérosées, des microcosmes qui croient être dans le vent mais qui ne sont qu'une mode de plus... ils ne captent pas que tout ça, c'est lié... que tu peux écouter le 13th Floor Elevator, Obituary, Neil Young, les Cramps, King Crimson, Rolling Stones, Black Flag, Public Enemy, les Saints, Exodus, Lords of the New Church, Miles Davis, Naked RayGun, Springsteen, Guns and Roses, Radio Birdman, Buddy Holly, Soundgarden, les Ramones, Dimmu Borgir, Samiam, Beasts of Bourbon, Ronnie james Dio, Desendants, Van Halen, Peter and the Test Tube Babies et John Lee Hooker... merde il n'y a pas de règles, quoi... toutes ces scènes qui se regardent le nombril et tous ces mecs qui te jaugent avec condescendance si tu ne fait pas parti de la tribu ou de leur famille musicale... on est dans un pays sous cultivés... Combien de mecs j'ai croisé qui se prennent pour des cadors parce qu'ils ont des 45t des groupes obscures de fast hard core brésilien, de thrash core thailandais ou de early hard core canadien, ou de garage lo fi italien, ou de trucs noisy hyper pointu de je ne sais où alors qu'ils n'ont aucune connaissance des Classiques, de la musique avec un grand M...

C’est ultra codé, chaque micro scène est complètement fermée sur elle même, et du coup se bouffe de l’intérieur…Et entre les ayatollahs pénibles du DIY poussé à l’extrême et la culture « officielle » (tout ce réseau subventionné qui est géré par des bureaucrates qui n’y connaissent rien à rien), il n’y a pas d’entre deux… c’est l’un ou l’autre… d’un côté la mauvaise foi du punk ou du coreux qui veut vraiment s’isoler (quitte à devenir un poil élitiste) soit l’univers repoussant des intermittents du spectacle et de ces fonctionnaires des musiques amplifiées… tu vois ? Perso’, ni l’un ni l’autre ne me font rêver.

Donc, pour moi, la France, c’est ça… à ma droite, des gars qui fantasment et qui exagèrent leur étique punk et qui la pousse trop loin (la musique n’est même plus à la base de leurs goûts) et de l’autre une machine administrative… et moi je veux être au milieu… faire les trucs comme je le veux mais pouvoir le faire d’une manière qui puisse me faire avancer. C’est tout.

À un moment donné, il faut arrêter la branlette, ça rend sourd. Houla, je digresse...

Donc pour faire vite, en France, quand il s'agit de Rock ou de musique (ou culture) qui a du caractère, on est un peu à la ramasse. Et je ne dis pas que je redresse le niveau, hein... moi je n’y peux rien, et à la limite je m’en fout, je veux juste sortir des disques, collaborer avec des petits labels et faire des concerts où c’est possible, rien d’anormal, quoi…

Je dis juste que je suis passionné de musique, que j'en écoute énormément, que je me documente sur ce que j'aime et voilà... je suis fidèle à ma famille musicale que je qualifierais de « punk rock », c'est que je joue dans tous mes groupes, mêmes s'il y a quelques autres influences, quelle soit plus heavy ou rock’n’roll ou mélodique, mais ma manière de fonctionner est incontestablement punk rock, et le sera toujours.

 

5- Faire un groupe avec toi est ce que c'est quelque chose de facile ? Tu vas me dire que jouer dans un groupe et être tout le temps ensemble, ce n'est pas facile... Qu'est ce que tu préfères dans le fait d'être dans un groupe ?

Rien n’est facile, c'est ma grand-mère qui me le disait! Je peux difficilement te répondre, faudrait demander à mes partenaires musicaux... j'ai pas l'impression d'être particulièrement difficile. On va dire que j'ai du caractère et que j'aime bien finir ce que j'ai commencé, voilà. Je sors du cliché du rockeur de base aussi, le délire on se met la race et on festoie toute la nuit après le concert, c’est plus mon truc, j’ai donné et j’ai passé la main… Sur la route, je continue de bosser sur mes trucs, j’écris mes articles sur un ordi portable, j’essaie de faire du sport quand c’est possible, bref la vie continue, alors que pour beaucoup ça reste un peu la colonie de vacances…

Contrairement à ce que pense certains, je ne me prends pas au sérieux (je sais très bien où j’en suis, je te rassure) mais j’essaie de faire les choses sérieusement, il y a une grande différence. Je suis assez exigeant avec moi-même donc logiquement je suis assez exigeant avec les autres. Je suis assez fonceur en règle générale, assez spontané aussi, s'il y a un truc qui me prend la tête, je le fais savoir assez vite... Je suis assez direct aussi, je ne tourne pas autour du pot, dans le sens où je prends des décisions rapidement, quitte à ce que ça ne soit pas les meilleures, héhéhé... Et j'essaie d'être toujours un minimum organisé.

 

En règle générale, j'ai remarqué qu'il y a beaucoup de personnes très lentes, qui prennent leur temps, qui ne sont pas très sûrs d'eux même, qui réfléchissent trop et qui du coup ont du mal à franchir le pas et prendre une décision... ou des gens très mal organisés, qui se font vite dépasser par les événements, et qui du coup s'affolent un peu pour pas grand chose et te disent « j’ai pas eu le temps!», j’adore cette phrase ... dans un groupe, c'est un peu gênant, ça alourdit et ralentit le bordel. Dans la plupart des groupes dans lesquels j'ai joué, je m'occupe de chercher les dates et de faire les trucs un peu chiant, liés à la stricte organisation (trucs que personne n'aime ou ne veux faire!), donc il y a pas mal de choses qui reposent sur moi, et c’est pas une volonté au départ, c’est juste que si je ne le fais pas, personne le fait.

 

Perso, maintenant, c'est impossible de juste être « musicien », le délire du zicos de base qui ne s'intéresse qu'à son « Art » (c'est généralement comme ça qu'il définit les quelques accords qu'il enchaîne) ne m'intéresse pas du tout, j'ai besoin d'avoir un oeil sur le reste, c'est un tout.

En règle générale, dans un groupe, c'est toujours celui (ou ceux) qui en font le moins, qui sont les moins impliqués, qui se plaignent le plus et ont l'impression d'en faire le plus...

 

Jouer dans un groupe, quand tu es mal entouré, ouais effectivement c'est pas très facile, ni très agréable... jouer dans un groupe, ça veux dire passer du temps à bosser sur les morceaux, répéter régulièrement, faire des concerts (donc s'absenter régulièrement de chez soi), enregistrer des disques et essayer de progresser à chaque nouvelle prod’ et à chaque nouvelles tournése... ET, travailler à côté pour payer son loyer. En tous cas, c'est dans cette optique que je vois les choses... et souvent les gaziers ne se rendent pas compte de ce que cela demande de l'implication et de l'effort à fournir... quand il s'agit de jouer dans le club du coin, ok ça passe, quand il s'agit de faire les premières tournées, ok ça passe toujours, on rigole, on est sur la route, on se poivre la gueule, on a le feu aux couilles et on vit la grande vie... l'année suivante, c'est déjà moins drôle, celle d'après, c'est plus drôle du tout, et surtout les gaziers commencent à se plaindre, pas de thune, la femme qui gueule à la maison, le môme qui grandit, et les pantoufles qui commencent à pousser sur les converses... voilà comment ça se passe. Ce n’est pas nouveau et ça sera toujours le cas.

 

Perso, je passe la plupart de ma thune dans l'activité de mes groupes, je suis très impliqué, je passe du temps sur mon ordi’ pour faire avancer le bordel, bref j'y met un peu d'intention, quoi... Même si ça reste à un petit niveau, ça demande pas mal d'efforts. En ce moment, quand je dois répéter avec the Last Brigade (basé à Nîmes), il faut que je me tape 5h30 de TGV. C'est pas ce qui me fait le plus vibrer, tu vois? Mais je le fais, car je n'ai pas le choix et ça fait parti du deal... Alors que certains mecs vont se plaindre parce qu'ils ont un trajet de 30 minutes en voiture pour se rendre au local...

Donc je dirais que ce n’est pas de jouer dans un groupe de rock qui est difficile, c'est de participer à une activité, qu'importe l'activité, et d'être entouré de gens mous, flasques, pas énergiques et pas motivés... des gens qui, souvent, « n’ont pas le temps ». Pourquoi ils n’ont pas le temps ? Parce qu’ils ont des « trucs » à faire. Enfin, je ne te fais pas de dessin.

 

Ce que je préfère dans un groupe? Ou plutôt dans le fait de jouer de la musique, c'est d'être créatif... de composer, de sortir un truc, de le penser et de le concrétiser... j'aime bien enregistrer des disques, être en studio, c'est un truc que j'ai appris à vraiment apprécier avec les années... j'aime jouer de la guitare et de la basse, donc jouer en groupe c'est le top, jouer ses propres morceaux et se faire plaisir, les écouter et puis trouver que c'est pas terrible et remiser le disque dans une boîte en carton, hahahaha...

J'aime aussi être sur la route, mais j'ai des périodes de grosses baisses de motivation... toujours tracer à droite et à gauche, pour jouer devant plus ou moins de monde, toujours dans les mêmes petits clubs ou bars devant des gens qui souvent s'en foutent... mais bon, ça fait bouger, j'aime bien voyager, être en mouvement, c'est comme un road trip, sauf que tu joues le soir, c'est comme ça que je prends les choses... On accumule les souvenirs et les petites histoires, je me dis que c'est mieux que de coincer devant la TV ou dans le bar du bas de sa rue... C'est une expérience, on en tire forcément quelque chose, on apprend sur soi même et sur les autres... avec mes groupes, je suis passé dans des villes ou des pays dans lesquels je n'aurais jamais posés les orteils... faire des kilomètres dans un van, jouer le soir, et répéter ça autant de fois que possible me plaît, ce côté répétitif...

 

6- Tu es plutôt entier comme mec... Est ce que tu te trouves facile à vivre ? Qu'est ce qu'elle en pense Mme Nasty ?

Avec tes questions, j'ai l'impression que tu me prends pour un gros pénible, non? Ahahahha... je réponds en partie à cette question dans celle du dessus, non ? « Entier », ouais c’est peut-être le mot… si j’ai un truc à te dire, je te le dirai, c’est sûr… et je n’ai peut-être pas toujours la diplomatie requise, mais bon, le problème sera résolu d’une manière ou d’une autre… mais je pense être sérieux, et en règle générale, quand je suis impliqué dans un projet, tu peux compter sur moi jusqu’au bout. Humainement, je suis assez droit, j’ai des valeurs et des principes, et des fois ça complique un peu mes relations, je suis vite déçu par les gens en fait… Et quand il y a problème, je règle souvent le différent frontalement, les gens n’ont pas trop l’habitude de ça, je pense… Un autre truc dont les gens n’ont plus l’habitude c’est d’entendre le mot -non-. Et je n’ai jamais peur de l’utiliser.

 

Aaaaah, Mme Nasty, elle est aussi douce que je suis rustre, aussi calme que je suis tempétueux, aussi équilibré que je suis lunatique, aussi souriante que je suis colérique. Et quelle cuisinière! Ahahah. Qu'est ce qu'elle en pense? Heu, certainement qu'il ne me faut pas me contredire trop souvent!!! Autrement c'est le coup de ceinturon! Ahahaha!

Et toi, avec Mme Laloue, ça se passe comment ?

 

Au fait, à ce propos, je viens d’enregistrer une poignée de titres avec Mme Nasty au chant, c’est un nouveau groupe : TEENAGE RENEGADE. Ces titres figureront sur un 45t (7’) à sortir en Janvier/Fevrier 2009. Pour la session studio, c’est mon pote Mr Buenax (batteur d’Hawaii Samurai, the Ronnie Rockets, the Irradiates) qui a enregistré les prises batteries et j’ai joué les guitares et les basses.

 

7- D'ailleurs, comment se transforme t'on de Samuel G en Nasty Samy ? Est ce que cette mutation est douloureuse et laisse t'elle des traces ?

J’ai pris ce pseudo quand j’ai commencé à écrire ma colonne Everyday is like Sunday dans le fanzine Kerosene (il y a environ 5 ans), qui correspondait aussi à la période où j’ai intégré Hawaii Samurai, où on avait tous un pseudo à la con… c’est un nom de plume, rien d’autre. Au fur et à mesure, mes potes m’ont appelé -le Nast’-, j’ai commencé à recevoir des lettres avec ‘Salut Nasty’, des emails aussi… sur les colis promos que je reçois pour mon webzine, sur les enveloppes il n’est pas rare que ça soit inscrit ‘la Crypte Maudite de monsieur Nasty’, c’est marrant… c’est pour le show quoi! Maintenant je suis « connu » sous ce sobriquet… « Ah ouais le gros lourd de Nasty, de Besançon, je le connais… » .

 

Et sur mon webzine, ce pseudo me permet de parler de moi à la troisième personne, j’adore ça. C’est mon côté Alain Delon qui ressort, et du coup je me fais traiter de mégalo dans tous les fanzines, c’est bien, c’est toujours agréable.

Je voulais m’appeler Phil Pestilence, mais c’était déjà pris… dommage.

Mais je te rassure, ma mère m’appelle toujours Sam, et ma grand-mère Samuel. Et pour répondre à ta question, non je ne laisse jamais de trace car je frappe du plat de la main, bien fort.

 

8- "Les musiciens qui parlent de musique ça me fait bailler, j'ai deux oreilles pour ça, inutile de palabrer". C'est de toi, je trouve ça dur et lucide à la fois...

La phrase est sortie de son contexte, ou alors je me suis mal exprimé, je me suis fait mal comprendre, je suis champion pour ça... je suppose que ce que je voulais dire, c'est les musiciens qui parlent de LEUR musique, ça me fait bailler... parce qu'ergoter des heures sur les bienfaits d'un excellent disque, c'est mon sujet de conversation de prédilection!

 

9- Tu restes fidèle à ta région et à Besançon. Qu'as tu à dire de ces lieux chargés d'histoire pour toi ? Que ce soit d'un point de vue musical ou géographique, culturel.... Tu n'as jamais eu envie de déménager vers une plus grande ville ? Paris ou même l'étranger ?

Je suis très bien à Besançon. J’ai trouvé mon équilibre… je suis souvent sur la route, donc je visite la plupart des grandes villes française une ou deux fois l’année (des fois plus), ça me suffit amplement. Besançon a un climat qui me convient, avec des hivers rudes, j’aime ça, je suis un montagnard, je viens du Haut Doubs, terre sauvage où les enfants courent nu dans la neige et vont chasser l’ours dès le plus jeune âge. Les gens sont bourrus et les mœurs paillards… personne n’écoute du screamo ni de post rock, et encore moins de sludge, là bas c’est plutôt bourrée du village et tronçonneuse sur la banquette arrière de la 309. Si tu as ton bac, on t’appelle ‘le professeur’, si t’as un Deug, t’es carrément pris pour un astro physicien… c’est mon pays, mes racines. Ah ! Et on a un adage que tous les citadins se doivent d’appliquer à la lettre s’il ne veulent pas finir attachés à un sépia et rués de coups avec un manche à pioche: « Roule tout doux dans’l’Doubs ! » Je te laisse cogiter sur ça, mec…

 

Revenons à Besançon, il ne fait pas trop chaud, la chaleur je déteste ça… le soleil et la chaleur t’empêchent de bouger comme tu voudrais, tu sues, tu pues, et tu te plains, c’est pas bon pour le karma… on a un gros accent, les racines germaniques ont laissé des traces, quand tu hausses le ton, les gens comprennent bien où tu veux en venir et te prennent au sérieux, c’est pas l’accent de Marcel Pagnol, quoi…

Bon, il pleut souvent, mais bon, c’est bon pour la cueillette de champignons le dimanche matin… tu casses doux ou trois œufs, et ça te fait une belle omelette.

C’est situé à côté de la Suisse Allemande et Romande, à deux pas de l’Allemagne, à 2h30 de Lyon, à 2h30 de Strasbourg, à 3 heures de Nancy et à 5h de Paris, pas hyper loin de la Belgique ni de l’Italie, bref c’est idéalement situé pour un groupe…

 

200 000 habitants, ni trop peu, ni pas assez, il y a le feeling d’une petite ville et l’agitation (dans certaines rues) d’une grande ville. C’est une ville universitaire, donc beaucoup de jeunes, et beaucoup de touristes aussi, avec le passé historique et l’architecture de Vauban. Le centre ville (à 80% piéton, une excellente chose) est une sorte de presqu’île, entouré par le Doubs, c’est peu commun, « pittoresque » comme on peut le lire dans le dépliant touristique. Beaucoup de remparts, au temps jadis c’était un nerf de la guerre, une ville fortifiée, donc les vestiges sont assez chouettes… dans la région, on a encore cette mentalité guerrière, limite héroïque, d’ailleurs c’est pas rare que je porte une cote de maille et un haume métallique pour aller faire mes courses au Monoprix.

Faut également savoir que c’est une ville dite « ouverte » avec beaucoup de foyers d’hébergement, des structures d’accueils et ce genre de choses, donc on fait partie d’un grand axe traversé par une horde de hobos modernes, de traîne-savates professionnel et de punk à chiens voyageurs… Besançon est la ville ‘test’ du RMI, ça a commencé chez nous, pour le meilleur et pour le pire… Donc c’est quand même une ville qui brasse, il y a du mouvement, c’est vivant.

Il y a des musées, des salles de concerts (trop mal exploitées à mon goût) et culturellement c’est assez « classique » (dans le sens touristique du terme) mais pas inintéressant. La scène locale est assez riche, beaucoup de groupes, quelques structures hardcore ou punk (majoritairement labels/distro et orga’ concerts, malheureusement pas de fanzine!), et globalement il y a du public aux concerts.

Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il y a une effervescence à Besançon qu’il n’y a pas dans les grandes villes aux alentours : Dijon, Belfort et même Strasbourg.

Autre chose, tu prends ta voiture, et en 15 minutes tu cours en pleine montagne, dans la forêt, au bord d’une rivière, hyper important… tu peux même faire du ski (fond ou descente), du deltaplane, du VTT.

Au niveau cinéma, il y a ce qu’il faut, au niveau zique, ces 5 dernières années c’était un spot obligatoire en France, avec pas mal de concerts rock/punk/hardcore (c’est un peu moins le cas maintenant, mais ça reste correct)… bref, pour moi, il y a tout ce que je demande.

Juré, je ne suis pas subventionné par l’office de tourisme de la région !

 

Lors de mes tournées, je n’ai pas encore traversé une ville où je me suis dit « woha je veux habiter ici ! ». Mes potes sont ici, ma famille n’est pas loin, j’ai tout ce dont j’ai besoin, pourquoi chercher ailleurs ?

Paris, je ne supporte pas, tout est plus compliqué, mentalité bizarre… répéter, aller au cinéma, aller à un concert, c’est plus dur qu’en province. Keep it simple! Il y a bien sûr des tonnes de trucs intéressants à faire tous les jours mais ça demande une telle organisation (et un compte en banque adapté !) que tu passes plus de temps à brasser de l’air qu’à véritablement faire du concret… Lyon, bof, j’y vais régulièrement et ça me suffit, rien ne m’y attire spécialement… c’est un peu le Paris du pauvre, quoi… pour le reste, rien qui m’apporterait ce que je ne peux pas trouver à Besançon.

Et je ne supporte pas le Sud de la France. Pour moi, plus on se rapproche de l’Espagne et de l’Italie, plus je deviens nerveux. En fait, j’ai du mal avec notre côté latin… ces gens qui parlent fort et qui dorment beaucoup, je ne m’y fais pas.

Pour moi c’est toujours au Nord que je regarde. Je préfère tourner la tête vers les plaines scandinaves, ou des armées de black metal se cachent dans des forêts enneigées, parmi les loups et les chevreuils, attendant la bonne heure pour reconquérir le continent européen. Ah !

Si je dois bouger, ça serait éventuellement pour changer de pays. Ma femme est américaine, elle vit avec moi en France depuis presque 5 ans, si elle veut retourner au pays un jour, et ça arrivera forcément, je la suivrai…

 

Bon, c’est assez cliché ce que je vais dire mais si tu trouves ton équilibre, ton mode de fonctionnement, ta vitesse de croisière, si tu es bien dans ta tronche, tu es bien partout… si t’es déprimé et au fond du gouffre, que tu te traînes et que tu n’arrives pas à prendre les choses par le collet, Lyon, Paris, Berlin, Bangkok, Sydney ou Marrakech tu n’y vois aucune différence, tu continues à couler.

Ma méthode pour ne pas sombrer: trouver une base où tu peux souffler, un petit havre de paix, un cocon blindé, un garde meuble où je laisse mes disques, mes livres, mes VHS/DVDs et tout mon bordel, un endroit où tu peux te poser, travailler en paix, recharger les batteries et te requinquer, et repartir une fois que tu es regonflé… mais, et j’en suis sûr, il faut bouger et voyager pour se sentir bien, vivant quoi.

 

10- L'étranger, parlons en... Par exemple des Etats-Unis, celui qui te connaît un peu sait que tu as une certaine attirance pour ce pays. D'ou vient cette attirance ? Depuis quand ? Je suis sûr qu'il y a une explication musicale mais ce n'est peut être pas la seule ? Beaucoup critiquent les E-U… je suis d'accord avec toi, avant de juger un pays, c'est bien d'y mettre les pieds...

Comme je te l’ai dit, ma femme est américaine (Mississippi, Sud) donc ces dernières années, j’ai été amené à y aller au moins une fois par an. Ma femme serait Bolivienne, je suppose que j’irais plus souvent en Bolivie.

En ce qui concerne les Etats-Unis, on va dire que c’est plus sa culture que le pays à proprement parlé qui m’intéresse, même si d’un côté la culture reflète pas mal de trucs, c’est sûr… tous mes groupes préférés, mes auteurs préférés, mes cinéastes préférés, mes illustrateurs préférés, mes acteurs préférés sont Américains. A ce niveau, on ne peut pas dire que ça soit une coïncidence.

Depuis hyper jeune, la culture ricaine a eu un impact sur moi, ainsi que sur beaucoup de gens de ma génération je pense… je pense que ceux qui avait 15 ans dans les années 70 se prenaient la culture anglaise en pleine truffe, aussi bien pour le rock et le hard rock ainsi que le punk, qui était une réaction à tout ça, tout se passait outre Manche.

Dans les années 80 et 90, c’est différent, la culture ricaine est à son apogée, quand tu es au collège ou au lycée, tu te prends ça assez violemment dans la couenne et tu aimes ça ! Le hard core de la côte ouest aux débuts des 80s, puis la scène hard-rock de LA, la scène metal extreme (le thrash, les début du death metal) puis l’arrivée du rock de Seattle (communément appelé –grunge-), le hard core (new yorkais ou pas) puis toute la scène indie punk… Rien en Angleterre ne peut rivaliser avec cette grosse artillerie, et d’ailleurs à cette époque les Anglais on n’en entend plus parler.

Que de bonheur pour un teenager dans les 90s… tu me parlais de l’Angleterre, je te rigolais au nez… de plus les States, c’était ce pays lointain, quasiment une autre planète, beaucoup de fantasmes, tout ce qu’on voyait dans les séries nous faisait délirer (les high-school, les bus jaunes, les cheerleaders…), un truc intouchable… alors que tous les voyages scolaires passaient par l’Angleterre (et l’Angleterre n’est pas très différente de la France finalement), tu vois ? C’est un tout…

Je vais galérer pour te citer 10 films anglais que j’adore, des acteurs, des auteurs, alors qu’en ce qui concerne les ricains, je peux t’en citer des tonnes. Pour les groupes c’est un peu différent car la plupart du rock’n’roll vient de l’Angleterre, mais les ricains leur ont tout pillés et se sont appropriés le délire, jusqu’à en devenir les patrons indéniables.

 

De plus, ils ont un truc que nous n’avons pas, cette folie de l’entertainment. Et c’est définitivement mon truc. Tout doit être un spectacle, tout doit en mettre plein la vue… la musique, le ciné, le sport, les émissions TV, les congrès politiques, les sermons religieux, tout est calibré pour être spectaculaire, je trouve ça assez cool.

En général, l’anti-américanisme du franchouillard de base est assez saoulant… Bush et compagnie, ok on a compris, c’est un peu comme si on jugeait les Français suivant Chirac et Sarkozy… faut quand même aller un peu plus loin que ça.

Comme tu le dis, il y a beaucoup de clichés sur les Etats-Unis, une fois que tu y es allé, tu peux t’apercevoir que ce que tu vois des ricains quand ils sont en Europe ce n’est pas forcément comment ils sont sur leur territoire. Et bon, il y a 50 états, chacun assez différents l’un de l’autre, avec des législations différentes, des politiques différentes, des traditions différentes, donc c’est dur de comparer l’état du Texas avec le Michigan, par exemple, ou la Californie avec l’Alabama … et je te parle même pas des différences climatiques et géographiques… bref, c’est un pays hyper grand, hyper riche, que tu ne peux résumer à quelques phrases réductrices…

La culture ricaine est basée sur l’efficacité… tu fais un truc, il faut que tu le fasses mieux que ton voisin, c’est très compétitif, très rapide, ça ne me dérange absolument pas.

L’Amérique c’est un gigantesque magasin où tu peux tout trouver, tout acheter à n’importe quelle heure… j’adore ça. En France, c’est l’exact inverse, tout est poussif, la moindre des choses semble compliquée, ça pinaille et ça traîne, un calvaire. Trop administratif, trop ancré dans des traditions passéistes. Notre pays se repose sur ce mythe d’ « exception culturelle », c’est un leurre. En 2008, c’est une blague.

 

Il y a bien évidemment d’énormes points négatifs et aberrations aux States, comme partout… comme je le disais, tout est amplifié, exagéré, même les pires trucs en fait… Mais je préfère regarder ce qui m’intéresse et ce qui me fait rêver. Quand j’y vais, j’y suis en touriste de base, j’y vois ce que je veux bien y voir et je ferme les yeux sur ce qui est craignos. Rien, ni personne, ni aucun pays n’est parfait.

 

11- Alors que beaucoup vont en Californie ou à New York, toi tu aimes le sud des Etats-Unis, le Texas... Explications Mr Nasty ?

Pas spécialement, c’est un concours de circonstances… il y a beaucoup de régions que je voudrais visiter. Comme je le disais, ma femme est originaire du Mississippi, donc c’est toujours un point de chute lors de nos excursions. Autrement j’ai passé un peu de temps à Austin (Texas) qui est une ville très singulière, très différente du reste des villes (et de l’ambiance générale) de cet état. Une ville très intéressante, très culturelle, très vivante, une énorme scène musicale, avec un passé glorieux dans le rock (c’est la ville de Roky Erickson du 13th Floor Elevator, de Stevie Ray Vaughan, etc…). Du coup, à chaque fois qu’on est dans ces coins du Sud, on en profite pour passer un peu de temps dans quelques états limitrophes (Alabama, Louisiane, Georgie…).

Je suis également allé à New York il y a quelques mois et j’ai craqué, une ville incroyable, unique, un bouillonnement, un volcan, il faut voir ça au moins une fois dans sa vie… je squattais dans le Bronx, du coup on utilisait pas mal les bus, les taxis, les trains, ça nous a permis de voir la ville intra muros (Manathan et compagnie) mais aussi les banlieues environnantes et les quartiers populaires, très cool !

 

12- Qu'est ce que tu aimes en France ? J'ai pas l'impression que cela va être facile pour toi ?

Non, tu te trompes, c'est un très beau pays, il y a de superbes villes à visiter, des régions magnifiques... Il y a des villes très intéressantes, chargées d'un lourd patrimoine culturel et historique. Après c’est un petit pays, on en fait vite le tour… j’ai joué dans la plupart des villes moyennes et des grandes villes (pour certaine ville une bonne dizaine de fois), j’ai traversé la France du Nord au Sud, d’Ouest en Est, donc je commence à connaître… en fait c’est plus dans la mentalité française en général que j’ai du mal à me retrouver.

Ce qui est un peu frustrant, c’est que tout ce que j’aime en matière de films, musique, livres, comics, etc, en France il faut aller dans des boutiques spécialisées et bien gratter pour se les procurer, dans les villes principales bien souvent (Paris, Bordeaux, Rennes, Lyon, etc).

Alors que toutes ces choses là, aux States, tu n'as qu'à tendre les bras pour prendre ce que tu veux, même dans le Wall-Mart de base tu arrives à trouver des films cool et de la bonne zique, et ce à n’importe quelle heure (24/24!)... ça peut presque en devenir lassant en même temps. Cet été, je discutais avec un disquaire à Atlanta, super sympa, qui me disais détester les Etats Unis car il y avait trop de choix, trop de facilité, que ça en devenait ridicule... il adorait la France, il est venu à Paris il y a une 10aine d'année et a vraiment scotché, il me disait qu chez nous il se sentait à nouveaux en difficulté, qu'il fallait s'organiser, se prendre la courge pour vraiment faire ce qu’on voulait. Et moi je lui disais que je venais aux States pour justement trouver à ce côté énorme galerie marchande et parc d’attractions, pour cette facilité !

 

12 (bis)- Ta femme qu'est ce qu'elle aime de la France à part toi ?

Elle adore le pays, ses paysages, l'architecture de certaines villes, les monuments, la bouffe, le passé historique, mais elle n’aime pas spécialement sa musique (elle hallucine vraiment quand elle entend nos chanteurs de variétés des 80s, ou tous les groupes festifs, les chansons à texte, la chanson française, etc, pour elle c’est du domaine de l’incroyable!)...

Quand je l'ai rencontré, elle étudiait l'archéologie et l'histoire de l'Art, elle connaissait déjà bien l'Europe, elle n’est pas passé des States à la France directement, le changement n’a pas été radical. Elle a beaucoup voyagé... elle a vécu une année en Allemagne donc elle n'avait pas spécialement déroutée... elle apprécie vraiment les châteaux, les fortifications, les vieilles sculptures, les musées, les vieux centre ville, les petites ruelles bien typées, bref tout ce qui n'y a pas aux USA! Elle a un peu de mal avec notre côté latin, à toujours être les uns sur les autres, se faire la bise, ne pas respecter l’espace privé des gens, se frôler, se bousculer, se regarder dans les yeux, ce côté tactile on va dire… et c’est également un truc qui me prend la tête, cet espèce d’amicalité forcée et obligatoire, c’est usant, ça me rend nerveux.

 

13- Tu as organisé des concerts, tu fais un label, tu joues dans des groupes, tu fais un webzine, un zine... Qu'est ce que tu as encore envie de faire ?

J’organise encore des concerts de temps en temps (environ 4 ou 5 fois dans l'année), mon label (VAMPIRE Rds) est une minuscule structure que je consacre désormais seulement à mes propres groupes quand c’est nécessaire (pour des co-productions ou des trucs du genre), je joue dans 3 groupes, je gère le webzine EVERYDAY IS LIKE SUNDAY, édite un fanzine une fois par an (les archives des articles que j’ai écrit durant l’année, publiés dans mon webzine ou dans quelques autres publications), j’écris dans le magazine RISE TATOO MAG (la rubrique -Skeleton in the Closet-), je vais également écrire (à partir du prochain numéro) dans le fanzine Sep7ième Dimension (dédié au ciné gore, Z et horrifique, un zine basé à Toulouse), je viens également de commencer un podcast (NOW IT’S DARK PODCAST que j’anime avec des potes, c’est un truc très marrant à faire), support que je vais essayer de bonifier au fil des épisodes (un épisode par mois sur mon site)… une sorte de radio punk rock/hard rock, avec des reviews de concerts, de cinéma et de blah-blah de nerd obsédé par la culture underground/bis.

Au niveau musical, j’ai ce qu’il me faut… même si j’aimerais bien faire un jour un album hyper différent, éloigné du schéma rock’n’roll, un truc indus, une zique bizarre, comme une BO de film, avec des machines et des dissonances… à voir. Collaborer musicalement sur des courts métrages ou sur des petits films, ça serait vraiment bonnard…

Le reste de mon temps libre, je fais du sport, j’adore ça… ça me vide la tête, c'est bon pour le mental, et ça me retend des pieds à la tête! J'aime bien être tendu, sur les nerfs... c'est mon équilibre.

 

Il y encore beaucoup de choses que j'aimerais faire... voyager davantage par exemple. Je tourne beaucoup moins à l’étranger depuis la fin d’Hawaii Samurai. J’ai rejoué en Suisse, en Belgique et fait une petite tournée en Espagne mais j’aimerais être davantage à l’étranger… avec Internet, myspace et compagnie c’est devenu beaucoup plus facile de tisser des liens avec des structures et des groupes étrangers, c’est plus facile de tourner et de faire des échanges, certes, mais les conditions sont minimales, en plus tu ne sais jamais si ton interlocuteur est sérieux ou si c’est un charlot… hors, tourner à l’étranger pour perdre de la thune, c’est inconcevable, donc là je me concentre déjà sur la France, chaque chose en son temps, et je verrai après comment ça se profile…

 

Je prépare la traduction et l’édition du livre de mon pote Kevin K (New Yorkais, exilé en Floride), ses mémoires de punk rocker. « How to become a succesfull loser », c’est son titre, ça ressemble un peu aux bouquins de Dee Dee Ramone, un carnet de route et de souvenirs d’un bonhomme qui en a vu de belles et de moins belles (il a assisté à tout le cirque new-yorkais à la fin des 70, il a sorti une 15aine d’albums, et continue de jouer en solo, de tourner aux States, en Europe et même au Japon). Un bouquin très punk rock. C’est très excitant, c’est nouveau pour moi. J’adore les livres, participer à la sortie d’un livre, c’est un truc dément pour moi. Sortir des disques, ça devient routinier même si ça m’éclate encore à fond, mais il n’y a plus beaucoup de surprises... Ca fait environ 10 ans que je sors au moins un disque par an, donc c’est peut-être plus aussi stimulant que ça l’était au début.

Par contre, bosser sur l’édition d’un bouquin, là c’est flacon fraîcheur, surtout quand le sujet et la punk rock attitude dans toute sa splendeur, et que le mec qui l’a écrit est un pote, pour qui j’ai beaucoup de respect.

Le livre sera édité par plusieurs structures, on est plusieurs à bosser sur le projet, c’est du gros boulot, traduction-rédaction-mise en page-imprimerie, etc… chacun ira de sa petite compétence. Kicking Records est également sur le coup (le livre sera accompagné d’un best of de Kevin K retraçant sa carrière depuis 1978), ainsi que Tof du fanzine I Hate People et Jean Sé (qui écrit sur mon site). Ca sortira vers le mois d’Avril 2009.

 

Autrement, j’ai envie de continuer à visiter les States régulièrement… j’ai pour projet de partir pendant 6 mois et de voyager d’états en états, laisser tout mon bordel de côté pendant une petite année, juste voyager et tenir un petit carnet de bord… profiter et découvrir de nouveaux trucs. Je suis en train de le planifier, c’est surtout financièrement qu’il y a complication. Je pense faire ce trip d’ici 2 ans.

Autrement, j’aimerais bien aller en Australie, et en Grèce. Deux pays qui m’intriguent et qui m’attirent. Je suis déjà allé au Canada (anglophone), j’aimerais bien y retourner (même si on est proche des Etats Unis dans l’organisation de la société).

Il y a des centaines de trucs que j’aimerais faire… tant que ça peut casser la routine, je prends.

 

14- Puisque l'on parle du webzine : Le nom "Everyday is like Sunday" est un hommage à Morrissey puisque c'est un titre de son premier album solo. Je n'arrive pas à écouter les Smith ou les disques solos du Monsieur... Tu peux m'expliquer...

T’expliquer pourquoi tu n’arrives pas à écouter MORRISSEY ou les SMITHS ? Heu… peut-être parce que tu as mauvais goût, hahahaha…

Ou t’expliquer pourquoi j’adore LES SMITHS ou MORRISSEY ? Tout simplement parce qu’il y a quelques années je me suis penché de près au personnage et que je l’ai trouvé très intéressant… j’ai lus des bios, beaucoup de ces interviews… et comme je te le disais en début d’interview, mon père écoutait les SMITHS alors que j’étais encore un môme… c’est un groupe qui m’a accompagné toute ma vie, que j’écoute encore… un groupe très original, assez sombre, le jeu de guitare de JOHNNY MARR est incroyable, très singulier… c’est un groupe à part, comme beaucoup de groupes anglais de cette époque… J’ai tous les disques des SMITHS et de MORRISSEY, je ne m’en lasse pas, il y a des périodes où j’écoute plus que d’autres, mais j’y reviens souvent, ça me rappelle de bons souvenirs, ça m’évoque pas mal de trucs, de bonnes sensations… je l’ai vu en concert il y a 7 ou 8 ans et j’ai trouvé ça vraiment bien, très rentre dedans, très classe, du vrai rock raffiné, original, qui a de la personnalité… son dernier album est superbe, produit pas Tony Visconti, attention le décollage, tu fermes les yeux et tu voyages !

 

15- Présente moi avec tes mots à toi l'équipe qui oeuvre avec toi....

Encore heureux que c’est avec mes mots que je vais me présenter, manquerait plus que j’appelle mon voisin (une voisine en fait, vraiment pas mal) pour écrire à ma place !

Depuis les premiers jours du webzine, il y a eu quelques mouvements… l’équipe semble maintenant stabilisé. Je précise que je les connais tous personnellement. Jean Sé était bassiste du groupe punk Steroids (et organisateur de concert via l’asso Kanivo Chaos, il a écrit dans le zine Kanivo Chaos il y a une petite dizaine d’année), Tof écrivait dans le webzine Tous en Tongue (il édite également son propre zine papier : I Hate People), Zakky écrivait dans le webzine Tous en Tongue (il a joué de la guitare dans Sleazy Arse, puis Plainraw, et actuellement chanteur/guitariste dans Copper Blue), Montag (qui édite le génial fanzine Grobader), le Blob Morlock (ancien président de l’asso Kerosene, qui a animé aussi des émissions radios, publié quelques zines, chanteur des Boum Boumos), mister Buenax qui vient d’arriver (ancien batteur d’Hawaii Samurai et actuel batteur de the Ronnie Rockets et the Irradiates) et Lucien (chanteur de Lost Boys) est aussi un nouveau. J’ai quelques contributions très ponctuelles de mon pote Guy Lux Interior (batteur de Sparkling Bombs, qui s’occupe du webzine www.veglam.com). Voilà l’équipe de folie ! Tout le monde à plus ou moins sa spécialité et on se marre comme des baleines !

Venez faire un tour à la maison : www.likesunday.com

On s’y sent bien et on a mis du Gatorade au frigo!

 

16- Tu dis ne pas chroniquer tout ce que tu reçois, c'est quand même dommage pour les groupes qui passent à la trappe, non ? Tu passes ces disques à d'autres qui peuvent en parler...

J’écris avant tout parce que c’est un plaisir… et ce n’est pas plaisant d’écrire sur un groupe que l’on n’apprécie pas. Et honnêtement, je n’ai pas le temps, c’est déjà dur d’arriver à voir les films que je voudrais voir, à finir tout ce que j’ai commencé… c’est pas pour prendre du temps pour écrire sur un groupe dont je me contrefous et dont je n’apprécie ni la musique ni le fonctionnement ; Dans le site, j’ai mis un petit avertissement destiné aux labels ou aux groupes qui m’envoient du matériel promo. Et même avec ça, je continue de recevoir tout et n’importe quoi. Il y a des styles musicaux que je ne supporte pas, donc hors de question de perdre du temps dessus… de plus, le site est ancré dans une certaine culture, dans un certain délire, si des groupes sont trop éloignés de l’univers dans lequel baigne le site, je ne chronique pas… le site n’a pas de but informatif, on n’essaie pas de marcher sur les plates bandes des magazines ou de la presse spécialisée, on ne traite d’ailleurs pas que de nouveautés, loin de là… Sur la toile, il y a de la place pour tout le monde, pour tous les styles, pour tous les genres.

Dans Everyday is like Sunday, on traite de rock (et affilié) et de ciné de genre, bref de la culture bis, teenage et barrée. Ce qui n’entre pas dans ce cadre n’est pas chroniqué. Pour ma part, c’est simple, si le disque reçu ne m’intéresse pas, je ne le chronique pas, je fais tourner un mail à l’équipe pour savoir qui ça branche, si ça n’intéresse personne, ça finit dans ma poubelle ou je l’échange dans une boutique d’occaz’. Quand un label me contacte pour me proposer des promos, je lui explique comment je procède. Il y a quelques cas où c’est moi qui demande un skeud promo aux groupes (si je découvre un truc intéressant sur myspace par exemple) et là, bien sûr, je chronique. Sur la route, je récupère également qqs promos de groupes avec lesquels on joue, où on me passe des disques quand je suis au stand merch…

Je chronique également des disques que j’achète (je suis un gros consommateur), généralement c’est des groupes que je connais bien, c’est plus facile d’en parler et de faire de bons papiers…

 

17- As tu retrouvé la trace de Phil Pestilence (Hard Rock mag) pour une interview ??? Moi aussi j'étais fan de ses chroniques...

Yep! Steph du zine Rad Party (qu’il connaissait bien à l’époque) m’a envoyé un lien sur un article qui traitait de ses nouvelles activités. Olivier Portnoy (chanteur de Dead Pop Club et journaliste musical) m’avait également dit qu’il avait changé de délire. Il a coupé les ponts avec son passé de journaliste hardos, il a monté un business très fructueux lié à l’informatique aux USA, un gagnant ce Phil ! Voilà ce que j’en sais, dans les grandes lignes. Quelle plume! Non seulement ses reviews étaient d’enfer mais en plus il avait toujours le bon goût de chroniquer des bons groupes. Un sacré gars. Il a changé d’activité et a refait sa vie aux Etats Unis. Un grand de ce monde! Phil, si tu nous lis, saches que tu as ouverts les yeux et les oreilles de bons nombres de métalleux de ma génération et je ne t’en remercierai jamais assez. Une de mes influences, sûr de sûr!

 

18- Au niveau musical tu as des goûts très larges, cependant que penses-tu du rap ? Le metal, je sais que tu es fan, notamment du thrash, que penses-tu du black et du death metal ? Du grind ?

Pour le hip hop, j’ai une culture très restreinte. Je suis resté coincé sur des trucs que j’ai découverts dans les nineties, la vieille école. Des groupes qui étaient liés d’une manière ou d’une autre au rock, en fait. Je ne fais pas beaucoup d’efforts… J’adore particulièrement Ice T et Public Enemy dont j’ai une bonne partie de la discographie. Des trucs genre House of pain et Beastie Boys, aussi, à petite dose. Rien d’extravagant comme tu peux le constater. Et tiens, le dernier disque que je me suis acheté, c’est un disque de Consolidated, excellent et hyper varié (du hip hop à l’indus en passent par le free jazz, politisé et engagé).

 

Le thrash et le death, c’est la même famille, les mêmes racines, c’est de là que je viens, ça a été mon premier amour. Le Death old school, je pointe présent ! J’ai encore les k7 (achetées) des compilations Masters of Brutality, dessiné par Denis Grrr… j’adore des groupes comme Entombed (les 2 premiers albums étaient encore très éloignés de leur sonorité rock hyper gras), Death, Morbid Angel, Deicide, Vader, Dismember, Nocturnus, Malevolent Creation, Obituary et même Cannibal Corpse (les premiers albums). La première vague uniquement, depuis le genre a muté en ‘brutal death’, et j’ai beaucoup plus de mal.

Le black, je ne suis pas hyper connaisseur… c’est arrivé après, j’avais déjà les pieds dans des trucs plus punk ou hardcore ou indie. Pour ce qui est du true black, qui n’est rien d’autre que du punk de base speedé avec des voix stridentes, c’est pas mon truc, en plus c’est souvent ambigu, bref craignos. Une musique très rurale. Les plus gros groupes, plus calibrés, je préfère largement, comme Dimmu Borgir, Cradle of Filth, ça me fait délirer, c’est hyper orchestré, ça ressemble à de BO de films, hyper épiques, je trouve ça très cool. Après, les puristes du genre doivent détester… j’aime bien Satyricon, qui se rapproche du rock mid tempo bien malsain, le dernier album « Now Diabolical » est un chef d’œuvre.

Le grind, ça ne m’a jamais branché, trop bordélique… à l’époque, il y avait Brutal Truth et Napalm Death (que j’ai vu en concert), mais ça ne m’a jamais percuté. En règle générale, il me faut des mélodies, quand c’est trop extrême, ce n’est plus mon truc.

 

19- Henry Rollins, c'est ton héros, on peut dire ça ? Ou un modèle ? Il a bien un talon d'Achille, non ?

Mon héros, non. C’est juste un des mecs les plus prolifiques et les plus finauds issus de la scène punk/hardcore. J’apprécie énormément ce qu’il a fait musicalement, aussi bien dans Black Flag (la période la plus intéressante du groupe, et de loin!) que dans le Rollins Band, j’aime ce qu’il écrit, ce qu’il publie, ses émissions TV, son émission radio, ses spoken word, sa vision des choses et j’aime sa philosophie de vie (en gros : fonce et croque la vie et bouge ton fion). Il a plusieurs facettes, et toutes me font bien tripper. Voilà, c’est un personnage, un mec à part, toujours en mouvement… si ne serait-ce qu’un centième des brailleurs des groupes hard-core s’inspiraient de ce qu’il fait, je pense que ce style musical aurait encore un sens. Intelligence et Intransigeance. C’est un fan, il a faim de savoir, de musique, de livres, de voyages, bref c’est un char d’assaut. Il y a plein d’autres mecs qui me font rêver, mais dans une discipline… la différence avec Rollins, c’est qu’il est présent partout.

 

Il doit certainement avoir des défauts, je ne le connais pas, et à la limite, ça ne m’intéresse pas… j’aurais pu le rencontrer après ses spoken word, il finit toujours sur le trottoir devant la salle dans laquelle il a fait son show, à discuter avec les gens, à signer des trucs, à prendre des photos, je ne suis pas dans ce trip là, je me contente de lire ses livres, de consulter son site de temps en temps et d’écouter sa musique, le reste ce n’est plus mon affaire… il peut bien se gratter le nez avec les doigts de pieds et pisser sur la lunette des chiottes, ce n’est plus mon problème…

 

Bon, ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a plusieurs Henry Rollins, plusieurs époques… époque Washington (SOA), époque début Black Flag, époque fin Black Flag, époque Rollins Band et maintenant. Il est beaucoup plus détendu qu’à une certaine période, assez drôle, même… il a eu des périodes sociopathe, misanthrope, assez bourrin, et limite poète maudit (moins mon truc)… il a eu un délire hyper disciplinaire aussi, je me retrouve assez là dedans. Bref, un gars complet et intéressant. Avec lui, une fois que tu as mis les pieds dans son univers, tu ne décroches plus… il se passe toujours un truc stimulant.

Même les derniers films dans lesquels il a tourné sont hyper biens et très fun : Wrong Turn 2 et Feast, deux films d’horreurs (survival et gore), hyper bon esprit.

 

20- Je sais que tu aimes les Ramones et surtout Johnny, beaucoup voyait en lui le dictateur du groupe, la tête de con... Et puis il supportait Bush, un Républicain... Tu dis quoi ?

Laurent, t’es un vicieux !

Rollins, j’apprécie à mort. Johnny Ramone, c’est mon héros. Tu vois la différence ? D’ailleurs les 2 se fréquentaient et s’appréciaient mutuellement. Il y a une règle très simple : sans Johnny Ramone, pas de Ramones, donc pas de punk rock. Tout simplement. Les Ramones ont défini à la fin des années 70 ce qu’allait devenir le punk rock américain, ils ont tout balayé d’un revers de la main : le classic rock, le hard rock, le rock progressif et même la vague punk anglaise. Et les cerveaux derrière cette manigance infernale, c’est Johnny et Tommy (premier batteur) et aussi Monte (leur road manager depuis le premier jour). Les autres sont aussi importants, mais d’une autre manière, c’est des freaks, Dee Dee est un ado attardé (il compose cependant tous les bons morceaux), Joey est complètement assisté, limite handicapé physique… une belle bande de pieds nickelés ! Le ciment de tout ça : Johnny Ramone.

Le mec a plus de 2000 concerts à son actif, quand même ! Je peux te dire que c’est une sacrée performance. Beaucoup voyaient en lui un gars fermé et crétin. Grossière erreur ! C’est un énorme passionné de cinéma (horreur/fantastique, un gros collectionneur) et grand fan de musique pop. Il n’a jamais caché son côté patriotique (terme à prendre différemment du patriotisme à l’européenne !)… il aime son pays et la culture de son pays… Il soutenait déjà Reagan à l’époque. Et puis Bush. Que veux tu que je te dise ? C’est bien son problème, pas le mien… C’est un pur produit de l’Amérique. Il ne s’en ai jamais caché.

Donc, si je te suis, je ne dois pas m’intéresser aux activités d’un mec qui a changé l’histoire du punk rock, de la musique même, juste par qu’il a glissé un bulletin de vote qui ne correspond pas à tes idées politique ? Honnêtement, je m’en tape… si je devais virer tous les livres, tous les disques et tous les films derrière lesquels se cachent des conservateurs ou des mecs qui ne sont pas spécialement de grands humanistes, je crois que je ferais un sacré ménage sur mes étagères… Clint Eastwood est un de mes acteurs préférés, il soutient Mc Cain, je dois le zapper ? John Milius est un de mes cinéastes préférés, le mec soutient activement la NRA, c’est pas beau, hein ? Idem pour Zack Snider ? Dans le monde des comics Frank Miller n’est pas clair non plus… j’adore Charlton Heston, il a joué dans des films géniaux (surtout la Planète des Singes et Soleil Vert), c’était la patron de la NRA, et un gros réac’… Idem, j’adore James Ellroy (et beaucoup d’auteurs de polars hard boiled ricains), et il n’est pas connu pour ses grandes idées de gauche (les autres non plus)… Lovecraft a redéfini la littérature horrifique et la science fiction, et il n’était pas spécialement cosmopolite, hein… idem pour Houelbecq en France (qui est un de mes auteurs préféré), Céline et beaucoup d’autres… Ted Nugent est un de mes guitaristes préférés ! Hou c’est pas beau ça, hein ? Chez les musiciens, c’est pareil, tu ne te doutes même pas du nombre de gars qui ont des idées qui ne te conviendraient peut-être pas… je suis un grand fan de Dave Smalley (Down by Law, ex Dag Nasty), de Deniz Tek (Radio Birdman), qui sont tous les 2 conservateurs… et je ne te parle même pas de la scène metal/hard rock où c’est quand même assez fréquent de trouver des mecs qui ont des idées un peu réac’…

C’est pas ce que glisse un gars dans une urne de vote qui m’intéresse, c’est de voir ce qu’il fait de sa vie, comment il la malaxe et ce qu’il en tire… tu vois? Les bons, les méchants, c’est une histoire de perspective. Bob Mould avait une bonne citation, qui résume assez bien ce que je pense de tout ça : « Revolution starts at home, preferably in the bathroom mirror ».

 

21- Au niveau cinéma tu es aussi fan de ce qui vient des Etats-Unis. Allez je vais te titiller un peu même si je sais qu'il t'en faut plus que ça pour t'irriter ! Par exemple tu aimes les films avec Stallone ou Schwarzenegger, ils sont considérés par beaucoup comme des films de beaufs... Qu'as tu à répondre ?

 

Que je suis certainement un beauf'! J'assume complètement!

Predator, Total Recall, la trilogie des Terminator, Conan le Barbare, tu appelles ça du ciné de beauf ??! Je dirais plutôt qu’on tient là le meilleur du ciné fantastique et de l’heroic-fantasy, des pièces maîtresse du cinéma contemporain.

Idem pour Rambo (le premier et le dernier de la série, des chef d’œuvre absolus) et Rocky (les 2 premiers et le dernier). Là, on parle de classiques.

Me faire traiter de beauf pas des mecs qui ne vont jamais au ciné, ne lisent aucun bouquin, écoute de la merde et pire regarde des matchs de foot à la TV, je t’avoue que ça ne m’empêche pas de roupiller.

Et d’un autre côté, quand je vois ce qui est hype dans les scènes « pointues », à la limite je préfère faire partie des beaufs !

 

Schwarzenegger à mené une vie EXTRAORDINNAIRE, dans le sens premier du mot ! Le mec sort d’un bled autrichien, famille de base, et le mec va devenir ce qu’il est, à la force du poignet, mental d’acier et volonté d’extra terrestre… il arrive aux States alors qu’il ne parle pas anglais correctement, fait son trou dans le milieu du bodybuilding, jouent dans quelques navets et l’histoire est lancée…et aujourd’hui, le seul truc qui l’empêche d’être président des Etats Unis, c’est son origine Autrichienne. J’appelle pas spécialement ça un loser… j’ai lu une bio vraiment bien sur son compte, et c’est vraiment hallucinant… perso, désolé, mais moi ça me fait rêver, c’est un personnage de roman, quoi. Il restera dans l’Histoire du ciné et du sport…. et de la politique américaine !!! C’est une caricature, il a imposé son image de marque… j’ai du respect pour ce gars. Sa vie, c’est un délire, le gars à tout connu, tout vu… magouillé des trucs inimaginables, fricoté avec des bons et des méchants, politiquement il prend ça comme il a pris le reste de sa carrière, il fonce dans le tas et il improvise, pour le meilleur ou pour le pire… il fait le show! Après, je comprends que certains esprits chagrins soient un peu apeurés par ce tank humain ! Schwarzy président, ahahaha !

 

22- Tu dis que tu es un passionné de ciné de genre ? Il n'y a rien à sauver dans les films d'arts et d'essai ?

Non, rien. Ca m’ennuie. Tous ces quadras dépressifs qui se regardent le nombril et claquent leurs payes de cadres supérieurs chez le psy’, c’est pas mon monde… foutez vous un canon sur la tempe et appuyer bien fort !

Art et essai, rien que le terme est risible… quand je suis arrivé à Besançon, période fac et après, j’ai habité pendant 6 ans avec un colocataire à fond dans les films arty et « intello »… mon pote Breund, un gros fan de cinoche, avec une culture phénoménale, passionné par le ciné d’art et essai. J’ai eu la chance de regarder pas mal de films et de voir des classiques français et étrangers : de Truffaud à Godard, en passant par Eustache, Pialat et Ozon, des petits films « à la française » genre Guédiguian, l’anglais Ken Loach, et Wim Wenders, et Jarmush, je me suis tapé l’intégrale d’Hitchcock, de Cassavetes, de Woody Allen, sans oublier les classiques de Ford, Hawks…etc… bref tout ce qui sonne bien quand tu le glisses dans une soirée d’étudiants… en tous cas ce fut un bon apprentissage, je suis hyper content d’avoir pu rentrer dans tout cette facette du ciné. J’ai appris. J’ai adoré certains de ces films et réalisateurs, j’en ai détesté d’autres… il y a des trucs vraiment bonnards, bien sûr, mais pour les films français, c’est un non catégorique, quel ennui ! Cependant, deux réalisateurs français que j’apprécie vraiment : Mocky et Chabrol. Des génies. Sombres et cyniques. Quoiqu’il en soit je préfère mes films fous, sanglants, bourrins, délirants, bricolés et généreux. De B à Z, il y a de quoi faire.

 

23- Quels sont les groupes, livres, films Français que tu aimes ?

Woha un paquet!

T’es prêt pour la liste ? Musicalement en France, les années 90 ont été un jardin paradisiaque ! Des groupes que je continue d’écouter et d’adorer ! Des influences à des degrés différents : Drive Blind, Portobello Bones, Tantrum (les 2 premiers disques), Real Cool Killers, Original Disease, Burning Heads, Dum Dum Boys, Noir Désir, les Dogs, Garlic Frog Diet, Sheriff, OTH, les Thugs, Greedy Guts, Sixpack, Keneda, Bushmen, Fake Hippy, Hint, Shaggy Hound, Dickybird, et j’en oublie certainement... sans oublier les groupes de ma génération, avec qui j’ai passé (et continue de passer pour certains d’entre eux !) du temps en tournée : Dead Pop Club, Flying Donuts, Homeboys, Headcases, etc… idem, j’en oublie ! Pour les groupes actuels, faites un saut dans l’écurie de Kicking Records, il y a tout le gratin français !

 

En ce qui concerne le metal, j’ai un gros faible pour ce qui se passait aux débuts des années 90, la scène thrash death française était d’un niveau phénoménal : Loudblast, Massacra, Crusher, SUP, Agressor, etc… dans un style un peu différent, j’aimais bien Hoax et Treponam Pal également. Dans la sphère metal, j’ai beaucoup de mal avec la scène moderne. Il y a de bons trucs dans Gojira (excellent groupe de scène) mais je ne rentre pas dans leur musique, pas assez mélodique, pas assez axé ‘riffs’ !

 

Films : comme je l’ai écrit dans la question précédente, seuls les films de Mocky et de Chabrol me font de l’effet. J’aime bien les personnages aussi, des gars à part.

En horreur, je viens de me procurer « Dying God », (produit par Putter, le fondateur de Mad movies !) en DVD, un film qui a des allures de bon gros Z qui peut me plaire… je dois en faire une review pour le prochain n° de Rise Tatoo Mag, je sens que je vais m’amuser…

J’aime bien aussi Alexandre Aja (Haute Tension et le remake de La Colline a des Yeux). Pour le reste, pas grand chose…

 

Livres : je vais t’énumérer quelques auteurs, ça sera plus simple : Houellbecq, Jean Paul Dubois (j’ai lus tous ses premiers livres mais je ne me suis pas penché sur ce qu’il a fait récemment) et quelques auteurs de polars (que je ne lis plus du tout) comme Crifo, Pouy, Dessaint, Benacquista, etc…

En ce qui concerne la littérature, je suis davantage tourné vers ce qu’il se passe aux States… de plus ces dernières années, je lis beaucoup moins de romans, par contre je lis énormément de biographies ou d’auto-biographies… ça me fait rêver !

 

24- Tu aimes les tatouages, as-tu vu le DVD, "L'homme tatoué" de Pascal Toutain ? Qu'en penses-tu ?

Non, jamais vu… je t’avoue que je ne m’intéresse pas beaucoup au monde du tatouage. Je ne fais pas de convention, je n’achète pas de mag (même si j’écris dans un mag de Tattoo !). Je me fais tatouer régulièrement, mais ce qu’il y a autour, ça ne m’intéresse pas beaucoup. J’ai un rapport au tatouage très personnel, ça ne concerne que moi, tous mes tatoos ont une signification perso. D’ailleurs, les derniers tatoos sont davantage des petites phrases, des petits symboles ou des trucs du genre… l’aspect graphique ne m’intéresse guère.

 

25- Comment s'est passée la tournée avec Mother Superior ? Tu nous racontes ?

J’ai fait 2 tournées avec eux, une avec Hellbats, une avec the Black Zombie Procession… à chaque fois, ça se passe très bien. Des professionnels qui vivent pour leur musique et pour la route. Les gars ne se plaignent jamais, qu’importe le lieu et l’audience, ils envoient tous les soirs comme si leurs vies en dépendaient ! J’ai organisé plusieurs gigs pour eux à Besançon, je les ai interviewés, je leur ai filé quelques coups de mains… on est en très bon terme, on s’envoie quelques mails avec le chanteur guitariste Jim Wilson… d’ailleurs, avec the Last Brigade, on va ouvrir pour eux dans quelques semaines à Toulouse (le 23 septembre 2008).

 

26- Dans ces pages il y aura une interview de Lucas Trouble, tu peux nous parler un peu du bonhomme que tu connais puisque tu as enregistré au Kaiser Sudio...

J’en profite pour lui passer le bonjour… j’ai effectivement enregistré les 3 disques d’Hawaii samurai (qu’il co-produisait à l’époque) et le dernier album de Second Rate. Enormément de bons souvenirs dans son studio.. ;. Que dis-je dans son manoir !!! Un vrai rebelle, avec une vision personnelle et sans concession du rock’n’roll! Un vrai gars ! La version française de Sky Saxon et de Rudi Protrudi (des Fuzztones). Unique en France, un rebouteux du son, un shaman diabolique du rock originel et vintage !

Cependant on parle souvent de Lucas Trouble le producteur/ingé son mais on oublie qu’il est avant tout musicien ! J’adore son groupe dans lequel il joue actuellement the Mediums, et il a sorti des disques solos complètement géniaux, à mi chemin du psyché, de la noise, de la surf, du rockabilly, de l’expérimental, brassant des influences cryptiques des années 60 et 70. Tous ses disques sont des terrains d’expérimentations incroyables, d’une richesse bluffante ! D’ailleurs, c’est marrant que tu me poses cette question car cette semaine j’ai réécouté quelques uns de ses albums dont « Crimson Cabaret Terminal Haze » (Lucas Trouble), « Heavy Friends » (Lucas Trouble) et le split CD Lucas Trouble meets Univybe « Electroshock & Carrousel of Death » (dans un délire plus ou moins expérimentalo-synthétique ala Suicide, génial !). Penchez vous sur ses groupes, dépaysement et frissons garantis !

 

27- Tu joues dans The Last Brigade et dans The Black Zombie Procession, tu t'arrêtes là pour l'instant ? Il n'y a rien d'autre sur le feu ? Est ce qu'il y en a un qui est prioritaire par rapport à l'autre ?

Je viens de monter un nouveau groupe avec Mme Nasty au chant, on a enregistré 4 titres pour un 45t à sortir début 2009. On fait ça en famille ! « We’re a Nasty Family ! ». Punk rock très mélodique, avec un côté bubblegum… sacré expérience que de sortir un disque avec son épouse! Le groupe s’appelle TEENAGE RENEGADE et c’est bonnard !

Rien n’est prioritaire, je m’organise en fonction du planning de chaque groupe… à partir du moment où je joue dans un groupe, c’est important, si je m’engage dans un truc, je le fais jusqu’au bout.

La rentrée va être très chargée, je serai beaucoup sur la route de Septembre à Décembre. Pour la promo du 1er disque de the Last Brigade « Silver & Gold » et pour la promo du nouvel album de the Black Zombie Procession « Mess with the Best, Die like the Rest ». Au total une trentaine de dates en trois mois et demi.

Début 2009, je bosserai sur le livre de Kevin K (traduction et édition), sur la sortie du premier EP de TEENAGE RENEGADE et il y aura certainement quelques dates pour the LAST BRIGADE… peut-être une mini tournée acoustique, d’ailleurs. A voir.

 

28- Qu'est ce que cela te fait d'avoir un de tes disques illustré par Ed Repka ?

Hyper cool! Il était en tête de liste des illustrateurs avec qui je voulais collaborer… je l’ai contacté, sans trop y croire, il m’a répondu qu’il aimait bien l’univers du groupe, et qu’il était OK pour bosser sur le visuel et on s’est mis au boulot, je lui ai dit ce que je voulais, j’avais une idée très précise de la scène… je suis hyper content de son boulot, énorme pochette. C’est un honneur d’avoir bossé avec lui.

Le gars a quand même fait la pochette de quelques un de mes disques préférés, dont le chef d’œuvre absolu de Megadeth : « Rust in Peace » et les meilleurs disque du groupe Death.

J’adore cet univers horrifique, les comics et tout ça… Ed Repka fait partie des plus grands noms du monde de l’illustration, c’est toujours gratifiant de bosser avec ce genre de gazier !

 

29- Ah oui, tu m'as parlé d'un deuxième volume de Get in the Crypt avec en bonus 3 interviews... Qui a eu l'honneur de répondre à tes questions ?

En fait, le zine s’appelle Everyday is Like Sunday, comme le webzine… Le ‘Get in the Crypt’ du premier numéro, c’était un pastiche du ‘Get in the Van’ de Rollins.

Il y aura 3 interviews inédites :

THOR, ancien bodybuilder de haut niveau reconverti dans le hard rock-rock’n’roll, qui a également joué dans des films d’horreurs. Un canadien qui sort des disques tous les ans, et qui est maintenant produit par le label de Joey Shithead de DOA. Un mec génial, une carrière très personnelle, un entertainer fabuleux… en concert il plie des bars de fers avec les bras et explose des bouillottes d’eau chaude en soufflant dedans, une brute au grand coeur, un chevalier du hard rock, un prince de la culture underground. Le mix de Gwar, de Spinal Tap, de Manowar et de Hulk Hogan !

PHIL THE DRILL, un catcheur du circuit amateur, qui lutte dans une petite fédération du Sud des Etats Unis. Il nous raconte l’envers du décor du monde du catch, avec pas mal d’anecdotes… redneck style ! Une connaissance de Mme Nasty, un mec très intéressant.

Et pour finir CARL, du génial fanzine américain SONIC RUIN (from Chicago). Une énorme culture musicale, une gentillesse sans pareil et un excellent chroniqueur. Il a de la personnalité et est ultra passionné. L’interview est vraiment bien.

 

 

Voilà, merci Laurent pour cette longue interview… en espérant ne pas avoir endormi tout le monde ! Mais en me posant toutes ces questions, tu savais bien à quoi tu t’exposais, non ? Ahahah !

Je suis particulièrement fier de figurer dans tes pages ! L’Oreille Cassée est un des premiers fanzines que j’ai eu entre les mains, avec Earquake ! Une influence pour moi ! Et toujours un grand plaisir à lire ! Continue le bon boulot et à bientôt !